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Réchauffement climatique : il est désormais trop tard pour éviter le pire scénario

La course contre-la-montre est (presque) terminée.

Nous venons de franchir la ligne rouge. Selon la dernière édition du Indicators of Global Climate Change 2024, publiée il y a deux jours, le 18 juin 2025 dans la revue Earth System Science Data, l’humanité ne pourra plus limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Ce seuil, fixé en 2015 lors de l’Accord de Paris, est, selon leurs calculs, déjà dépassé.

Même si nous arrêtions d’émettre tout dioxyde de carbone demain matin ; ce qui est évidemment impossible ; l’inertie du système climatique, couplée à l’ampleur des rejets actuels, rend cette cible hors d’atteinte. Cette fois, les scientifiques ne parlent plus de « risque », ni même de « cap à corriger » : le seuil sera, dans tous les cas, dépassé. Il ne nous reste dorénavant qu’à déterminer jusqu’où il le sera, et avec quelles conséquences.

Il n’y aura pas de retour à la normale

Ce rapport est le fruit du travail de plus de 120 contributeurs (climatologues et chercheurs en modélisation climatique, principalement). Son objectif est d’actualiser des données essentielles sur l’état du système climatique et l’influence humaine, dont une donnée souvent mal comprise, mais absolument essentielle : le budget carbone mondial.

Pour chaque seuil de réchauffement (1,5 °C, 2 °C, etc.), il existe une quantité maximale de CO₂ que l’humanité peut encore émettre, sans le franchir. Ce « budget » représente notre marge d’action : tant qu’il reste du crédit carbone, l’objectif reste atteignable, au moins en théorie.

Une fois que ce quota est épuisé, même une baisse absolue des émissions ne suffirait plus à contenir le réchauffement sous le seuil visé. Les gaz libérés dans l’atmosphère continueraient à piéger la chaleur pendant des décennies, rendant le dépassement quasi certain d’un point de vue physique.

Or, selon les auteurs, il ne reste plus que 275 milliards de tonnes de CO₂ à émettre pour avoir une chance raisonnable (50 %) de rester sous les 1,5 °C. Au rythme actuel, ce seuil sera atteint dans cinq à six ans à peine.

En 2023, les émissions liées aux énergies fossiles ont atteint un nouveau record : 36,8 milliards de tonnes de CO₂ ont été rejetées dans l’atmosphère, une hausse de 1,1 % par rapport à 2022. Cette progression ne marque pas le pas, malgré les alertes scientifiques, les promesses politiques ou même les catastrophes climatiques qui se multiplient chaque année.

La plupart des pays continuent d’adopter des mesures largement insuffisantes au regard des objectifs fixés il y a dix ans par l’Accord de Paris. L’autre grand seuil symbolique, celui des 2 °C, commence lui aussi à se rapprocher dangereusement. D’après les estimations actuelles, il resterait environ 1 100 milliards de tonnes de CO₂ à émettre pour rester sous cette barre. Un nombre qui paraît énorme, mais au rythme actuel, cette réserve sera épuisée d’ici 30 ans.

Pourquoi chaque dixième de degré compte

L’un des malentendus les plus tenaces sur le changement climatique concerne la manière dont ses effets se manifestent, et la publication insiste sur ce point. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’existe pas de palier (ou de seuil), au-delà duquel les catastrophes commenceraient soudainement à se multiplier. Le réchauffement n’est pas un interrupteur, mais un processus cumulatif.

À mesure que la température moyenne mondiale augmente, même légèrement, les conséquences s’aggravent : des sécheresses plus longues, des canicules plus fréquentes, des rendements agricoles en baisse, le niveau des océans augmente, les populations vulnérables se déplacent.

C’est pourquoi on entend souvent cette expression qui ne porte en elle aucune morale : « chaque dixième de degré compte ». Parce qu’une planète à +1,6 °C n’est déjà plus la même qu’à +1,4 °C. À cette échelle, une variation de la sorte, même minime, peut bouleverser des équilibres extrêmement fragiles. Dans certaines régions, le nombre de jours de canicules peut doubler, les cultures deviennent plus vulnérables au stress hydrique et certains écosystèmes marins, déjà affaiblis, en pâtissent encore plus.

Ce n’est donc pas un palier que l’on franchit, comme on franchirait une porte, mais une pente que l’on gravit, qui conditionne la violence des événements à venir. Plus celle-ci s’élève, plus les conséquences seront étendues et irréversibles. C’est pour cette raison qu’il est question de « processus cumulatif » lorsqu’on traite du réchauffement. Il fragilise ce qui l’était déjà, amplifie les différentes tensions déjà existantes et démultiplie les effets d’événements qui étaient auparavant isolés.

Le temps de la prévention de cette crise est terminé, puisque nous y sommes déjà. Nous devons rester lucides, alertes d’un point de vue scientifique et éthique, pour admettre que le réchauffement climatique n’est plus un horizon mal calculé, bercé par une narration catastrophiste. C’est une condition de notre présent, de l’avenir de nos enfants et petits-enfants, et l’un des grands pièges serait de croire qu’il suffirait d’un sursaut technologique ou d’un accord multilatéral pour inverser la vapeur. Ce que nous faisons aujourd’hui, ou laissons faire, aura un impact mesurable pendant des décennies. Combien de temps encore pourra-t-on remettre à demain les décisions qu’il aurait fallu prendre hier ?

  • Le seuil de +1,5 °C de réchauffement global pourrait être atteint d’ici cinq à six ans si les émissions mondiales ne diminuent pas rapidement.
  • Chaque fraction de degré supplémentaire aggrave les dégâts : sécheresses, pertes agricoles, montées des eaux, déplacements humains, etc.
  • Le rapport montre qu’il n’est plus temps de prévenir la crise : il faut désormais apprendre à vivre dans un monde profondément transformé.

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