La question est très souvent présente dans nos esprit et la réponse reste floue en raison de conclusions scientifiques galvaudées par un battage médiatique en manque de scoops et de titres vendeurs. Les ondes électromagnétiques ont-elles un effet sur la santé ? J’ai eu l’occasion d’assister lundi dernier à une conférence du professeur Bernard Veyret, l’un des plus grands spécialistes français sur le sujet, et je vais tâcher de vous en résumer la contenance. N’étant pas expert sur le sujet, veuillez excuser l’éventuelle inexactitude de certains des propos tenus en ces pages, principalement destinés à être compris de tous.

Antenne

Un peu de physique, pléthore d’applications

D’abord, tâchons de poser une définition quelque peu grossière d’une onde électromagnétique. Nous sommes tous soumis à un champ électromagnétique qui est modifié de maintes manières. Ces modifications de ce champ sont plus communément appelées des « rayonnements » et l’onde est un modèle physique permettant de modéliser et de représenter ces rayonnements électromagnétiques.

Ces ondes sont caractérisées par un paramètre appelé « longueur d’onde » (L) qui est relié à la fréquence par la formule F=c/L, où c est la célérité, c’est à dire la vitesse de la lumière. La fréquence s’exprime en Hertz (Hz). Ainsi, les ondes électromagnétiques consistent en un très large spectre (une étendue de fréquences) comprenant entre autres les ondes-radios, les micro-ondes, les infra-rouges, le spectre du visible (la « lumière » captée par vos yeux, s’étendant de 400 à 800THz), les ultraviolets, les rayons X et les rayons gamma, classés ici par fréquence croissante.

L’énergie des ondes électromagnétiques (ou plus précisément l’énergie des photons qui les composent pour être exact) augmente avec leur fréquence. Les ultraviolets (du moins une certaine partie d’entre eux), les rayons X et gamma sont des rayons ionisants, c’est à dire qu’ils modifient la matière qu’ils traversent et peuvent se révéler dangereux pour le vivant pour de longues expositions. Ils ont de nombreuses applications en physique (nucléaire principalement), en médecine ou même en drague l’été sur la plage (ce sont les ultraviolets qui vous permettent de bronzer).

Rassurez-vous, c’est assez de physique pour comprendre ce dont nous allons parler dans la suite de ce billet. Je vous épargnerai les équations de propagation et autres équations de Maxwell : vous pouvez ranger la boite d’aspirine (mais pas trop loin quand même !).

Les ondes qui nous intéressent ici sont celles qui sont utilisées au quotidien, à travers les lecteurs de puce RFID (les lecteurs de carte sans contact qui vous permettent de valider votre trajet dans les transports en communs par exemple), la télédiffusion analogique et numérique (en partie seulement), la radiodiffusion (FM), les fréquences radio utilisées par les pompiers, la police, etc : toutes ces ondes ont une fréquence comprise entre quelques kilohertz et quelques centaines de mégahertz. Ce sont des signaux basse fréquence.

Mais il ne faut pas oublier la téléphonie, le Wi-fi, le Bluetooth, les fours micro-ondes, les radars et autres applications qui sont contenues dans la bande de fréquence s’étalant approximativement de 400MHz à quelques dizaines de GHz. Il s’agit ici d’applications considérées comme « hautes fréquences » ou hyperfréquences. Le but de tous ces signaux est de modifier le champ électromagnétique pour permettre la transmission d’information. C’est exactement le même phénomène qui se passe au sein d’un cable coaxial ou encore d’une fibre optique par exemple : on parle alors de propagation guidée puisque l’onde est piégée dans une enceinte close (un guide d’onde).

Un problème pas si simple

Le premier élément à prendre en compte avant d’apporter un quelconque jugement sur les éventuels effets des ondes électromagnétiques sur la santé est qu’il est très difficile de mesurer un risque. Mais savez-vous d’abord ce qu’est un risque ? Pour le définir, nous userons d’une formule très simple :

Risque = Danger * Probabilité d’exposition au danger

Certes, un alligator est un animal dangereux. Cependant, si vous allez au zoo, la vitre blindée qui vous sépare de l’animal rend le risque faible voire nul (vous avez très peu de chance d’être confronté à lui). Par contre, si vous tombez nez à nez avec un alligator lors d’un petit périple en Floride, là le risque est beaucoup plus grand, à danger identique. Vous saisissez ?

Ainsi est-il facile de mesurer un risque en exposant directement un homme ou un animal aux ondes électromagnétiques, mais il est plus difficile de mesurer le risque réel encouru par un homme au cours de sa vie. D’autant plus d’ailleurs que notre mode de consommation et donc d’exposition diffère en fonction de notre métier, de notre environnement et de bien d’autres paramètres difficiles à prendre en compte.

Quant au danger, s’il peut sembler facile à mesurer, on fait face à quelques limitations :

  • la durée des études est actuellement courte (ces technologies sont, rappelons-le, relativement récentes);
  • la technologie limite la précision des mesures effectuées sur les organismes vivants;
  • dernière limitation et non des moindres : on ne peut pas éventrer un cobaye au nom de la science pour l’étudier sous toutes les coutures ;-)

Cependant, on arrive à mettre en place quelques indicateurs tel le DAS (ou Débit d’Absorbtion Spécifique, en W/kg), caractérisant l’absorbtion d’énergie électromagnétique par les tissus notamment humains. Mais nous y reviendrons d’ici peu.

