Dix jours après l’annonce de la « prochaine révolution » d’Apple, c’est la douche froide : Apple Intelligence (l’IA promettant de transformer complètement les iPhone, iPad et Mac) ne sera pas disponible en Europe. « Nous ne pensons pas pouvoir proposer trois fonctionnalités – la recopie de l’iPhone, les améliorations du partage d’écran avec SharePlay et Apple Intelligence – à nos utilisateurs de l’Union européenne cette année » a déclaré Apple vendredi 21 juin 2024.
En cause, « des incertitudes réglementaires engendrées par la législation sur les marché numériques » ou Digital Market Act (DMA). Selon Apple, les nouvelles fonctionnalités prometteuses de ses logiciels seraient confrontées aux limitations imposées par l’Union européenne avec sa dernière législation. Comprenez : “voilà ce que cela donne lorsque l’UE ne nous laisse pas faire comme on veut”. C’est en tout cas ce qui ressort des déclarations de l’américain auprès de John Gruber, un allié anti-UE tout trouvé :
Il y a deux semaines, Apple a dévoilé des centaines de nouvelles fonctionnalités, que noussommes impatients de proposer à nos utilisateurs du monde entier. Nous sommes motivés àl’idée de rendre ces technologies accessibles à tous nos utilisateurs. Cependant, en raisondes incertitudes règlementaires engendrées par la législation sur les marchés numériques(DMA), nous ne pensons pas pouvoir proposer trois de ces fonctionnalités — la recopie del’iPhone, les améliorations du partage d’écran avec SharePlay et Apple Intelligence — à nosutilisateurs de l’Union européenne cette année.
Nous craignons notamment que les exigences d’interopérabilité du DMA ne nous obligent à compromettre l’intégrité de nos produits, au risque de porter atteinte à la confidentialité et la sécurité des données. Nous nous engageons à collaborer avec l’Union européenne pour tenter de trouver une solution qui nous permettrait de fournir ces fonctionnalités à nos clients de l’Union européenne sans compromettre leur sécurité.
Le DMA est-il vraiment en cause ?

Les déclarations d’Apple semblent faire renaître ses rivalités avec l’UE. Si l’entreprise avait voulu faire passer un message direct aux autorités européennes, elle ne s’y serait pas mieux pris. D’abord par son timing : l’annonce de mettre de côté les consommateurs européens est intervenue vendredi, ne laissant aucune place aux analyses d’experts avant ce lundi. Le choix du journal, le Financial Times, n’est pas non plus anodin : il est lu par les cadres de l’UE.
En dehors de ces détails de communication, le DMA est-il vraiment en cause ? Disons qu’Apple semble faire preuve d’une mauvaise foi flagrante, et ce pour deux raisons.
La première saute aux yeux comme le nez au milieu de la figure : pourquoi Apple ne pourrait pas proposer une intelligence artificielle avancée en Europe quand Microsoft et Google (qui ne sont pourtant pas les plus grands protecteurs de vos données) ont réussi à rester dans les clous ? Les exigences réglementaires étant les mêmes pour les trois entités, l’argument d’Apple tombe à l’eau.
La seconde raison, plus subtile, repose davantage sur la volonté d’Apple de se plier au DMA que sur les règles à proprement parler. L’entreprise explique que le non-déploiement de certaines fonctionnalités repose sur « des incertitudes réglementaires engendrées par la législation sur les marchés numériques (DMA) ». Pourtant, le texte européen est clair : « un contrôleur d’accès peut demander à la Commission d’engager un processus afin de déterminer si les mesures que ce contrôleur d’accès entend mettre en oeuvre ou à mises en oeuvre pour se conformer aux articles relatifs à ses obligations ».
Apple aurait donc pu collaborer avec l’UE en amont afin de déployer ses nouveautés en Europe dès maintenant. Elle l’a d’ailleurs déjà fait avec la Chine dans l’affaire du retrait de l’application Radio France de l’App Store chinois. Mais la Chine rapporte 72 milliards de dollars par an à Apple, alors que l’Union européenne risque de lui réclamer 38 milliards d’amende rappelle très justement MacGeneration.
Le service lobbying d’Apple semble donc fonctionner à plein régime, histoire de faire passer les autorités européennes pour cette vieille dame réfractaire toujours prompte à ralentir l’innovation . Un comble pour une entreprise issue de l’un des pays les plus protectionnistes au monde.
L’AI-libi parfait

Et si ces déclarations n’étaient qu’un écran de fumée ? Et si Apple avait juste trouvé l’alibi parfait pour camoufler son retard dans l’IA. Selon Nicolas Lellouche, journaliste pour Numerama présent à la WWDC, les ingénieurs Apple se disaient tous « excités à l’idée de déployer les nouveautés logicielles partout dans le monde ».
