Ils trônent discrètement sur nos meubles, diffusant leurs effluves délicats au gré de la chaleur : les fondants parfumés. Ces blocs de cire, chauffés électriquement pour libérer leurs parfums, séduisent par leur simplicité d’utilisation et leur apparente innocuité. Finis les risques d’incendie et la fumée émise par les bougies ou les encens, place à une diffusion plus douce et contrôlée. Du moins, c’est ce que nous pensions jusqu’à présent.
Une étude de l’Université de Purdue (West Lafayette, États-Unis) publiée le 3 février dans la revue Environmental Science & Technology Letters les a analysés d’un peu plus près. Ce que ces petits blocs émettent dans l’air pourrait être aussi nocifs pour nos poumons que les gaz d’échappement d’un moteur diesel. C’est tout de suite moins vendeur.
Terpènes et ozone : un cocktail explosif pour l’air intérieur
Les fondants, lorsqu’ils sont utilisés, émettent des terpènes, des composés organiques très volatils que l’on trouve dans les agrumes, les pins et d’autres plantes, souvent utilisées dans les parfums, les produits de nettoyage et même certains médicaments. D’un point de vue chimique, les terpènes sont des hydrocarbures insaturés, des molécules organiques faites de carbone et d’hydrogène, mais avec des liaisons « en double » entre certains atomes de carbone, ce qui les rend plus réactives.
Justement, ces terpènes réagissent fortement avec l’ozone atmosphérique présent dans nos intérieurs. L’ozone (O3) est une molécule naturellement présente dans l’atmosphère, mais aussi parfois dans nos intérieurs, bien qu’en plus faibles quantités. C’est un puissant oxydant : il a tendance à réagir avec d’autres substances en leur « volant » des électrons. Cette interaction produit des particules nanométriques ; particules extrêmement petites, dont la taille se mesure en nanomètres ; en concentration très élevée.
Problème : en raison de leur taille, ces particules peuvent facilement pénétrer dans notre organisme, par inhalation, ingestion ou contact avec la peau. Rien de plus simple pour elle ensuite d’aller se loger dans nos organes ou tissus et d’y rester. Malheureusement, les effets à long terme d’une telle exposition sont encore mal connus, mais certaines études ont déjà suggéré un lien possible avec des maladies respiratoires, cardiovasculaires ou neurologiques.
Un laboratoire miniature pour simuler nos intérieurs
Pour calculer les émissions de ces fondants parfumés, les chercheurs ont reproduit dans un environnement contrôlé les conditions domestiques et y ont déployé deux outils de mesure. Le premier appareil : un magnifieur de particules haute résolution couplé à un spectromètre de mobilité (PSMPS) qui permet de mesurer la taille et la concentration des particules, notamment des nanoparticules, présentes dans l’air.
Le second, un spectromètre de masse à temps de vol avec transfert de protons (PTR-TOF-MS) pour identifier et de quantifier les composés organiques volatils (COV) présents dans l’air, même en très faibles concentrations. Combiné ensemble ces instruments permettent de caractériser avec précision la distribution des particules générées, pour savoir combien il y a de particules de chaque taille, spécifiquement les plus petites, et donc les plus dangereuses.
Selon leurs mesures, une simple exposition d’une vingtaine de minutes aux émissions des fondants parfumés peut conduire à l’inhalation de plusieurs milliards de nanoparticules. L’absence de combustion, paradoxalement, ne garantit pas une pollution moindre : la surface de diffusion étendue et la concentration élevée en composés parfumés des fondants augmentent même le taux d’émission de composés organiques volatils par rapport aux bougies conventionnelles.
Les moteurs diesel, en particulier les anciens modèles, sont connus pour émettre ces nanoparticules, notamment des particules de carbone suie. Ces particules sont donc similaires, en taille, à celles émises par les fondants parfumés. Considérées comme cancérigènes probables, il y a donc de quoi s’inquiéter de nos petits désodorisants d’intérieur.
Les produits parfumés pointés du doigt par la science
Nusrat Jung, ingénieure civile à Purdue, commente cette découverte sans paraître trop surprise. « Les produits parfumés ne se contentent pas d’embaumer nos intérieurs – ils modifient activement la composition chimique de l’air, générant des nanoparticules dont les concentrations pourraient avoir des effets notables sur la santé ». Cette équipe de recherche avait déjà travaillé sur cette thématique par le passé, en démontrant des émissions similaires provenant des diffuseurs d’huiles essentielles, des désodorisants et d’autres produits parfumés. Les fondants parfumés se rajoutent donc à cette liste.
Les auteurs de cette étude recommandent d’ailleurs une révision des normes de conception des systèmes de ventilation et de climatisation pour tenir compte de cette source de pollution nouvellement recensée. Ils espèrent également que leurs travaux agiront comme un appel d’air et motivera d’autres chercheurs à concentrer leurs efforts sur l’analyse des effets à long terme de l’exposition aux nanoparticules des produits d’intérieur. Un domaine qui, jusqu’ici, reste bien moins étudié que la pollution atmosphérique extérieure. Si vous utilisez des bougies/fondants ou autres dispositifs pour parfumer votre intérieur, faites-le donc avec parcimonie et pensez à aérer régulièrement vos pièces au moins 10 à 15 minutes par jour. Votre organisme appréciera !
- Les fondants parfumés, en réagissant avec l’ozone de nos intérieurs, génèrent des nanoparticules potentiellement nocives pour la santé.
- Une exposition de seulement 20 minutes suffit à inhaler plusieurs milliards de ces particules, comparables à celles des moteurs diesel.
- Les chercheurs appellent à mieux étudier l’impact de ces émissions sur la santé et à adapter les normes de ventilation des habitations.
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