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Avec l’avènement des data centers, certains métiers vont s’arracher en France : pourquoi les jeunes doivent foncer vers ces filières

Alors que les milliards s’accumulent pour construire des serveurs géants, la course à l’IA va nécessiter d’importantes compétences humaines. Découvrez les coulisses d’un marché de l’emploi en pleine ébullition, où certains profils techniques sont très recherchés.

L’adoption éclair de l’intelligence artificielle (IA) et l’explosion de l’IA générative entraîne un besoin en infrastructures sans précédent. À l’occasion du sommet Choose France il y a quelques jours, les annonces d’investissements massifs dans les data centers se sont multipliées dans l’Hexagone, poussées notamment par des géants comme SoftBank.

Dans ce contexte de croissance accélérée, la question des compétences métiers et des recrutements devient le nerf de la guerre d’un secteur plus que jamais en tension. Une réalité confirmée par une étude récente du spécialiste en ressources humaines, Randstad, sur le recrutement dans les data centers. Pour comprendre les coulisses de ce marché de l’emploi en pleine mutation, Presse-citron a échangé avec Yohann Ferron, manager recrutement spécialisé dans l’IT chez Randstad.

Au quotidien, ses équipes accompagnent les entreprises sur leurs enjeux de gouvernance, de développement et de gestion des infrastructures. De l’émergence de nouveaux profils ultra spécifiques aux risques de surenchère salariale, il nous livre son analyse sur la capacité de la France à fournir les bras nécessaires pour piloter ses supercalculateurs.

Ces profils de l’ombre que tout le monde s’arrache

Pour bien comprendre la dynamique de l’emploi dans ce secteur, il faut d’abord distinguer la vie d’un data center en deux étapes majeures. Il y a d’un côté la phase amont, liée au génie civil, au bâtiment et à l’installation électrique, et de l’autre, la phase d’exploitation pure. C’est cette dernière qui se retrouve aujourd’hui directement bousculée par l’avènement de l’intelligence artificielle, faisant émerger des besoins extrêmement pointus à tous les niveaux de la hiérarchie technique.

Au premier maillon de cette chaîne humaine, on retrouve le véritable cœur de cible du recrutement : le technicien datacenter, ou technicien hardware. C’est lui qui manipule directement les infrastructures physiques. « Le rôle du technicien datacenter est d’être en charge de pouvoir câbler, notamment, les serveurs, d’être capable de changer les disques, notamment quand c’est nécessaire, ou de remplacer les serveurs défectueux et d’installer des nouveaux matériels », explique Yohann Ferron.

Mais avec la complexification des infrastructures nécessaires pour faire tourner les modèles d’IA, l’échelon supérieur s’est lui aussi considérablement densifié. Les entreprises s’arrachent désormais des ingénieurs système et virtualisation pour faire cohabiter les serveurs, des ingénieurs stockage pour superviser la sauvegarde des données massives, ainsi que des ingénieurs réseaux, indispensables pour paramétrer les flux et faire communiquer toutes ces machines entre elles.

Cette mutation technologique a même donné naissance à de nouveaux métiers, totalement inexistants il y a dix ans. C’est le cas de l’ingénieur SRE (Site Reliability Engineer), un profil hybride à mi-chemin entre le développement et l’infrastructure, devenu la coqueluche des très grands centres de données. « Il doit automatiser un maximum d’actions. Typiquement, lorsqu’un serveur tombe en panne, il est capable de le redémarrer grâce à un algorithme, de transférer la charge sur d’autres machines ou de monitorer les surcharges », étaye l’expert. Un profil indispensable pour garantir la disponibilité continue des modèles d’IA.

Data Center IA Cambrai
© Sashkin / Shutterstock

La réalité d’un marché à deux vitesses

Face à cette course aux armements technologiques, la France va-t-elle manquer de bras pour faire tourner ses infrastructures ? Pour Yohann Ferron, la situation mérite d’être nuancée. Le marché ne fait pas face à une pénurie globale et uniforme, mais plutôt à une fracture nette selon le niveau d’expérience requis, alors même que les projections à l’horizon 2030-2035 prévoient une explosion de la puissance de calcul.

