Redistribuer les cartes du streaming musical pour mettre en avant les artistes et améliorer l’expérience utilisateur. C’est le pari que s’est lancé Carbon, jeune application soutenue par le spécialiste du jeu vidéo, Voodoo.
Réinventer le streaming musical
Et le défi est immense, dans un secteur qui a déjà bien entamé sa phase de consolidation, avec des acteurs de moins en moins nombreux qui n’hésitent plus à faire régulièrement grimper leurs prix. Carbon a l’intention de se faire une place sur ce marché hautement concurrentiel grâce à une stratégie déjà bien rodée : « réinventer la manière dont on consomme le contenu et surtout, mieux rémunérer les artistes », résume Edouard Steegmann, PDG de la jeune pousse, dans un entretien accordé à Presse-citron.
Née l’année dernière, elle est le fruit d’une ambition claire : donner vie à un concurrent potentiel de Spotify. Pour y parvenir, elle a choisi une approche qui la démarque drastiquement de ses rivales, en se concentrant tout d’abord sur un seul et unique genre : la musique électronique. « C’est un genre qui est en très forte croissance, notamment auprès d’un public jeune, mais un peu délaissé par les plateformes de streaming classiques », explique le dirigeant.
De nombreux artistes évoluant dans l’électro sont indépendants, contrairement à d’autres genres comme le rap ou la pop qui se concentrent sur deux ou trois majors. Par ailleurs, il existe de très nombreux sous-genres, consommés par des tranches d’âges diverses et variées. « Ce sont des populations qui sont peut-être prêtes à payer un peu plus pour une application ou du contenu de meilleure qualité », poursuit-il. Un véritable contraste avec le « buffet à volonté » proposé par les plateformes comme Spotify ou Apple Music.
Morceaux en exclusivité
Grâce à ces différents critères, l’électro s’impose comme un terrain de jeu idéal pour le modèle de Carbon. « Notre idée est d’aider les gens à ne pas toujours écouter la même chose, afin d’explorer en profondeur un catalogue et de plonger dans les tréfonds des morceaux qui méritent d’être découverts », indique Edouard Steegmann.
Pour cela, l’application mise sur des fonctionnalités inédites, à l’instar de l’accès exclusif à des morceaux en avant-première, parfois jusqu’à un mois avant leur sortie officielle. De quoi offrir aux artistes une meilleure mise en valeur de leur travail. L’autre grand axe de différenciation de Carbon repose sur l’amélioration de la découverte musicale. Grâce à une nouvelle version de son interface, actuellement disponible sur iOS (et bientôt sur Android et webapp), les utilisateurs peuvent explorer rapidement des morceaux via des extraits de 30 secondes, les évaluer instantanément et bénéficier d’algorithmes de recommandation avancés.
La plateforme propose également des outils uniques pour explorer les catalogues par labels, permettant de suivre leurs actualités et de recevoir des notifications sur les sorties. Face à l’immensité des nouvelles productions musicales quotidiennes, cette approche vise à rendre la découverte plus intuitive et efficace.

Renouer avec l’âge d’or des supports physiques
Côté artistes, le but de Carbon est de proposer une alternative où le revenu par stream serait au moins dix fois supérieur à celui de Spotify, leur garantissant ainsi une meilleure rémunération. « Le streaming a sauvé l’industrie musicale du piratage, mais au prix d’une précarisation des artistes, avec des revenus par écoute extrêmement faibles. Alors qu’iTunes permettait encore d’acheter des morceaux individuellement, les plateformes actuelles imposent un modèle où, quel que soit l’engagement d’un fan, la dépense reste plafonnée à un abonnement mensuel de 10 dollars », commente Edouard Steegmann.
L’application puise son inspiration dans l’âge d’or des supports physiques, où vinyles et CD créaient une relation privilégiée entre artistes et fans. À cette époque, les mélomanes n’hésitaient pas à investir davantage pour soutenir leurs artistes favoris, notamment en s’offrant des éditions exclusives. Carbon renoue avec cet esprit tout en l’adaptant à l’ère numérique. Sa formule mise sur la flexibilité avec un abonnement mensuel au prix attractif de 2,99 euros.
Des plans plus onéreux seront disponibles à l’avenir, assure le PDG, avec des fonctionnalités avancées comme le téléchargement de morceaux pour le mixage, une meilleure qualité audio ou encore l’accès à un plus grand nombre de titres exclusifs chaque mois.
Un déploiement progressif
Si Carbon demeure encore peu connu, c’est un choix tout à fait délibéré. L’objectif est avant tout de se développer progressivement en prenant les retours des utilisateurs en compte et en testant des fonctionnalités. La plateforme n’est pas pressée, et peut s’appuyer sur le soutien de Voodoo qui la finance entièrement. Plutôt que de viser une expansion immédiate et massive, elle cherche à maîtriser chaque segment avant d’en aborder un nouveau, en garantissant une viabilité économique à chaque étape.
Côté marketing, la plateforme veut aussi se distinguer. « Nous sponsorisons des événements et tissons des liens avec les acteurs du secteur. À Paris, nous soutenons certaines soirées, et récemment, nous avons noué un partenariat avec une entreprise spécialisée dans l’organisation de sets live », étaye Victor Dutreil, responsable du contenu chez Carbon. Une stratégie qui, là aussi, vise à établir une connexion authentique avec la scène électronique.
Quant à l’avenir, la startup n’exclut rien et prévoit de se lancer dans d’autres genres une fois qu’elle sera bien établie. La possibilité de voir de nouvelles applications par genre est également envisageable, chacune offrant une expérience sur mesure adaptée aux attentes spécifiques des auditeurs. De quoi optimiser la découverte et l’engagement des fans, tout en proposant une navigation plus intuitive et pertinente.
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