En plein débat sur l’HADOPI, cette histoire, passée quelque peu inaperçue par ici, est assez révélatrice des relations ambigües qu’entretiennent les artistes et ceux qui sont chargés de veiller sur leurs droits avec internet et les sites de partage vidéo.

En Grande-Bretagne, YouTube avait jusqu’à ces derniers jours un accord avec la Performing Rights Society, la société des auteurs anglais, soit l’équivalent de la SACEM britannique, qui lui permettait, en accord avec 4 grandes majors et plusieurs labels indépendants de diffuser les clips musicaux de la plupart des artistes anglais dans un cadre légal, moyennant une rétribution au titre des droits d’auteurs.

Le contrat arrivant à échéance, la PRS a mis le couteau sous la gorge de Google (qui détient YouTube) en exigeant une très forte revalorisation des droits, au prétexte que Google a encore enregistré des bénéfices records en 2008.

Une demande inacceptable selon Patrick Walker, responsable des partenariats chez YouTube Europe, qui, en riposte (non graduée) aux exigences de la PRS, a tout simplement décidé de couper tout accès à l’ensemble des vidéos musicales d’artistes britanniques sur YouTube en Angleterre.

Steve Porter, patron de la PRS, s’est déclaré choqué par cette méthode, certes un peu brutale, qui selon lui pénalise les artistes mais aussi et surtout les internautes et tous les amateurs de clips vidéo en Angleterre.

Du coup, un collectif d’artistes emmené entre autres par Radiohead et Annie Lennox, le Featured Artists Coalition, entre dans la bataille et entend obtenir le plus rapidement possible le rétablissement de l’accès aux vidéos sur YouTube, reconnaissant ainsi implicitement que les sites de partage vidéo sont devenus incontournables dans leur arsenal de promotion.

Initiative assez difficilement imaginable en France, dans cette vidéo, le collectif demande à ce que les droits des artistes soient « mieux représentés », sans attaquer frontalement internet. Ce qui peut laisser penser en creux qu’il est reproché à la PRS de mal faire son boulot. Comme si de ce côté du channel une association de chanteurs français se dressait à demi-mots contre la SACEM et l’accusait de mal les défendre.

Les artistes ont besoin de YouTube, autant que YouTube a besoin des artistes, mais il semblerait aujourd’hui que ce soit plutôt Google qui se trouve en position de force dans ce bras de fer, ce qui ne réjouira pas forcément ceux qui protestent déjà contre son omnipotence dans tous les domaines du web.

Une confrontation quelque peu stérile dans laquelle il semblerait que les différents acteurs n’aient pas tiré les enseignements de la méthode Monty Python, qui avait annoncé récemment une augmentation de 23000% de leurs ventes de DVD suite à la mise en ligne de leur canal officiel sur YouTube