Sur le premier maillon de la chaîne, celui des techniciens data centers, le vivier de candidats reste dynamique. « Je ne dirais pas qu’il y a vraiment de pénurie de compétences sur ces profils-là. Ce sont souvent des postes destinés à de jeunes diplômés, un premier tremplin vers l’emploi », tempère le manager de Randstad. Le véritable défi pour les entreprises sur ce segment réside plutôt dans la fidélisation, car ces jeunes talents ont rapidement « l’envie d’évoluer après deux ou trois ans vers d’autres fonctions », générant un turnover important.

Le véritable point de friction se situe un échelon plus haut, sur les profils hautement qualifiés et expérimentés. Les ingénieurs SRE et les architectes infrastructures sont aujourd’hui les rois du marché, et leur rareté face à l’explosion de la demande en IA crée un déséquilibre majeur.
« Au fur et à mesure du temps, avec l’explosion de la demande IA, les profils senior vont être les plus courtisés du marché parce qu’il va falloir s’attacher à ces compétences. Et elles ne sont pas démultipliables », prévient Yohann Ferron. Une situation qui va inévitablement pousser les recruteurs à aller chercher le savoir-faire là où il se trouve, déclenchant « des surenchères en termes de salaire pour les profils clés ». D’après le dirigeant, tout étudiant ou ingénieur informatique en devenir a tout intérêt à considérer avec la plus grande attention les filières liées aux coulisses physiques de l’IA.

L’enjeu de la souveraineté

C’est aussi un défi géopolitique et de souveraineté qui se joue aux frontières de l’Hexagone. Si la France multiplie les infrastructures physiques sur son territoire, elle doit aussi veiller à ce que ses cerveaux ne s’évaporent pas à l’étranger. Car l’excellence des formations françaises en ingénierie et en IA fait de nos profils des cibles de choix pour les acteurs anglo-saxons et européens, passés maîtres dans l’art de recruter à distance.

« Depuis de nombreuses années, certaines sociétés américaines, anglaises ou allemandes s’intéressent aux compétences en France et sont capables, au travers du télétravail, de faire travailler des collaborateurs en Europe sur des projets américains », constate Yohann Ferron. Un modèle redoutablement efficace qui courtise les experts en leur proposant « des statuts de salariés ou de free-lance avec des niveaux de rémunération très élevés ». L’enjeu est donc double : bâtir des serveurs, mais aussi réussir à y ancrer durablement les talents qui les font fonctionner.

France Puce Tech Intelligence Artificielle (1)
© mollyw / Shutterstock.com

Former, communiquer et féminiser

Dans ce contexte, il est impératif d’élargir les horizons du recrutement, notamment au travers de la mixité. Aujourd’hui, le constat reste sans appel avec un déséquilibre persistant d’environ trois quarts d’hommes pour seulement un quart de femmes. « L’éducation a un rôle clé à jouer, dans les familles comme sur les bancs de l’école. Dès le collège et le lycée, nous devons valoriser ces nouvelles filières de l’IA auprès d’elles pour susciter des vocations avant qu’il ne soit trop tard », estime-t-il. Selon lui, si un jeune se découvre une appétence pour les sciences ou les mathématiques, cette filière est à envisager.

Par ailleurs, faire tourner un centre de données, c’est aussi gérer des contraintes énergétiques et thermiques colossales. Au-delà des profils purement IT, une multitude de métiers connexes va se retrouver sous le feu des projecteurs. Qu’il s’agisse des experts en électricité haute tension courant fort, des techniciens en chauffage, ventilation et climatisation (CVC) ou des frigoristes spécialisés dans les systèmes de refroidissement de pointe, les professions requises ne devraient pas manquer.

  • Avec le boom des infrastructures IA en France, les recruteurs s’arrachent désormais les profils seniors de l’ombre.
  • Face aux géants internationaux capables de débaucher les meilleurs talents français à distance avec des salaires mirobolants, la souveraineté de notre écosystème est mise à rude épreuve.
  • La France devrait féminiser la filière tech dès le secondaire et former massivement aux métiers connexes, notamment de l’énergie et du refroidissement.

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