La robotique et la médecine sont deux secteurs qui avancent main dans la main depuis le début des années 2000, mais les progrès tendent sérieusement à se concentrer sur la dernière décennie. Le robot de Perceptive avait déjà réussi avec succès une chirurgie dentaire l’été dernier de manière complètement autonome, la première au monde. En mars 2024, l’Université Johns Hopkins nous présentait son système ASTR, et quelques mois plus tard, un autre permettant aux robots d’apprendre par imitation.
Devinez quoi ? Ce sont encore des chercheurs issus de la même université qui viennent d’annoncer qu’un robot, piloté par IA, est parvenu à retirer avec succès la vésicule biliaire d’un cochon mort, et ce, en autonomie quasi totale. Un haut fait médical et robotique qui fera date, présenté plus en détail dans une étude publiée le 9 juillet, dans la revue Science Robotics.
Chirurgie : la main de l’homme, bientôt reléguée au second plan ?
Ce robot fonctionne grâce à un système d’IA comportant deux « niveaux » ; il a été entraîné grâce au visionnage de seulement 17 heures de vidéos d’opérations chirurgicales, qui lui ont permis d’observer 18 000 gestes humains.
Les deux couches d’intelligence artificielle travaillent en tandem. La première, spécialisée en vision par ordinateur, analyse en temps réel les images fournies par l’endoscope, pendant que le robot opère. Grâce à son apprentissage vidéo, elle est capable d’identifier les structures internes de l’organisme opéré (canaux, vaisseaux, tissus) et de générer par la suite des instructions textuelles.
La seconde couche de l’IA, quant à elle, transforme ces instructions en gestes chirurgicaux, qu’elle exécute via des instruments robotisés : mouvement des pinces, découpe, cautérisation, etc. À aucun moment un humain n’intervient pour diriger la manœuvre.
Lors des huit interventions réalisées sur des cochons morts, le robot a accompli l’ensemble des 17 étapes opératoires avec un taux de réussite de 100 %. « Cela montre ce que l’IA et la robotique peuvent déjà accomplir en conditions réalistes », s’enthousiasme Danail Stoyanov, de l’University College de Londres. Même si l’appareil a dû s’autocorriger en moyenne six fois par opération (une preuve de son autonomie réelle, finalement), il a su repérer ses erreurs, et poursuivre son travail.

Aussi impressionnante soit-elle, cette opération n’est pas synonyme de la disparition imminente du métier de chirurgiens, nous en sommes même très loin. Un chirurgien travaille sur des organismes vivants et non sur des cadavres, ce qui complique grandement sa tâche. Saignements, mouvements respiratoires, variations de la tension artérielle et du rythme cardiaque, réactions allergiques, etc.
Des paramètres que cette machine est, pour l’heure, incapable d’anticiper ou de gérer en temps réel. L’environnement dans lequel elle s’est exécuté était beaucoup plus stable, sans imprévus physiologiques de ce type que seul un chirurgien expérimenté pourrait identifier et interpréter.
Des barrières dont les chercheurs ont pleinement conscience. « Le futur est prometteur et diablement proche », reconnaît Ferdinando Rodriguez y Baena (Imperial College London), avant de tempérer immédiatement : « Pour que cela devienne une réalité clinique sûre, la régulation devra suivre ». Prochaine étape de l’équipe ? Tester leur robot sur des animaux vivants, car tant qu’il ne pourra pas improviser lorsqu’il devra faire face à l’imprévu, le chirurgien restera le garant ultime de la vie ou de la mort dans un bloc opératoire.
- Une équipe de chercheurs a réussi à faire retirer une vésicule biliaire par un robot autonome, sans intervention humaine, sur un animal mort.
- Le système repose sur deux niveaux d’intelligence artificielle : l’un observe l’opération en temps réel, l’autre exécute les gestes chirurgicaux à l’aide de bras robotisés.
- Malgré cette prouesse, l’usage sur des patients vivants reste très incertain : la machine ne sait pas encore faire face aux aléas physiologiques d’une vraie chirurgie.
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