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Le jour le plus long de l’année : comment le Soleil peut-il se coucher au Brésil avant même la Bretagne

Nos montres nous mentent sur la durée réelle d’une journée et sur le moment exact où le Soleil est au plus haut. Un phénomène particulièrement visible lors des solstices, comme hier.

Le 21 juin est le jour le plus long de l’année dans l’Hémisphère nord : le solstice d’été. Mot originaire de « solstitium », formé de deux racines latines « sol » (« soleil ») et « stitium» (dérivé du verbe stare, qui signifie « s’arrêter », « s’immobiliser » ou « se tenir immobile »), littéralement, « solstice » signifie donc « le Soleil s’arrête » ou « l’arrêt du Soleil ». Une étymologie qui ne nous renseigne pas sur le pourquoi de cette longue journée d’ensoleillement, et surtout « pour qui est-elle plus longue » ? Pour y voir plus clair, il est nécessaire de faire appel à d’autres disciplines.

Brasilia, capitale du Brésil, a vu le Soleil disparaître hier aux alentours de 17 h 12, tandis qu’en Bretagne, il a étiré ses beaux rayons un peu avant 22 h 00. soit près de cinq heures plus tard dans la journée. Rien de surprenant a priori : la Bretagne est dans l’hémisphère Nord, inclinée vers le Soleil en ce moment de l’année, et ses habitants profitent donc de journées interminables. Le Brésil, lui, est dans l’hémisphère Sud : c’est pour lui le solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année.

Sauf que Brasilia ne se trouve qu’à 16° de l’équateur, et à cette latitude, la différence de durée entre le jour le plus long et le plus court de l’année ne dépasse pas une heure et demie. Comment expliquer ces cinq heures d’écart ?

Les coupables : les fuseaux horaires

Même si c’est un phénomène astronomique, il faut considérer la problématique sous l’angle de la politique et de la géographie. En 1884, lors de la Conférence internationale du méridien à Washington, vingt-cinq nations ont adopté le principe des fuseaux horaires standardisés, calés sur le méridien de Greenwich. Un évènement qui posa les bases de la référence commune UTC, le temps universel coordonné, un système que nous utilisons encore aujourd’hui.

La France métropolitaine, par exemple, est officiellement dans le fuseau UTC+2 en été : nos horloges affichent deux heures de plus que le temps universel de référence. Le Brésil, lui, s’étend sur quatre fuseaux horaires (UTC-2 à UTC-5) et Brasilia se trouve en UTC-3.

Pour comprendre plus facilement le paradoxe du coucher de soleil Bretagne/Brasilia d’hier, ramenons leurs deux horaires à leur valeur UTC. Celui de Brasilia à 17 h 12 locale correspond à 20 h 12 UTC. Celui de Brest, affiché à 21 h 47 heure française (UTC+2), correspond donc à 19 h 47 UTC. Le soleil brésilien s’est ainsi couché 25 minutes après celui de Bretagne en temps réel absolu : un résultat cohérent si on le compare à la différence de durée d’ensoleillement entre les deux pays au solstice.

En réalité, ce sont nos montres ou nos smartphones qui « inventent » ces cinq heures : en avançant de deux heures sur l’UTC côté français et en reculant de trois côté brésilien, nos conventions horaires ajoutent cinq heures à un écart solaire réel de vingt-cinq minutes.

Vous pouvez refaire ce petit exercice depuis chez vous : choisissez deux villes très éloignées ; Tokyo (UTC+9) et Mexico (UTC-6), par exemple. Récupérez leurs horaires de coucher de soleil sur n’importe quel site d’éphémérides solaires (timeanddate.com, sunrise-sunset.org, ou suncalc.org pour les amateurs de cartographie), soustrayez neuf heures au coucher de Tokyo, ajoutez six à celui de Mexico, et comparez les deux résultats en UTC. Les quinze heures qui séparent artificiellement leurs horloges disparaissent dès qu’on leur retire le masque des fuseaux horaires.

La seconde de trop

Le système UTC est d’ailleurs aujourd’hui remis en question, car il est trop dépendant de la rotation terrestre, qui est, par nature, irrégulière. Pour compenser, la seconde intercalaire fut inventée en 1972, afin de garder l’UTC synchronisé avec la Terre en ajoutant ponctuellement une seconde aux horloges atomiques.

Depuis, Google, Meta, Amazon et les serveurs financiers mondiaux en ont fait leur bête noire : une seconde ajoutée tous les deux à trois ans suffit à faire planter des systèmes informatiques, désynchroniser des satellites, paralyser des transactions boursières ou des compagnies aériennes. Ainsi, ils ont eu gain de cause auprès du Bureau international des poids et mesures (BIPM) en 2022, qui a acté officiellement l’abandon de la seconde intercalaire d’ici 2035 au plus tard. Pour vous, ce sera totalement imperceptible : l’écart entre votre montre et le Soleil grandira au maximum d’une minute par siècle, et le « paradoxe du solstice » (qui n’en est pas vraiment un) restera entier.

  • Le 21 juin, jour le plus long de l’année dans l’hémisphère nord, a montré une différence de coucher de soleil entre le Brésil et la Bretagne due à des fuseaux horaires.
  • À Brasilia, le Soleil s’est couché à 17 h 12, mais en Bretagne, il est reste visible jusqu’à 22 h 00, une différence de cinq heures due à la différence d’UTC.
  • Cette illusion temporelle est causée par les conventions horaires et l’irregularité de la rotation terrestre, remettant en question le système UTC actuel.

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