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Aurait-on sous-estimé la pollution par microplastiques des océans ?

La réponse est oui, et les conséquences sont désastreuses. Un vrai casse-tête pour les chercheurs.

Il y a des découvertes dont on se passerait volontiers et celle-ci en fait irrémédiablement partie. La pollution plastique des océans, véritable cancer de notre planète, a visiblement été mésestimé. Une étude parue au mois de mai dans la revue Marine Pollution Bulletin a révélé qu’une quantité invraisemblable de microparticules de plastique était passé à travers les mailles des filets (c’est le cas de le dire !). Invisibles à l’œil nu, celles-ci pourraient avoir des impacts encore plus importants sur les écosystèmes marins et la santé humaine que ce que nous le pensions.

Des particules plus petites et plus abondantes qu’on ne le pensait

Ces recherches ont été menées grâce à une technique baptisée spectroscopie Raman. Celle-ci est une technique analytique qui combine la spectroscopie vibratoire et la microscopie pour détecter et identifier chimiquement de très petites particules dans des échantillons environnementaux. La réalité qu’elle révèle est plus qu’alarmante : la pollution par les microplastiques dans les océans est bien plus importante que ce que les méthodes traditionnelles avaient laissé entrevoir.

Des échantillons ont été collectés dans trois régions océaniques distinctes : la côte nord-est du Venezuela, le courant du Gulf Stream et l’océan Arctique pacifique. Les méthodes traditionnelles, telles que les filets à plancton, capturent uniquement des particules de microplastiques de taille supérieure à 300 micromètres. Or, la spectroscopie Raman a permis de déceler des particules bien plus petites, dont 60 % mesuraient moins de cinq micromètres, soit une taille légèrement inférieure à celle d’un globule rouge humain. Une fraction largement négligée par la plupart des études portées sur les microplastiques marins.

Cette triste découverte souligne donc l’urgence de nous pencher au plus vite sur des méthodes de détection et d’analyse bien plus poussées afin d’étudier l’ampleur des dégâts de l’activité humaine sur les océans.

Un poison pour la santé marine et humaine

Ces particules contiennent des substances chimiques dangereuses, qui, en s’accumulant dans la chaîne alimentaire, finissent par atterrir un jour où l’autre dans nos assiettes. Notamment par la consommation de fruits de mer. Les analyses ont révélé que les polymères les plus courants dans ces microplastiques sont le polypropylène, le polystyrène et le polyéthylène. Soit des substances que vous ne voulez absolument pas retrouver dans votre estomac en raison de leurs effets toxiques. Ils agissent comme de puissants perturbateurs endocriniens et peuvent gravement nuire à votre santé en affectant vos systèmes hormonaux et immunitaires.

« Les risques sanitaires liés à l’exposition aux microplastiques restent largement méconnus, et il est essentiel de mener des recherches approfondies pour évaluer les impacts des microplastiques de différentes formes, tailles et compositions » souligne Jaymie Meliker, professeur au programme de santé publique de l’École de médecine Renaissance de Stony Brook. Le spécialiste appelle donc à une plus grande mobilisation de la recherche en santé publique sur les microplastiques, en particulier ceux qui pourraient se retrouver dans le corps humain via les fruits de mer, d’autres sources alimentaires ou les liquides en bouteille plastique.

Un défi scientifique et écologique

La prolifération des microplastiques dans les océans représente un défi de taille pour les chercheurs. En effet, la plupart des océans sont encore largement sous-échantillonnés, et les données existantes proviennent principalement d’études utilisant des filets tractés derrière des bateaux. Une méthode limitée, qui ne permet pas de capturer les plus petites particules de microplastiques, moins flottantes.

Afin d’établir des schémas de distribution de ces polluants dans l’ensemble de l’océan, il faut tout d’abord comprendre leurs sources de transport ainsi que leurs lieux d’accumulation finale. La difficulté de collecter des données précises sur les microplastiques dans les profondeurs océaniques et dans les zones sous-échantillonnées est une véritable entrave. Une entrave qui limite notre compréhension de l’ampleur du phénomène et de son véritable impact écologique.

Au-delà d’une réglementation plus stricte concernant la pollution plastique, il est aujourd’hui impératif de développer des modèles plus précis pour prédire la dispersion des microplastiques dans les courants marins et les écosystèmes océaniques. La tâche est de taille et exigera nécessairement des actions concertées à mener au long terme. ONG, chercheurs, gouvernements et acteurs du privé doivent marcher main dans la main pour développer des solutions viables. Un peu plus de 100 ans après l’invention de la Bakélite (premier plastique entièrement synthétique), nous voilà face à une crise environnementale dont il sera très ardu de nous dépêtrer. Pas de doute là-dessus, nous avons un véritable don pour l’auto-sabotage.

  • Une nouvelle étude a révélé que nous avons sous-estimé la quantité et la taille des microplastiques présents dans les océans.
  • Ces microplastiques représentent un véritable danger tant pour l’Homme que pour les espèces animales.
  • Nous manquons de données véritablement exploitables pour comprendre l’ampleur que cette pollution représente.

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