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Cette bombe climatique brûle depuis 50 ans, mais elle pourrait enfin disparaître en 2025

Depuis le temps de l’URSS, ce brasier artificiel émet des millions de tonnes de méthane ; mais sa fin serait proche.

Depuis le désert du Karakoum, au cœur du Turkménistan, un brasier alimenté par du gaz naturel brûle en continu depuis plus d’un demi-siècle. Surnommé assez justement « la Porte de l’Enfer », ce champ de gaz dégage d’énormes quantités de méthane, un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est bien plus élevé que celui du CO₂. Un véritable cauchemar pour le climat, qui a longtemps été complètement laissé de côté par les autorités locales.

Ce phénomène, unique au monde, pourrait enfin toucher à sa fin ; non pas parce que le Turkménistan aurait trouvé magiquement la solution, mais parce que les réserves de gaz qui le maintiennent en vie s’épuisent.

Porte De L'enfer
La Porte de l’Enfer, prise en photo de nuit en 2011 ; un spectacle aussi ardent que dangereux. © Tormod Sandtorv / Wikipédia

La Porte de l’Enfer : héritage toxique de l’ère soviétique

Officiellement nommé cratère de Darvaza, le site s’étend sur 70 mètres de large pour 30 mètres de profondeur. Il s’agit d’une cavité artificielle, formée au début des années 1970 à la suite d’un accident de forage lorsque des géologues soviétiques ont creusé par erreur dans une cavité souterraine instable contenant une forte concentration de gaz naturel. Sous la pression, le sol se serait affaissé, provoquant la formation d’un large cratère

Craignant une libération incontrôlée de gaz toxique, les ingénieurs auraient alors décidé d’allumer le gaz pour le brûler sur place, pensant que la combustion s’éteindrait d’elle-même en quelques jours. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que le réservoir souterrain contenant le gaz était beaucoup plus vaste qu’ils ne l’imaginaient ; le foyer, 50 ans plus tard, continue d’être alimenté. Une grosse erreur de calcul !

L’origine exacte de l’accident, cependant, reste confuse : plusieurs témoignages le font remonter aux années 1960, avec une inflammation bien plus tardive. En l’absence d’archives soviétiques accessibles, aucune chronologie précise n’a pu être établie ; il n’existe donc, encore à ce jour, pas réellement de version officielle expliquant les vraies origines de la Porte de l’Enfer.

Ce que l’on sait en revanche avec certitude, c’est que le cratère dégage depuis plusieurs décennies d’énormes quantités de méthane brûlé à l’air libre, sans que celui-ci ne soit capté ou traité. Si l’on devait retenir un reliquat catastrophique des expériences industrielles hors norme de l’URSS, celui-ci rentrerait largement dans le top 10.

Toutes les tentatives menées pour éteindre le feu depuis les années 1990 ont échoué. L’ex-président Gourbangouly Berdymouhamedov avait promis de fermer le site, notamment en 2010, et a réitéré cette intention en 2022, mais sans succès. Son fils, Serdar Berdymouhamedov, au pouvoir depuis le mois de mars de la même année, a récemment indiqué vouloir reprendre le flambeau (sans mauvais jeu de mot) et clôturer à jamais le cratère. Néanmoins, peut-être que pour une fois, la nature l’emportera sur les décisions politiques.

En effet, en 2023, des données satellitaires de la société Capterio ont montré une baisse de la lueur émise par le cratère, confirmée par des observations de terrain. Le brasier, autrefois visible depuis la haute atmosphère, ne l’est désormais que lorsqu’on s’en rapproche.

La Porte de l’Enfer pourrait donc être en train de s’éteindre lentement, car ses réserves de gaz ont été épuisées. Si jamais c’était réellement le cas, ce serait une excellente nouvelle pour la planète, qui n’aura plus à souffrir de ses émanations. Néanmoins, ne nous crions pas victoire trop vite, les observations de Capterio pourraient être dues à d’autres facteurs : fluctuations de la pression au sein du gisement, variations climatiques, modifications des conduits d’alimentation du feu, déplacement du point d’ignition, etc.

L’hypothèse de l’épuisement naturel reste ainsi à confirmer, mais selon les paroles de Irina Lourieva (directrice de l’entreprise nationale Turkmengaz), rapportées par le magazine Géo, les nouvelles sont bonnes. « Nous avons réussi à contrôler l’alimentation en gaz du cratère en feu, à augmenter significativement l’extraction de gaz et l’intensité diminue ». Rappelons tout de même que le Turkménistan n’est pas spécialement un pays reconnu pour son ouverture au monde, et que les informations données par les grands responsables ne doivent pas forcément être prises pour argent comptant. Affaire à suivre, donc.

  • Un cratère en feu depuis plus de 50 ans au Turkménistan (surnommé Porte de l’Enfer) libère d’importantes quantités de méthane ; affectant fortement le réchauffement climatique.
  • Des signes récents indiquent un possible affaiblissement naturel du feu, potentiellement lié à l’épuisement de la réserve de gaz alimentant le gisement.
  • Les autorités du pays assurent que le cratère émet moins de gaz, mais en l’absence de vérification extérieure, ces informations doivent être prises avec précaution.

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