Or, tout porte à croire qu’Apple n’a jamais prévu de lancer ces fonctionnalités sur le Vieux Continent, en témoignent des lignes de code “géo-bloquantes”. Par ailleurs, Apple Intelligence ne sera disponible dans un premier temps qu’en anglais et seulement aux Etats-Unis. Pourtant, jusqu’à preuve du contraire, l’anglais (unique langue prise en charge par l’IA d’Apple) reste la langue principale en Grande-Bretagne. L’excuse du DMA ne passe pas, la Grande-Bretagne n’ayant ni signé cet accord ni encore instauré sa propre législation sur le sujet.
L’hypothèse du retard sur l’IA serait-elle la plus probable ? Les évènements récents vont en ce sens. Alors qu’OpenAI, Microsoft et Google mettaient le paquet sur l’IA sur toute l’année 2023, Apple n’en a fait mention que cette année. L’entreprise dépensait pendant ce temps des milliards de dollars dans la création d’une voiture électrique, projet abandonné début 2024 pour (selon des sources proches des cadres de l’entreprise) investir massivement dans l’IA et rattraper le retard accumulé.
Pourquoi Apple s’empresse de mettre la faute sur l’UE ? Sans doute pour éviter de créer la panique chez les actionnaires. Au lendemain de la WWDC, les analystes étaient unanimes : Apple venait d’ouvrir un nouveau cycle de croissance après plusieurs années de stagnation. Puisque seuls les nouveaux iPhone prennent en charge Apple Intelligence, l’entreprise s’assurait d’accélérer le cycle de renouvellement et ainsi rassurer les marchés sur son “iPhone-dépendance”.
Finalement, c’est la douche froide. L’Europe et la Chine, respectivement ses deuxième et troisième marchés, n’accueilleront pas tout de suite Apple Intelligence. Alors pour rassurer les actionnaires, mieux vaut jeter l’opprobre sur les vilains-européens-réfractaires-au-progrès que reconnaître une erreur stratégique. Quitte à écorner son image auprès des consommateurs.
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Eh bien, un portrait peu reluisant d’Apple, ils sont rancunier dis donc, c’est tout a fait possible. Les pratiques douteuses et impunies pendant tellement longtemps d’Apple, plus son influence (être dans les 5 meilleures entreprises côté, c’est pas rien) les ont donc rendu vindicatif.
Déjà que ça été la galère pour les forcer a mettre l’usb-c ou ces nouvelles lois, maintenant ils nous font un contre-Uno en restreignant l’UE de l’innovation. C’est pour faire peur a l’UE et décourager de futures lois encore plus bénéfiques pour le consommateur ?!? Ca reste une sacrée prise de risque, ils ne peuvent pas se passer d’un marché aussi grand, surtout qu’ils sont en perte de vitesse en Chine. De mon avis, faudrait taper encore plus fort, ce genre de comportement anti-durable et anti consommateur n’est pas acceptable.
Tout le monde est content du droit de réparer et d’avoir forcé Apple de manière générale sur ces sujets(même les plus grand férus de la pomme vont bien finir par s’en rendre compte)
Ca reste de la spéculation tout ça.
Je dis pas que c’est pas vrai, ou pas entièrement vrai.
Mais je me dis aussi que, justement dit dans l’article, l’Europe demande déjà à Apple 38 milliards de dollars à cause du DMA, il serait pas déconnant de se dire qu’Apple veut juste éviter que ça recommence.
De la même façon, ce n’est pas parce que Google et Microsoft propose une IA qu’ils ne vont pas se taper une méga amende dans pas longtemps, rappelons que les 2 entreprises sont encore en cours d’analyse pour le DMA et que ça s’annonce plutôt mal pour elles.
Et enfin, comme encore dit dans l’article, le développement de l’IA a du se faire très vite chez Apple, donc il est fort probable que pour éviter du retard, ils aient préférés éviter d’utiliser ce bout de texte « un contrôleur d’accès peut demander à la Commission d’engager un processus afin de déterminer si les mesures que ce contrôleur d’accès entend mettre en oeuvre ou à mises en oeuvre pour se conformer aux articles relatifs à ses obligations ».
Ce que j’écris n’est bien sûr aussi que spéculation, mais n’est pas non plus moins probable que l’article.
C’est juste une autre façon d’analyser la situation.
On sent bien que la neutralité journalistique n’est pas bien assimilée par tout le monde.
Ouais bon la présomption d’innocence c’est bien mais faut aussi regarder l’historique d’Apple, ça fait longtemps que leurs positions sont connues et critiquées. Il y a un processus d’analyse disponible, si ils ne le demandent pas, c’est une volonté de nuire, rien d’autre.