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Cinéma

Alita Battle Angel : critique sans spoiler

Alita, adaptation du manga Gunnm, est sortie au cinéma. Un film qui mérite votre attention, certes, mais le magnifique suffit-il toujours ?

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Alita Battle Angel avis critique sans spoiler Gunnm

Bienvenue pour cette critique sans spoiler d’Alita Battle Angel, film sorti en France le 13 février, adaptation du célèbre manga Gunnm.

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Alita, ce n’est pas uniquement une question de gros yeux ou pas gros yeux, mais bien un film sur un univers post-apocalyptique et cyberpunk et rien que pour ça, il mérite déjà l’intérêt des fans de SF, qui reste le parent pauvre du cinéma à grand spectacle de ces dernières années.

Alita, un film visuellement hors du commun

Si vous êtes du genre impatient, je vous le dis, oui, allez voir ce film ne serait-ce que pour soutenir le courage et l’ambition d’une telle démarche.

Malgré les nombreux défauts sur lesquels je vais revenir, notamment en comparaison avec le manga, vous devriez passer un bon moment. Après tout, ce film est l’adaptation d’un chef d’œuvre. Le manga original s’écrit Gunnm avec deux « n », mais se prononce « Ganmou » et généralement on considère qu’il s’agit de la contraction de Gun Dream pour le rêve d’un flingue.

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Il faut bien avoir conscience que Gunnm est un manga marquant et fondateur pour de nombreux lecteurs, notamment ceux qui l’auront découvert dans années 90 comme James Cameron.

Alita et James Cameron, love story

Les 9 tomes originaux ont été publiés de 1990 à 1995 au Japon. Dans la VO, l’héroïne s’appelle Gally, mais elle a été renommée Alita en anglais, ce qui explique le titre du film.

Comme je le disais, James Cameron est fan du manga et il évoque depuis très longtemps son intention d’en faire un film, la préproduction de sa version était même annoncée comme terminée en 2003, c’est dire.

Malheureusement, depuis, le maître a donné la priorité à Avatar et à ses suites en chantier depuis bientôt 10 ans.
Toutefois, Cameron travaillait sur un script avec Laeta Kalogridis, sa collaboratrice d’Avatar, à qui on doit aussi Shutter Island ainsi que l’adaptation qui a donné Altered Carbon sur Netflix.

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Un scénario raccourci (malheureusement)

C’est sur ce script que s’appuie le film, avec Robert Rodriguez à la réalisation. Enfin, je dis ce script, mais il s’agit plutôt une version épurée, puisque l’original aurait donné un film de trois heures.

Je pense qu’on peut déjà identifier dans cette réduction d’un tiers du script de base la source de nombreux problèmes structurels du film, même si ce n’est pas la seule.

Concernant Robert Rodriguez, c’est Une nuit en enfer, Sin City ou encore Planète Terreur. Personnellement, je suis loin d’être fan, puisqu’à mes yeux ces films sont assez largement surestimés car estampillés cools et profitant de l’aura de Tarantino, seulement voilà, Rodriguez, ce n’est pas Tarantino.

Vous l’aurez compris, ce nom ne m’inspirait rien qui vaille, toutefois, je reconnais que Sin City reste un choc visuel et on retrouve cette qualité dans Alita.

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Combats et mouvements d’une fluidité prodigieuse

Le film est un tour de force visuel, à plusieurs niveaux, et je vous recommande chaudement de le voir dans les meilleures conditions possibles, au cinéma évidemment, éventuellement en IMAX et pour une fois, la 3D est tout simplement sublime.

Les principales qualités d’Alita résident dans tout l’aspect technique lié à l’image, ce qui inclut des scènes d’action, que ce soit de la course, des combats ou un mélange des deux, qui sont d’un très haut niveau et correspondent pour certaines aux planches parmi les plus marquantes des premiers volumes du manga.

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Dans une histoire où les affrontements sont aussi importants, c’était une qualité totalement indispensable et de ce point de vue, le contrat est largement rempli.

On est loin de la bouillie numérique de certains affrontements numériques qu’on a pu nous servir au cours des dernières années.

Alita : on croit au personnage !

Outre le dynamisme en mouvement, l’enjeu majeur d’Alita consistait à convaincre avec un personnage central en images de synthèses au travers de la technologie de performance capture.

De ce point de vue, c’est encore une réussite, puisque Alita est porteuse d’autant d’émotions, si ce n’est plus encore, que les personnages au visage humain.

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C’est aussi convaincant que Thanos par exemple ou encore les différents opus de la planète de singes avec César.

Sur la question des grands yeux d’Alita, pour moi, c’est une raison stupide de critiquer le film ou encore plus, de refuser de le voir. Au bout de quelques instants, on n’y pense même plus et lorsqu’on reprend conscience de cette différence, cela vient justement servir le propos du film.

Les yeux, miroir de l’âme

Comme un abonné venu assister à la séance geek consacrée au film ce 8 février me l’a fait remarquer en discutant après la séance, ces yeux viennent souligner au bon moment la différence d’Alita, une cyborg, tout en exprimant plus de profondeur dans l’émotion que de nombreux autres personnages.

