À l’occasion des universités d’été du CNES, le Centre National d’Études Spatiales, Presse-Citron a pu échanger avec Bruno Millet, directeur adjoint du CNES à la délégation au développement durable. Il s’interroge quant à la prise de conscience écologique du grand public.
Le CNES précise : les propos tenus par Bruno Millet dans cette interview lui sont propres et expriment un point de vue personnel. Ils ne reflètent en aucun cas la position du CNES, l’agence spatiale française.
Presse-Citron : La Terre vit un réchauffement climatique, pourtant la météo cet été n’est pas splendide, comment l’expliquez-vous ?
Bruno Millet : Il est très important de ne pas confondre météo et climat. Les gens ont tendance à faire l’amalgame et des personnalités politiques comme Monsieur Trump en joue pour exprimer leur scepticisme quant à l’existence même du dérèglement climatique. Ce n’est pas parce qu’il pleut en plein juillet que le dérèglement climatique n’existe pas. Nous devons observer et mesurer les tendances sur le long terme et à l’échelle de la planète. Les scientifiques sont unanimes, il n’y a aucun doute sur l’existence du dérèglement climatique, et son origine anthropique (ndlr : du fait des activités humaines).
Presse-Citron : Vous n’aimez d’ailleurs pas parler de « changement climatique », vous préférez « dérèglement climatique » expliquez-nous pourquoi ?
Bruno Millet : Je trouve que le mot dérèglement exprime la notion de dysfonctionnement, bien que le climat ne soit pas « gouverné » par une réglementation quelconque. Ce terme marque les esprits. La terminologie « changement climatique » peut-elle faire appel, dans l’inconscient collectif, à une évolution douce, presque normale. Mais la réalité est tout autre. Aussi ma préférence est dictée par mon besoin d’éveiller les consciences au titre de l’urgence climatique qui est face à nous.
Presse-Citron : L’industrie spatiale contribue à 1 % des émissions de gaz à effet de serre, cela peut paraître très peu, mais vous tirez déjà la sonnette d’alarme…
Bruno Millet : Bien sûr ! Car le spatial pollue. Le secteur ne participe aujourd’hui qu’à un faible pourcentage (<1 %), mais sa croissance, notamment avec l’émergence du NewSpace, nous fait craindre le pire. Chaque contributeur à l’empreinte environnementale doit prendre part à la réduction globale. Les efforts doivent être collégiaux et aucune partie prenante ne peut se retrancher derrière le triangle de l’inaction sous prétexte que les plus gros acteurs n’ont pas produit les résultats escomptés. De plus, il faut souligner que le secteur spatial constitue, par nature, l’une des seules activités humaines affectant directement toutes les couches de l’atmosphère et au-delà, tout en concourant à la pollution des océans et de leurs abysses.
L’empreinte environnementale du spatial est encore méconnue. À ce titre, le CNES et la communauté académique ont la volonté de conduire des travaux de rechercher à fait envisageable d’appliquer le principe de précaution, au minimum de tempérance vis-à-vis d’activités que l’on souhaite mener à bien et dont on ne mesure pas précisément l’empreinte environnementale.
Presse-Citron : Il faudrait donc rendre le spatial inactif, pour des questions environnementales ?
Bruno Millet : Non, tout comme on n’arrête pas à satisfaire les besoins fondamentaux (se nourri, se soigner, se vêtir, se loger…) même ceux qui présente une empreinte environnementale. On ne devra donc pas abandonner des activités spatiales jugées comme essentielles. Notre civilisation est en mesure d’accepter une empreinte environnementale d’une activité à partir du moment où elle répond à un besoin sociétal.
Ainsi certaines activités répondre favorablement à ce critère de « bénéfices/risques ». Il suffit d’être en mesure d’estimer à la fois les avantages d’une activité et ses inconvénients et d’y renoncer quand c’est préjudiciable pour la planète.
Presse-Citron : Faut-il mettre fin aux missions habitées, et vers Mars ?
Bruno Millet : Les vols habités et les voyages d’humains vers des corps célestes interrogent sur la finalité et donc sur le bénéfice recherché, à différents niveaux : technique, économique, sanitaire, philosophique et éthique. Il est important de proposer une régulation de circonstances, de modérer les ardeurs, d’inviter à la tempérance, et ainsi faire valoir notre conception d’une exploration durable et raisonnée de l’espace. Bien entendu, ce type de missions a pour objectif d’apporter une réponse quant à l’origine de l’Humanité ; si la légitimité de telles missions est recevable, à l’aune des bouleversements, elles ne sont pas forcément prioritaires.
