Avec presque 1 milliard de dollars sur la table, le deal Google/Mozilla fait parler de lui

La semaine dernière, Mozilla avait annoncé le renouvellement de son accord avec le géant de Mountain View, se refusant de divulguer la somme que Google avait accepté d’engager. Ces chiffres ont néanmoins été révélés, et représenteraient presque 1 milliard de dollars.

La semaine dernière, Mozilla avait annoncé le renouvellement de son accord avec le géant de Mountain View, se refusant de divulguer la somme que Google avait accepté d’engager. Ces chiffres ont néanmoins été révélés, et représenteraient presque 1 milliard de dollars.

$300,000,000

Le chiffre a été révélé la semaine dernière par le site web AllThingsD, deux jours seulement après l’annonce faite par Mozilla du renouvellement de son accord avec Google, afin que le moteur de recherche de ce dernier soit celui proposé par défaut dans Firefox. 300 millions de dollars par an, soit presque un milliard pour les trois années sur lesquelles porte l’accord.

En 2010, 84% des revenus de la Mozilla Foundation (123 millions de dollars) provenait de leur précédent accord avec Google, alors signé en 2008 et expiré fin novembre de cette année. La somme concernée par ce nouvel accord est néanmoins 3 fois plus importante.

Yahoo et Microsoft se seraient apparemment eux aussi approchés de cet accord, mais n’auraient pu enchérir sur la proposition faite par Google. A ce sujet, on se demande d’ailleurs pourquoi les deux sociétés ne se sont pas alliées, le moteur de recherche de Yahoo étant en effet très fortement lié à Bing… Qui sait alors jusqu’où Google était prêt à aller dans cette guerre de position.

Maintenant, la question que tout le monde est en droit de se poser : que va devenir cet argent ? Le scénario le plus probable tient en un seul mot : développement. Encore et toujours plus de développement. Il s’agit en effet d’un domaine dans lequel Mozilla investit énormément depuis quelques années. Comme le reporte Steven J. Vaughan-Nichols sur ZDNet, les chiffres concernant le développement de Firefox sont en constante augmentation : 31,3 millions de dollars en 2008, 40,2 en 2009 et 62,8 en 2010.

L’expansion d’appareils tels que les smartphones et tablettes constitue en effet la cause principale du besoin de ressources (j’entends ici ressources financières) pour les sociétés de développement de navigateurs. En plus d’être présents sur les ordinateurs, ceux-ci doivent maintenant s’adapter aux différentes plateformes qui se présentent sur ce marché.

Pour revenir à Firefox — et à un exemple concret –, la Mozilla Foundation a lancé récemment une mise à jour de la version tablette de son navigateur pour Android, introduisant un tout nouveau design. Le navigateur devrait par la même occasion certainement finir par être disponible pour les appareils tournant sous iOS.

Le fonds fourni par Google va donc probablement permettre à Mozilla d’intensifier ses efforts dans cette laborieuse conquête du monde du mobile.

De même, on a pu assister au cours de cette année 2011 à un véritable emballement en ce qui concerne les sorties de nouvelles versions du navigateur Firefox. Le browser est en effet passé de la version 4.0 en mars à la 9.0 ce 20 décembre — notons d’ailleurs la publication extrêmement rapide de la version 9.0.1, en réponse à un bug soulevé dans la version 9.0 (*) — permettant au navigateur de rester dans la compétition.

On ne peut qu’espérer voir sortir d’un tel accord un Firefox renforcé et stable, avec certainement un investissement plus prononcé sur l’amélioration de la qualité du produit.

Toujours est-il que, selon Mozilla, l’accord serait clairement gagnant-gagnant pour les deux parties. Alors, qu’a donc Google à y gagner ?

Comme vous pouvez vous en douter, cet accord et — surtout — la somme qui en découle ont fait couler beaucoup de pixels sur la toile la semaine dernière.