Tout simplement, on peut y voir aussi un hommage au trait de Yukito Kishiro qui avait donné de grands yeux à Gally dans le manga.

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C’est Weta digital qui est derrière tous ces effets, ils méritent d’être mentionnés tant leur travail est important pour un tel film.

Rosa Salazar : masquée, mais rayonnante

La performance de Rosa Salazar est également essentielle et quand on la voit on comprend à quel point ses expressions ont guidé tout le travail sur le visage d’Alita et jusqu’à son langage corporel.

L’actrice a même suivi un entraînement intensif aux arts martiaux pour donner de la crédibilité au personnage et sa voix passe particulièrement bien.

Bon. Je vous ai encouragés à voir ce film, j’ai dit combien le rendu visuel était impressionnant, reste maintenant à détailler ce qui cloche ou du moins ce qui peut décevoir en comparaison du chef d’œuvre d’origine.

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Iron City : un monde trop propre

Le monde de la décharge, Iron City dans le film, est encore bien trop accueillant, coloré et optimiste. De base, Kuzutetsu est un lieu sale, violent et déprimant, une sorte d’incarnation de la déshumanisation.

Une déshumanisation qui passe certes par la perte du corps, mais surtout par l’indifférence généralisée et l’individualisme poussé à l’extrême.

L’opposition entre Zalem, la cité flottante des privilégiés et la décharge située en dessous perd beaucoup de son impact quand le film décide de faire d’Iron City un lieu plutôt vivant, coloré, où il fait bon jouer dans la rue ou déguster des oranges voire du chocolat acheté dans un stand tout mignon.

Cette réserve s’applique à tous les aspects du film ou presque, qui nous propose au final une version allégée de Gunnm, voire presque aseptisée.

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Alita, un Gunnm light ?

Cela se vérifie pour les décors, pour le niveau de violence, que ce soit physique ou même psychologique et le souci s’étend même à certains personnages comme Hugo notamment, un latin lover bien trop lisse en comparaison du gamin qui a tout sacrifié à son idéal illusoire dans les mangas.

Evidemment, ce décalage sera essentiellement ressenti par les lecteurs du manga, que j’ai moi-même dévoré en préparation de ma critique du film.

Le public non averti pourrait estimer que le film est déjà bien assez violent, mais les fans seront certainement déçus du traitement réservé à Makaku devenu Grewishka, un méchant ignoble et tragique qui perd quasiment toute profondeur tragique dans le processus d’adaptation.

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Un manga en avance sur son temps

Même dans la définition de l’impact technologique sur la société, le manga, qui aura bientôt 30 ans, est parfois plus en avance que le film qui est obligé de laisser de côté de nombreux détails qui participent à l’immersion du lecteur.

Par exemple, dans le manga, le spectacle sanguinaire du motorball se regarde notamment en vue à la première personne, avec un casque qui connecte directement le cerveau du spectateur aux sensations de l’un des coureurs.

C’est un magnifique exemple de la surenchère vers toujours plus de sensationnalisme, de voyeurisme et d’isolation par rapport au monde, un message largement oublié dans le film.

À l’origine de ce décalage entre manga et film, on trouve deux raisons principales. La première, c’est la réduction du script initial de Cameron, en effet, il n’y a qu’Avengers: Endgame qui puisse se permettre de faire 3 heures sans aucune crainte quant à l’impact sur l’exploitation en salle.

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Pas de violence, c’est les vacances

La seconde, c’est la volonté de ne pas se fermer à une partie du public en allant vers un contenu aussi dur que le manga.
Conséquence, on se retrouve face à une Alita au comportement adolescent, pleine d’optimisme et ce n’est pas un mal, un film de SF n’a pas besoin d’être dépressif pour être bon, mais on écope au passage de quelques scènes mièvres et très « teen movie ».

La réduction de la durée du film a un autre impact très fort, celui de vouloir caser trop d’éléments dans trop peu de temps, ce qui ne permet pas d’approfondir suffisamment chacun. Le film survole les thèmes, les questions sur la définition de l’humanité, la vie dans Iron City et de nombreux personnages secondaires.

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Personnages secondaires sans épaisseur

On se retrouve du coup avec des acteurs de très grand talent avec des rôles trop peu développés pour qu’il puisse interpréter quoi que ce soit de consistant. C’est particulièrement vrai pour Jennifer Connelly et Mahershala Ali, les deux étant criminellement sous-exploités.

Enfin, le film souffre également beaucoup de l’absolue nécessité d’une suite. Il a été pensé ainsi et ses créateurs n’ont pas voulu admettre la contrainte de raconter une histoire complète et autosuffisante sur un seul long-métrage.

Malheureusement, un Alita 2 semble improbable au vu des prédictions de box-office rapportées au budget du film, et cela pourrait laisser de nombreux spectateurs sur leur faim. Mon conseil : reportez-vous massivement vers le manga, vous ne serez pas déçu.

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Mary Sue ? Mon poing dans la gueule ?

Parmi les critiques adressées au film, je suis sûr de revoir dans les commentaires la mention du terme Mary Sue, devenu super à la mode sur Internet et qui sert de raccourci débile à tous ceux qui ne supportent pas les œuvres mettant en scène des personnages féminins puissants.

