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J’ai testé la GoPro Mission 1 Pro ILS : GoPro change d’objectif

En avril dernier, GoPro avait pris ses fans par surprise en annonçant la gamme Mission 1. Pensée pour les utilisateurs exigeants, elle s’éloigne des traditionnelles GoPro Hero Black et n’est plus présentée comme une caméra d’action. GoPro préfère parler d’une gamme professionnelle tout-terrain dont l’équipement a été particulièrement soigné : capteur 1″, nouvelle électronique et autonomie accrue sont au menu.

Le Yankee espère ainsi séduire des créateurs de contenu cherchant avant tout à produire des images de qualité. L’enjeu est aussi, pour GoPro, de survivre, la concurrence de l’action cam ne se gênant pas pour phagocyter le marché qu’il a créé. Selon le cabinet Jiuqian Consulting, sa part mondiale est passée de 84 % en 2022 à 18 % sur les trois premiers trimestres de 2025. Dire qu’il y a péril en la demeure est presque un euphémisme…

La Mission 1 Pro ILS représente le haut de gamme de la nouvelle famille. Elle se destine aux vidéastes plus exigeants souhaitant travailler avec différents types d’objectifs. Pour cela, GoPro a retiré l’ultra grand-angle de la Mission 1 Pro pour le remplacer par la très populaire monture Micro quatre-tiers. Cela explique le suffixe ILS (Interchangeable Lens System, pour système d’objectifs interchangeables).

S’agit-il d’une bonne idée, ou d’un essai sans grand intérêt ? Afin de le savoir, je l’ai testée pendant six semaines. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience fut instructive…

Micro 4/3 et capteur 1″ : et pourquoi pas ?

La Mission 1 Pro ILS est, sur le plan technique, une Mission 1 Pro à laquelle on aurait juste retiré l’objectif. La construction est excellente, la finition aussi. Même capteur, même processeur, même interface : je n’ai relevé aucun changement notable dans les menus et je m’y retrouve sans mal.

Elle utilise une monture pensée pour des capteurs Micro 4/3 (on parle de monture MFT, pour Micro four-thirds). Ceux-ci sont bien plus grands que le capteur de type 1″ de la caméra (environ 13 x 10 mm). Rien de dramatique : ces objectifs couvrent en général une diagonale de plus de 21 mm, donc seul le centre de l’image est exploité. Coup de bol, c’est la meilleure zone de l’optique.

GoPro Mission 1 Pro ILS
© Marc Mitrani pour Presse-citron

Il faut simplement en tenir compte pour l’équivalence en 24×36, avec un facteur de 2,7x sans stabilisation et de 3x quand HyperSmooth est activé. Mon principal compagnon de test, l’objectif Laowa 7,5 mm f/2 C-Dreamer, est vendu comme l’équivalent d’un 15 mm sur un capteur Micro 4/3. Ici, il se comporte plutôt comme un 20 mm, ou un 23 mm avec la stabilisation. Y’a pas à dire, il faut ressortir la calculette.

GoPro le dit sans détour, la présence d’une monture laisse la caméra simplement résistante aux intempéries et non plus étanche : impossible donc de l’immerger sans un caisson adapté. Autres victimes collatérales de l’interchangeabilité des objectifs, le suivi de sujet et le verrouillage d’horizon.

Pourquoi un capteur « 1 pouce » ne mesure-t-il pas 1 pouce ?

Tout simplement parce que ce « pouce » ne désigne pas la taille réelle du capteur ! Les premières caméras de télévision utilisaient un tube vidicon en guise de capteur. Le fameux « 1 pouce » désignait l’enveloppe extérieure d’environ 25,4 mm de diamètre, mais la surface réellement exploitée pour former l’image était nettement plus petite : sa diagonale avoisinait 16 mm.

Lorsque les capteurs électroniques ont remplacé ces tubes, cette ancienne dénomination est restée. C’est pour cela qu’on parle de capteur de type 1’’, dont la taille réelle tourne généralement autour de 13,2 × 8,8 mm, soit 15,9 mm de diagonale (et non pas 25,4 mm).

Cela permet aussi de comprendre le facteur de conversion des focales. La diagonale d’un capteur plein format 24 × 36 mm atteint environ 43,3 mm. En la divisant par les quelque 16 mm de diagonale d’un capteur de type 1’’, on obtient un facteur voisin de 2,7. C’est précisément ce qu’indique GoPro pour la MISSION 1 PRO ILS si HyperSmooth est désactivé. Le constructeur donne pour son capteur des dimensions approximatives de 13 × 10 mm, cohérentes avec cette catégorie de capteurs.

Morale de l’histoire : le « 1 pouce » est une unité dont la principale caractéristique est de ne mesurer 1’’ nulle part !

Faire le point comme un cinéaste… sur un écran de GoPro

La Mission 1 Pro ILS n’accepte que les objectifs à mise au point manuelle. Le boîtier n’a aucun contact électronique et il n’y a donc pas de pilotage de l’autofocus ni de commandes du diaphragme. Les optiques qui dépendent d’une électronique pour faire le point ne fonctionnent tout pas, les réglages passant par les bagues de l’objectif.

