Vous le savez, nous le savons, ils le savent, quand il ne démarre pas avec un procès, un bon buzz commence souvent par un communiqué de presse, exercice nécessaire (mais pas suffisant) pratiqué quotidiennement par de nombreuses agences spécialisées travaillant au mieux des intérêts de leurs clients.

L’art du communiqué de presse est délicat, surtout quand il s’agit de cibler les blogueurs, réputés difficiles, susceptibles, un brin caractériels, voire sans pitié.

Si certains l’ont bien compris et se tiennent à carreau en adaptant progressivement leur communication à cette nouvelle cible prête à défourailler ses scuds au moindre faux pas, d’autres continuent en revanche à haranguer le carnetier sans vergogne avec du communiqué de base, industriel, élevé en batterie, et aussi ciblé qu’un tapis de bombes de l’US Air Force sur l’Hindu Kuch afghan.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire ici : contrairement à d’autres blogueurs, recevoir des communiqués ne me dérange pas (en tout cas pas encore) car je n’oublie pas que ceux-ci peuvent constituer matière à de l’information pertinente, voire exclusive.
Loin de moi aussi l’idée ou la prétention de dire aux agences ce qu’elles doivent faire, chacun son métier.

Ce que je sais en revanche c’est ce que je n’aime pas dans ce que je reçois, et je m’en vais vous l’énumérer pas plus tard que tout de suite.
Voici donc ma liste des choses à ne pas (me) faire si par le plus grand des hasards vous vous apprêtiez à m’envoyer un communiqué :

1 – évitez le ton trop amical, sauf si vous êtes déjà mon ami(e) bien sûr. Nous n’avons pas élevé les pixels ensemble

2 – évitez le tutoiement, sauf si nous nous tutoyons déjà dans la vie vraie, bien sûr. Non pas que ça dérange, mais je trouve ça cucul la praline.

3 – évitez de commencer la présentation du service à promouvoir par des formules comme « un service qui va révolutionner… ». Ca je peux pas, je jette direct. En général quand ça commence comme ça c’est bidon, et accessoirement légèrement présomptueux. Laissons la révolution aux révolutionnaires. La révolution aussi, c’est un métier.

4 – évitez le communiqué faussement personnalisé et flatteur, qui commence par « je lis ton blog depuis 5 ans et j’adore ce que tu fais… », surtout quand il est envoyé en copie cachée (ou pire, pas cachée) à 592 Undisclosed recipients. Et que votre existe depuis 2 ans.

5 - évitez la promo à deux balles, du genre lisez vite ce qui suit et gagnez votre poids en fraises tagada. J’ai beau être horriblement cupide, il y a des limites à la corruption. Bon d’accord, elles sont floues chez moi mais c’est pas une raison, on a une éthique quand même. Non ? Bon.

6 – évitez le communiqué en images dans le corps du message, qui mettent trois plombes à charger (quand elles chargent), et qui accessoirement plantent mon mobile si j’ai le malheur d’ouvrir ce foutu mail en déplacement. Ou qui rendent votre communiqué illisible.

7 - évitez le communiqué avec des fotes d’ortografe ou de sintaxe. Ca fait définitivement amateur. Ou inculte.

8 – évitez le communiqué incluant un lien erroné ou pointant vers une url invalide, le blogueur est un expert exigeant qui ne supporte pas l’à peu près. Un lien est un lien, merde.

9 – évitez le truc mal ciblé (le tapis de bombes, donc) : j’ai déjà reçu un communiqué me vantant les mérites d’un nouvelle brosse à dents (révolutionnaire). Il était très mal ciblé : imaginez un peu que je ne me brosse jamais les dents. C’est un exemple.

10 – évitez cette nouvelle pratique qui consiste à envoyer un mail sur un ton innocent du type « tiens regarde Eric, je suis tombé par hasard sur ce service et ça devrait te plaire, perso j’ai trouvé ça super ». Bien sûr, il y a de vrais mails spontanés comme celui-ci, fort heureusement (et ce sont souvent les meilleures sources d’ailleurs). Mais certains sentent trop le truc monté de toutes pièces pour faire du buzz. Surtout quand un collègue blogueur vous dit qu’il a reçu le même. A la virgule près. Et voui, malgré son apparence frustre et solitaire, le blogueur a des collègues et il arrive même qu’ils discutent ensemble, qu’ils échangent des bons plans, tout ça.

11 - évitez de dire au blogueur que untel, autre blogueur, a déjà fait un billet très favorable sur le service présenté. Le blogueur est un être sensible, susceptible (voir plus haut) et terriblement assoiffé de scoops croustillants. Lui demander de parler d’un truc déjà chroniqué chez Techcrunch une semaine avant risque de le mettre dans un état de rage incontrôlable et de gâcher sa journée, ce qui n’est pas bon pour son cÅ“ur. Ni pour votre réputation.

12 – évitez les communiqués trop longs, 3 paragraphes de quelques lignes devraient suffire. Pensez Twitter, écrivez concis. Le blogueur est overbooké.

13 – évitez les communiqués trop courts, le blogueur, par nature paresseux (ce qui n’est pas incompatible avec overbooké, plus on est feignant plus on est débordé, forcément) a besoin de matière pour rédiger son billet. Sinon votre communiqué va finir sur Twitter, justement.

14 – évitez d’imaginer que le blogueur habite forcément Paris. Segmentez vos communiqués ou prévoyez la prise en charge des frais de déplacement à la capitale si vous organisez un évènement car le blogueur de province n’est pas riche au point de pouvoir se payer plusieurs allers-retours + hôtel plusieurs fois par semaine juste pour grignoter des petits fours. Cela dit le blogueur sait rester modeste et n’a pas des goûts de luxe : une nuit au Lutetia fera très bien l’affaire. Réservez le Crillon aux trucs vraiment importants (lancement d’une nouvelle brosse à dents…).

15 – je n’ai pas de 15ème point, c’était juste parce-que 15 ça sonne mieux que 14 dans le titre et que ça fait plus blog américain super efficace.

Bien sûr, cette liste n’engage que moi, mais  voila probablement de quoi aider les RP à passer du CP au CB (Communiqué de blogs) sans trop d’efforts.

C’est cadeau.