(*) Le bug concerné était la cause de nombreux crash sous Windows, Mac et Linux (ce qui concerne du coup pas mal d’ordinateurs). Le problème, exposé sur BugZilla (plateforme de rapports de bugs de Mozilla),  La correction a été faite une journée seulement après le lancement de la version 9.0 de Firefox (la version en cours étant de ce fait la 9.0.1).

MICROSOFT ?…

La cible de Google ? A n’en pas douter, il s’agit avant tout de Microsoft, et principalement de son navigateur Internet Explorer, qui règne depuis toujours sur le marché des browsers. Le moteur de recherche de la firme de Redmond est bien entendu lui aussi visé.

L’explication est assez simple. L’accord a donné accès au moteur de recherche de Google à deux navigateurs du top 3, qui représentent plus de la moitié des utilisateurs de navigateurs dans le monde — Chrome et Firefox possèdent pour l’instant chacun 25% des parts. Cela permet donc de garder à distance le moteur de recherche Bing — malgré tous les efforts fournis par Microsoft pour étendre sa présence –, et encore plus celui de Yahoo. Bien que ces deux moteurs de recherche restent en option dans Firefox, c’est Google qui, irrévocablement, domine.

La seule chose, lorsqu’on y réfléchit, c’est que Google et Mozilla jouent tous les deux dans la cour des navigateurs. Et c’est là que se soulève une question assez troublante… Pourquoi une firme telle que Google, qui voit son navigateur monter en puissance, serait alors prête à débourser des sommes si importantes (certes, peut-être pas aussi importantes de leur point de vue) pour l’un des principaux concurrents de son navigateur ?

… OU ANTITRUST ?

Comme dit précédemment, Firefox est un navigateur autant utilisé que Chrome, regroupant de ce fait une base de plusieurs millions d’utilisateurs. Avec un tel accord, une écrasante majorité des utilisateurs de Firefox sera “par défaut” utilisatrice de Google (Search). N’oublions alors pas qu’une très grande partie des revenus de Google provient de la publicité, grâce à son fameux système AdWords… Ces utilisateurs valent de l’or pour Google.

Qui plus est, le précédent accord avait été signé avant la sortie de Chrome. On aurait donc justement pu s’attendre à une somme inférieure au vu de la popularité du navigateur de Google. Chrome a par la même occasion mangé pas mal de parts de Firefox depuis son apparition. Le navigateur de Mozilla est en effet passé depuis peu à la troisième place du classement des navigateurs les plus utilisés (source : StatCounter).

Une hypothèse intéressante soulevée par David Ulevitch, CEO d’OpenDNS, et évoquée par MG Siegler — rédacteur sur TechCrunch — sur son blog personnel parislemon, est alors celle de la loi antitrust. En finançant de la sorte la Mozilla Foundation, Google se garderait à l’écart d’accusations de comportement anti-concurrentiel.

On remarque en effet que le géant d’Internet utilise depuis pas mal de temps son produit principal et universellement connu, Google.com, afin de promouvoir ses autres produits, notamment son navigateur.

En plus de cela, si le système d’exploitation de la firme de Mountain View, Chrome OS — qui, pour rappel, est entièrement basé sur Chrome –, venait à fonctionner à merveille, la compétition pour Google risquerait de prendre un tout autre goût.

Il en est de même pour les smartphones et tablettes tournant sous Android. Le navigateur installé pour l’instant par défaut n’est qu’un générique, mais il y a fort à parier que dans les années à venir celui-ci finisse par céder sa place à Chrome. Google aurait ainsi un système d’exploitation dominant le marché, et imposant Chrome à ses utilisateurs.

Souvenez-vous. C’est à ce genre d’accusations que Microsoft a dû répondre avec Internet Explorer. Le navigateur étant en effet installé par défaut sur leur système d’exploitation, la concurrence y voyait un acte de véritable monopolisation du marché.

D’une certaine manière, Google chercherait ainsi à, comme le dit si bien Siegler, “payer pour rester”.

SEULEMENT PARTENAIRES.