Presse-Citron : Néanmoins, vous proposez 4 scénarios imaginables face à l’urgence climatique…
Bruno Millet : À mon humble avis, il existe 4 scénarios.
Le premier repose sur le fait que face aux crises environnementales, sociales, économiques (géo)politiques, démographiques…. L’activité spatiale se paralyse. Aucun domaine d’applications n’est épargné. Ce scénario utopique est néanmoins contraire aux besoins essentiels dont certains reposent sur le spatial.
Le deuxième consiste à développer l’activité spatiale fortement, suivant tous les créneaux. Bien que ce scénario soit contraire aux enjeux, il a une forte probabilité d’occurrence du fait qu’il est conforme au paradigme de croissance économique actuel.
Le troisième scénario se traduit par une activité spatiale qui se développe en s’appuyant sur des technologies écoresponsables, donnant bonne conscience, mais conviant potentiellement des effets de rebond et des transferts de charge. Si ce scénario est plausible, il propose une réduction de l’empreinte environnementale nettement insuffisante aux regards des enjeux.
Enfin, le dernier scénario propose une activité spatiale qui se rationalise au bénéfice d’une coopération et d’une mutualisation des projets et des moyens au niveau international, requérant un monde apaisé. Ce scénario s’appuie sur le refus de la culture de la compétition et de l’échec. Le monde actuel n’est pas prêt à une telle démarche.
Presse-Citron : Ce 4e scénario correspond à celui que vous préconisez. Pourquoi ?
Bruno Millet : Oui, c’est la voie à suivre, celle de la coopération internationale, la meilleure, la plus prometteuse. Même si j’ai du mal à y croire. Pourtant l’histoire récente nous fournit un exemple concret de lutte efficace à l’échelle international contre un péril affectant la couche d’ozone. En 1987, 24 pays et l’Union européenne se sont réunis pour décider d’un moratoire contre l’usage des CFC. Cette décision est la preuve que tout espoir n’est pas perdu.
NDLR En 1987, 24 pays signent le « Protocole de Montréal » bannissant l’usage des CFC (chlorofluorocarbures). Ces gaz étaient responsables de la destruction de la couche d’ozone, créant un « trou » dans cette dernière. Aujourd’hui, le fameux « trou de la couche d’ozone » est en train de se refermer, grâce à l’arrêt de l’utilisation des CFC dans le monde.
Presse-Citron : Vous ne pensez pas que les accords de Paris de la COP21 peuvent être ce nouvel élément rassembleur ?
Bruno Millet : Si j’y ai cru, mais je n’y crois plus. Les accords de Paris (ndlr : COP 21 de décembre 2015) sont d’ores et déjà caducs. Le programme de l’UE, Copernicus, a annoncé en juillet 2024 que l’augmentation ponctuelle de la température de surface était de +1,6 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Or l’accord de Paris repose sur un accroissement de cette même température à +1,5 °C à l’horizon 2100. Force est de constater que nous ne sommes pas conformes aux engagements pris en 2015.
Presse-Citron : Mais faut-il s’inquiéter pour le futur de la Terre ?
Bruno Millet : Non, il ne faut pas s’inquiéter pour la planète. La Terre s’en sortira très bien sans l’humanité. Elle a su vivre avec des dinosaures, puis sans, cela sera la même chose pour nous. Je trouve juste dommage que l’espèce humaine s’autodétruise, en ayant conscience, ou pas, de son action mortifère.
Presse-Citron : Pensez-vous que les effets du dérèglement climatique seront visibles prochainement, à l’échelle d’une vie ?
Bruno Millet : C’est la grande inconnue. Les bouleversements environnementaux sont d’ores et déjà une réalité. Le dérèglement climatique n’est qu’une facette du problème. Il faudra aussi faire dans les années à venir avec l’épuisement des ressources, l’effondrement de la biodiversité. Le monde politique, la société civile, la communauté académique, ainsi que le monde industriel ont l’opportunité unique d’agir pour offrir aux générations actuelles et futures un avenir conforme à leurs valeurs.
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bienvenu en 2024, tous le monde se regarde en attendant qu’un agisse, et en plus on le prend pour un fou…
🙄
PS : demandez donc a Poutine et Netanyahou (entre autres) d’arrêter leurs guerres, se sera un bon début !
parce que je veux bien recycler mes pots de yaourts, mais il ne valent pas chère face a leurs bombes…
Un “scientifique” dans le scientisme. Quand toute cette escroquerie sera par terre, je me demande comment ces clowns se justifieront.