Pour utiliser l’objectif Laowa, je dois indiquer sa longueur focale dans le menu de paramétrage. Elle s’affiche alors à l’écran, et il faut penser à la modifier dès qu’on change d’objectif. Attention à ne pas oublier de le faire : un mauvais réglage déforme l’image et perturbe la stabilisation HyperSmooth. La caméra mémorise jusqu’à dix focales différentes, et je passe de l’une à l’autre en effleurant l’indication.

GoPro Mission 1 Pro ILS
© Marc Mitrani pour Presse-citron

Côté compatibilité, GoPro accepte les objectifs rectilignes de 6 à 500 mm, mais ne garantit les performances que jusqu’à 50 mm, limite des optiques qu’il a testées. Cinq objectifs fish-eye ont par ailleurs été spécialement profilés pour HyperSmooth. Si l’on souhaite utiliser un fish-eye avec la stabilisation, mieux vaut choisir parmi ces modèles profilés.

Manque de bol, je n’en avais aucun à disposition. Je me suis rabattu sur l’excellent Laowa CF 4,5-10 mm f/2,8 que m’a prêté le constructeur. Le résultat est bon, mais il faut inscrire toutes les longueurs focales dans la liste de la caméra et penser à en changer quand on zoome. J’ai déjà connu plus pratique.

Sans autofocus, je dois aussi me replonger dans les calculs de distance hyperfocale pour déterminer la zone de netteté. Ce n’est pas très compliqué (voir encadré). Cela dit, on est loin du « j’appuie et ça filme » d’une GoPro classique.

GoPro dresse une liste non exhaustive de dizaines de références compatibles. Elles sont produites par Laowa, 7Artisans, TTArtisan, Meike, Rokinon, Mitakon ou encore Meyer-Optik Görlitz. On peut s’aventurer en dehors de cette liste, le constructeur recommandant de choisir des optiques entièrement manuelles, compactes, avec une ouverture fixe ou ne dépassant pas f/4,5.

L’hyperfocale, ou comment oublier la mise au point

Avec un objectif manuel, il n’est pas toujours pratique de refaire la mise au point à chaque plan. Une solution consiste à utiliser l’hyperfocale.

L’hyperfocale est la distance de mise au point permettant d’obtenir la plus grande zone de netteté possible jusqu’à l’infini. En faisant le point à cette distance, la zone considérée comme nette commence approximativement à mi-chemin entre la caméra et l’hyperfocale, puis s’étend jusqu’à l’infini.

Avec le Laowa 7,5 mm que j’utilise ici, l’hyperfocale se situe autour de 2,56 m à f/2. En faisant le point à cette distance, tout paraît suffisamment net d’environ 1,28 m jusqu’à l’infini. À f/4, l’hyperfocale descend à environ 1,29 m et la zone de netteté commence vers 64 cm.

Reste juste à la trouver, cette sacrée hyperfocale… Une formule mathématique assez simple permet de la calculer, mais on peut aussi la trouver dans une table d’hyperfocale. Ou encore utiliser une app comme DoF Calculator sur iOS ou DOF Pro sur Android.

Mieux : certains objectifs manuels ou anciens possèdent une échelle de profondeur de champ gravée sur le fût. Elle permet de régler directement l’hyperfocale : on place le symbole ∞ en face du repère correspondant à l’ouverture utilisée, et l’autre repère donne approximativement la limite proche de la zone de netteté.

Un écran de GoPro pour un travail de cinéaste, vraiment ?

La mise au point se fait à l’œil, avec l’aide du focus peaking, qui surligne à l’écran les zones nettes et d’une loupe qui agrandit l’image jusqu’à 8x. Petit problème : l’écran est celui d’une GoPro, c’est-à-dire petit et non inclinable, ce qui est loin d’être pratique pour la consultation.

On peut heureusement connecter un moniteur externe grâce à un câble USB-C vers HDMI, ou passer par le port micro-HDMI du Media Mod optionnel. Autre possibilité, installer sur un iPhone l’app iOS Mission Monitor. Elle transforme le smartphone en moniteur externe via le port USB-C. La mise au point y est plus facile, tout comme le paramétrage de la caméra. La très légère latence d’affichage ne m’a pas gêné pendant mes tests. Pour l’instant, Mission Monitor n’existe qu’en version iOS, GoPro indiquant « réfléchir » à son portage sous Android.

Même électronique, nouvelle liberté optique

Côté image, rien ne change par rapport à la Pro, du moins sur le papier : capteur 1’’ de 50 mégapixels, vidéo jusqu’en 8K60, 4K à 240 im/s pour un ralenti 8x, Open Gate 4:3, encodage 10 bits et profil GP-Log2.

D’après mes tests, faits avec le Laowa 7,5 mm f/2, l’image est excellente Le capteur 1″ n’exploite que la partie centrale du cercle image produit par l’objectif MFT, écartant ainsi les zones périphériques, généralement les moins performantes.