La réponse de Google a été assez rapide. Peter Kasting, un ingénieur de l’équipe Chrome, a décidé de réagir sur Google+. Celui-ci affirme alors que Google et Mozilla ne sont que partenaires, et en aucun cas concurrents.

Selon l’ingénieur, Chrome a été développé dans le but de faire évoluer le Web le plus vite possible. La Mozilla Foundation a d’après lui le même objectif, et il est ainsi normal que Google participe à l’aide financière pour le développement de Firefox.

Kasting affirme que Google supportait en effet Firefox avant que Chrome ne soit développé. Google ne fonctionnerait bien (comprenez : Google ne se fait de l’argent) que si le Web lui-même se porte bien. Google maintiendrait ainsi en vie, et dans toute sa bonté, un acteur phare du Web.

Un meilleur Web, auquel Firefox contribue, rend donc Google plus fort.

Pas sûr que tout le monde arrive à avaler ces bonnes paroles, qui paraissent tout droit sorties d’un monde merveilleux où un marché sur lequel reposent des millions de dollars n’est en aucun cas lieu de concurrence…

Nous offrant un bien bel oxymore, Google et Mozilla seraient donc des “partenaires concurrents” pour un Web toujours meilleur, tous deux alliés face au mastodonte Microsoft et à sa lourde infanterie. Mais pour combien de temps encore ? Peut-être finirons-nous un jour par connaître le fin mot de cette histoire…


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32 commentaires

  1. Je suis assez d’accord avec ce qui est dis dans cet article.

    Je suis tout aussi dubitatif sur le fait que Google fait tout cela uniquement pour le bien-être de la communauté des internautes mondiaux … Ils ont forcement une stratégie derrière, pas de mal là-dedans, comme toute entreprise commerciale ils se doivent d’en avoir une.

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  3. Très bon article agréable à lire et qui plus est instructif. Cependant si vous pouviez éviter d’utiliser « devices » à la place d’appareils. Ça ne nuirait pas à la compréhension bien au contraire. Amicalement

  4. Sympathique article 🙂

    A la fin, vous dites que ça fait monde de bisounours, mais d’un côté il est vrai que Google a toujours cherché à rendre le web plus important pour plusieurs raisons simples :

    – Google vie du web, donc plus le web est évolué et plus les utilisateurs y seront et y resteront.
    – Microsoft qui est un concurrent de Google avait toujours plus d’outils que lui pour rester le numéro 1. En rendant le web plus puissant, Google se met une sacrée flèche à son arc. Aujourd’hui le web est incroyable en ce début 2012 et ils ont participé à cette évolution avec beaucoup d’autres.

    C’est avec cette même réflexion que Larry Page a lancé Google Books. Il disait que si la culture est dans les bibliothèques, les gens n’auront que peu d’intérêt d’aller sur le web autrement que pour se divertir. Alors Google a eu l’idée folle de vouloir numériser les livres de bibliothèques. Et aujourd’hui ils en ont numérisé des millions et en est devenu l’acteur incontournable que l’on connait.

    Là ou c’est plus vrai c’est le côté Mozilla / Google qui sont partenaires, dans la vraie vie ils sont bel et bien concurrents. Mais par intérêt toujours, Google a rien contre Mozilla, qui d’ailleurs va dans une direction identique à celle que prend Chrome (WebGL, WebRTC, Gamepad API…). Les deux vont dans une direction qui plait à Google, donc ça va. Et bien sur il y a la question d’antitrust. Mais ça implique que Google est donc persuadé de devenir numéro 1. A mon avis, Google cherche à tuer IE en gardant Mozilla.

    Tout ça bien au dela des questions de ce qui est bien, pas bien, si les acteurs sont gentils, méchants…

  5. Possible effectivement que Google fasse avec Mozilla ce que Microsoft avait fait avec Apple à un moment : les garder à flot pour avoir un pseudo-concurrent et pouvoir dire « vous voyez, on n’est pas en situation de monopole ».