Typiquement le genre d’imbécillités qu’on peut aussi lire concernant Captain Marvel, un film qui devrait, je pense, fermer pas mal de bouches à sa sortie.

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Clairement, je vous conseille de bien réfléchir avant d’utiliser un concept aussi fourre-tout et pour ce qui est de Gunnm, on parle d’un manga qui a commencé en 1990, donc rien à voir avec une histoire de mode ou ce que certains perçoivent comme tel, mais qui n’est au final qu’une phase de rééquilibrage d’une société et de son expression culturelle restées défavorables aux femmes depuis bien trop longtemps.

La force d’Alita c’est aussi de ne pas forcer sur un caractère militant, mais tout simplement de mettre au centre de son histoire un personnage attachant et puissant, qui se trouve être féminin.

8 Commentaires

8 Commentaires

  1. Seagram

    15 février 2019 at 19 h 31 min

    Bonjour,

    Excellente critique. J’ai relevé les mêmes « problèmes » en voyant le film.

    Mon plus gros regret, c’est le traitement du personnage de Makaku. Il est horrifique dans le Manga, avec sa caractéristique qui en fait une sorte de « vampire » technologique (je n’en dis pas plus), c’est dommage de n’en avoir fait que ça. Il méritait mieux … mais ç’aurait été moins « familial » ?

    Mais je plussoie : Allez voir le film ! Avec ou sans référence au Manga, il en vaut vraiment la peine. J’espère qu’il y aura bien une suite, le travail réalisé le mérite.

  2. JJT

    15 février 2019 at 22 h 30 min

    Je suis fan du manga depuis le milieu des années 90. Très bonne analyse du film. Et tu as surtout dis l’essentiel : il faut allez voir ce film. Que vous soyez fan ou que vous ne le connaissez pas, vous allez prendre une claque.

  3. METUXLA

    16 février 2019 at 9 h 19 min

    pareil, bonne critique de film. ayant lu et relu le manga il y a maintenant plus de 20 ans je confirme que j’ai pris mon pied en matant ce film. effectivement un peu trop teen movie, mais bon pas bien méchant, visuellement une claque et rein que pour ça il faut y aller. j’adorerais une suite, j’ai juste peur d’un NOVA édulcoré alors que dans mes souvenirs c’est malade de chez malade.

  4. soukik

    16 février 2019 at 17 h 39 min

    Je suis d’accord. J’ai suivi la sortie de chaque tome à cette époque et les défauts du film sont bien évoqués dans l’article. Cependant je n’arrive pas à comprendre le traitement de Makaku en bête sans cervelle… Le personnage du manga était tellement lié à la décharge et à Nova lui-même qu’il donnait du liant à l’histoire. Dans le film, juste une brute sans vécu… Dommage. Ensuite j’aimerais savoir comment le scénariste va s’en sortir sur une éventuelle suite en nous plaçant Nova dans Zalem dès le début… Heu…!!! … Sinon effectivement malgré toutes mes attentes et mes craintes quand à l’adaptation, et bien, je suis ressorti satisfait… Certes pas par le traitement scénaristique mais par l’extraordinaire vivacité des combats et leur rendu graphique à l’écran… Oui, allez le voir, que vous connaissiez le manga ou non. Vous ne serez pas déçu par le numéro 99… 😎

  5. Nova

    17 février 2019 at 11 h 05 min

    Visuellement c’est magnifique !
    Scénaristiquement ils se sont permis beaucoup trop de libertés par rapport au manga. Donnant ainsi vie à des personnage sans profondeur tout lisse … Yugo et Makaku en sont la preuve … ne parlons pas de nova …
    La décharge est rayonnante et joyeuse … vraiment trop aseptisée … Dommage pour le film

    Le manga lui reste intemporel c’est le bon côté !

  6. Yann

    17 février 2019 at 22 h 21 min

    Fan du manga depuis les années 90, je suis d’accord avec l’essentiel de ta critique. Personnellement le traitement « gros yeux » dans le film m’a gêné. Je n’ai pas réussi à être complètement touché par Alita alors que j’etais raide dingue de Galli… c’est ce qui me laisse le plus un arrière goût et qui m’a empêché de vraiment rentrer dans le film. Mais sinon je suis totalement d’accord que nous avons ici une version très édulcorée du manga … manga exceptionnel allez tous vous jeter dessus vous ne serez pas déçu !

  7. Joe Kerr

    18 février 2019 at 15 h 53 min

    Si jamais je peux potentiellement spoiler un tout petit truc du film, alors faites attention !

    Pour le coup des grands yeux, il me semble avoir remarqué que les autres personnages dans les visions d’alita ont les mêmes yeux qu’elle. Du coup ce serait plus pour différencier les humains et Alita et ses compagnons d’origine.

    Dans tous les cas, il faut clairement allez voir le film, il vaut vraiment le coup.

    • Yann

      19 février 2019 at 11 h 24 min

      oui mais ils n’avaient pas besoin d’avoir de gros yeux pour autant …

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