GoPro Mission 1 Pro ILS
© Marc Mitrani pour Presse-citron

Cela limite l’influence de certains défauts optiques visibles sur les bords de l’image. Le piqué s’avère excellent, tout comme la gestion des plages dynamiques étendues. Même constat lors d’une captation nocturne, le bruit numérique restant très discret.

Et la stabilisation, dans tout cela ? HyperSmooth fonctionne toujours, moyennant un recadrage de 10 % selon GoPro (20 % en mode Boost, pour les activités très mouvementées).

Petit boîtier, gros équipement

La combinaison d’une caméra et d’un objectif peut rapidement devenir volumineuse, surtout avec l’ajout d’un écran externe. Il faut donc prévoir un rig ou un gimbal capable de supporter le poids de la caméra et de son objectif, le moniteur pouvant être déporté.

Je pense naturellement au Fluid Pro AI, le gimbal de GoPro conçu pour les caméras de la marque et indiqué comme compatible si la charge à stabiliser ne dépasse pas 400 grammes. La caméra pèse 197 g et l’objectif Laowa 150 g : ça me laisse 53 grammes.

Je dégote sur le Net une platine de fixation Arca-Swiss Ultralight (23 grammes) ainsi qu’une tige de déport Andoer TY-50 (23 grammes) afin de reculer la caméra vers l’arrière, son centre de gravité étant trop à l’avant pour que le Fluid Pro AI fasse correctement son boulot. Le tout pèse 393 grammes, mais je n’ai pas l’assurance que les 50 mm de déport fournis par la TY-50 soient suffisants. Si je passe à la TY-80 et ses 80 mm, je dépasse les 400 grammes. J’abandonne donc à regret le Fluid Pro AI en attendant une version mise à jour pour la Mission 1 ILS.

Plan B : le stabilisateur FeiyuTech SCORP Mini 3 Pro, dont le constructeur annonce une charge utile de 2 kg. Plutôt bien foutu, l’appareil dispose des attaches nécessaires à l’ajout d’un moniteur et de commandes montées sur une poignée détachable pouvant faire office de télécommande. Malheureusement, le protocole Bluetooth de la SCORP Mini 3 Pro n’est pas compatible avec celui de la caméra, ce qui empêche d’utiliser les commandes déportées. J’espère que les deux constructeurs résoudront bientôt ce problème.

Une GoPro, oui. Une caméra d’action, non.

Malgré son patronyme, la GoPro Mission 1 Pro ILS n’est pas du tout une caméra d’action. Mais alors, pas du tout. Voici ce qu’elle ne sait pas (ou plus) faire :

  • Elle n’est pas étanche, seulement résistante aux intempéries.
  • Pas d’autofocus ni de pilotage électronique du diaphragme.
  • Elle ne suit pas les sujets et n’offre pas de verrouillage de l’horizon
  • Sa stabilisation repose uniquement sur HyperSmooth : pas de stabilisation optique ou mécanique.
  • Une fois équipée d’un objectif, d’un moniteur et éventuellement d’une cage, elle perd une bonne partie de son avantage de compacité.

Mon avis sur la GoPro Mission 1 Pro ILS

La Mission 1 Pro ILS est une Mission 1 Pro débarrassée de son objectif fixe et de son étanchéité. Elle est pensée pour les vidéastes exigeants qui souhaitent choisir leurs optiques. Elle est d’une construction et d’une finition excellentes et d’une interface identique à celle de la Pro. J’apprécie de pouvoir piocher dans un immense parc d’optiques existantes, y compris des objectifs anciens via une bague d’adaptation.

Je regrette en revanche l’absence d’autofocus, la taille de l’écran intégré et surtout l’impossibilité de l’incliner. Cela rend la mise au point et le cadrage pénibles si je ne recours pas à un iPhone ou à un moniteur externe.

À 699 euros, le tarif du boîtier nu me paraît raisonnable, mais il faut garder à l’esprit que la facture peut rapidement grimper avec l’objectif et les accessoires nécessaires à son utilisation.

Si vous possédez déjà une optique manuelle à monture MFT, ou de vieux objectifs à monter à l’aide d’une bague d’adaptation, cela peut valoir le coup. Avec une bonne optique (comme le Laowa utilisé pour ce test) la qualité d’image est excellente. Vous pourrez, par exemple, profiter des joies simples du ralenti à 240 im/s avec une vraie optique et bichonner des prises de vues créatives pour un tournage pro.

En revanche, si vous cherchez une caméra opérationnelle dès qu’elle est mise sous tension, sans réglage, alors passez votre chemin : Mission 1 Pro sera plus simple et plus robuste.

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GoPro Mission 1 Pro ILS

699 €
8.3

Qualité d'image

9.0/10

Construction & ergonomie

8.0/10

Autonomie

8.5/10

Polyvalence optique

8.0/10

Rapport qualité/prix

8.0/10

On aime

  • Monture Micro 4/3
  • Excellente qualité d'image
  • Bonne autonomie
  • Qualité de construction

On aime moins

  • Pas d'autofocus
  • Écran minuscule et non inclinable
  • Le coût total grimpe vite (objectif, accessoires)