Et les résultats dans tout ça ?

L’étude du danger inhérent aux ondes électromagnétiques a permis de déceler des seuils d’exposition à partir desquels des effets sanitaires font leur apparition. Des effets sanitaires ne sont pas synonymes d’effets léthals, mais simplement de conséquences observables liées à ces expositions.

On peut ainsi définir des normes en dessous desquelles les constructeurs d’équipement électronique doivent se placer de manière à limiter le risque. A l’heure actuelle, les normes européennes imposent aux constructeurs de téléphones portables un DAS inférieux à 2W/kg. La moyenne étant aux alentours de 1W/kg pour les appareils récents (vous pouvez normalement accéder à cette information sur les spécifications techniques de l’appareil; il serait de 0,878 pour l’iPhone 3G).

Pour citer l’Afsset (Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail) dans son rapport publié en octobre dernier, après l’étude de plusieurs centaines de publications scientifiques sur le sujet par une commission détachée sur ce problème :

Dans les conditions expérimentales non thermiques testées, il n’existe pas un niveau de preuve suffisant pour conclure que les radiofréquences supérieures à 400 MHz :

  • modifieraient les grandes fonctions cellulaires [...]
  • provoqueraient des effets génotoxiques ou co-génotoxiques reproductibles à court ou à long terme et seraient mutagènes dans les tests de mutagénèse classiques ;
  • provoqueraient chez l’animal l’augmentation d’incidence ou l’aggravation de cancers, en particulier pour des expositions chroniques. Les résultats convergent donc vers  une absence d’effet cancérogène ou co-cancérogène des radiofréquences pour des expositions non thermiques ;
  • auraient des effets délétères sur le système nerveux, que ce soit en termes de  cognition et de bien-être, en termes d’intégrité de la barrière hémato-encéphalique ou en termes de fonctionnement cérébral général;

[...]A ce stade, il n’existe pas un niveau de preuve suffisant pour conclure à l’excès de risque de cancers liés à l’exposition aux radiofréquences sur la base des études épidémiologiques disponibles. Des interrogations subsistent en particulier pour les risques à long terme. Elles doivent conduire à la mise en œuvre d’études de cohortes.

D’aucuns auront remarqué que la plupart de ces affirmations sont formulées à la négative et non à l’affirmative. En effet, en recherche expérimentale, il est impossible d’affirmer l’absence de toute conséquence, on peut simplement se permettre d’affirmer l’absence de preuves menant à cette conséquence : ce n’est pas parce que l’on n’a jamais observé un phénomène qu’il n’existe pas, seulement, plus ce phénomène est rare, plus il est probable qu’il n’existe pas, sans toute fois qu’on en soit certain. C’est d’ailleurs sur ce point directement lié à la rigueur scientifique que jouent les détracteurs.

Globalement, selon le Pr Veyret, le taux d’exposition aux ondes électromagnétiques est actuellement entre 1 000 et 10 000 fois inférieur aux normes sanitaires en vigueur, elles même largement inférieures aux seuils correspondant à la détection d’effets notoires sur le vivant. Ainsi, même avec la démultiplication des sources de rayonnement électromagnétique, le risque reste actuellement très faible.

De plus, le professeur a déclaré que les seuls effets actuellement constatés sur l’homme ont été mesurés lors du sommeil suivant immédiatement une longue exposition directe (une conversation téléphonique par exemple). On a constaté une légère modification de l’électro-encéphalogramme du sujet, visible uniquement avec du matériel de pointe et sans effet notable sur la santé.

Cependant, nous ne disposons à l’heure actuelle d’aucune étude sur le long terme, les plus longues étant étalées sur une période d’environ 5 ans. Ce manque de recul ne permet pas de conclure quant au caractère innoffenssif des OEM sur la santé. Il faut toutefois garder en tête que la puissance reçue par le corps humain via le rayonnement électromagnétique émis par le soleil est de loin bien supérieure à celle de tout rayonnement « artificiel ». ;-)

Conclusion : un manque d’information évident

On est en droit de se demander pourquoi il n’y a que si peu de communication sur le sujet. La réponse du professeur à cette question est simple : les chercheurs n’ont ni le temps, ni les compétences pour faire de la communication. Ils tâchent de le faire au travers de conférences, mais malgré tout leur rayon d’action reste relativement faible.

Les conclusions des études, bien que déchiffrables par tous, nécessitent cependant pour être comprises un minimum de connaissances scientifiques dans le domaine ainsi que la connaissance des méthodes scientifiques employées. La confusion est également amplifiée avec l’apparition de l’hypersensibilité de certaines personnes aux OEM, bien qu’il n’y ait à ce jour aucune preuve du lien entre cette pathologie et l’exposition aux ondes. Le seul traitement efficace à l’heure actuelle reste une prise en charge psychologique du patient.

La polémique attire les journaux et autres média qui ne font que relayer des incertitudes en occultant le fait qu’elles reposent sur des années d’expérimentation et sur l’absence à ce jour de preuve que les ondes électromagnétiques aient un quelconque impact sur la santé. Un titre accrocheur, même s’il est erroné, fait bien mieux vendre le papier. Toujours est-il qu’avec les faibles taux d’exposition aux ondes électromagnétiques que nous subissons, nous pouvons à priori dormir sur nos deux oreilles… du moins, si vous êtes un poil contorsionniste ! ;-)

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