    Personnellement, ça fait un moment que je n’utilise plus Mozilla (à part pour tester la compatibilité de mes sites). Comme beaucoup je le trouve beaucoup trop lourd et lent, même s’ils en sont conscients et font des efforts…

    Après c’est clair que le fait de rester le moteur de recherche par défaut n’est pas étranger à l’accord, surtout aux USA où Bing est beaucoup mieux implanté qu’ici !

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  7. Comme déjà dit, ce type de billet serait une excellente occasion de rappeler qu’il y a un moteur de recherche – Startingpage – qui fonctionne sur base de Google mais ne vous tracke pas (ne retient pas votre IP, etc…) . Un plugin existe pour Mozilla et pour Chrome. Voir https://www.startingpage.com/

  8. Merci pour cet article qui semble assez objectif.

    Nous avons toujours tendance à considérer que les plus gros acteurs actuels sont dans une position confortable. Pourtant c’est un équilibre instable qui est entretenu en permanence par des manœuvres risquées.

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  11. on peut facilement imaginer que ses millions ne sont pas un don gracieux et irréfléchis, pour parler des avantages que google retira de cet accord ils sont médiatiques (conservation de l’audience) et financiers il faut pas oublié les petits adwords ça se compte sans doute en dizaines (centaines?) de millions à mon avis ne serait ce que pour les utilisateurs firefox.

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  14. Excellent article dans le sens où il met en avant l’étonnante mise sur table d’autant d’argent juste pour un navigateur.

    En fait, Google vit de la publicité ( adsense / adword ), mais fait aussi sa publicité, du moins çà y ressemble de Firefox.
    Imaginez un jour si Microsoft intégrait directement Firefox avec Bing.. mais pire encore, sur Windows. On pourrait imaginer un tel contrat. Et oui, un truc qui fusionnerait IE et Firefox ( au profit de FF ).
    C’est ce genre de truc farfelu que craint Google.

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  19. De toute façon ce qui intéresse Google c’est d’être le moteur de recherche par défaut sur le plus de navigateur possible puisque c’est son business…
    Que ça soit sous Firefox ou un autre c’est pareil. Avec Firefox il a accès à 25% des navigateurs du monde et pour seulement 300M de $ ce qui n’est rien pour eux…c’est une bonne affaire pour les 2 mais surtout pour Google en réalité….

  20. @Nicolas Lecointre Il n’est pas possible que Firefox soit sur l’IOS pour la simple raison qu’Apple n’accepte pas une application ayant une licence libre sur son système.

  21. « Encore et toujours plus de développement. Il s’agit en effet d’un domaine dans lequel Mozilla investit énormément depuis quelques années »

    Les 300 millions de google represente 84% des revenue, donc un revenue total de 358 millions ? Ils investissent 60 millions pas ans dans le dev, ca fais a peine 20%. Quand est t’il du reste ?

  22. 300 millions pour que Google reste le moteur par défaut ?
    Et bien, c’est une excellente nouvelle pour Firefox, puis de toute façon, a mes yeux, google est toujours le meilleurs alors si le meilleur navigateur reçoit de l’argent du meilleur moteur de recherche … thats a good thing !
    Ps: vivement que firefox arrête la numérotation des versions, c’est une connerie énorme !

  23. Pingback: Le Google Sunday # 12 | Chrome OS

  24. Google a tout intérêt à rester en pôle position car, bien que Bing soit de piètre qualité comparé à Google, il est un concurrent sérieux puisqu’il est proposé par défaut sur IE. Car hélas, il y a encore des gens pour utiliser Internet Explorer (et son retard technologique légendaire)…

  25. Très bon article, intéressant.

    Une petite remarque :

    « …une très grande partie des revenus de Google provient de la publicité ».

    En réalité c’est la quasi totalité des revenus de Google qui provient de la pub : 97%…

  26. Il y a forcement quelque chose derrière ces sommes investies par Google, renforcer autant un concurrent direct à son navigateur… Plus qu’étrange, la loi antitrust est une bonne piste.

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