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C’est quoi au juste le “crunch”, ce mal qui gangrène le monde du jeu vidéo

Les plus grands studios de jeux vidéo, comme certains studios indépendants, ont recours au “crunch”. Mais quelle est cette pratique qui peut détruire la vie des développeurs ?

Comme de nombreux joueurs, vous attendez très impatiemment le lancement du nouvel opus de votre série fétiche, qu’il s’agisse de Final Fantasy, de God of War, de Halo, de Diablo, de GTA… Des titres majeurs dans l’industrie vidéoludique, qui mobilisent des centaines d’employés et qui nécessitent des millions de dollars… et très souvent quelques longues années de développement. Aussi, à l’approche du lancement d’un jeu, et afin de tenir les objectifs fixés par un éditeur, certains studios peuvent avoir recours à une pratique baptisée “crunch”. Et non, on ne parle (malheureusement) pas de la barre chocolatée.

Le “crunch” dans le jeu vidéo, on vous explique

Si vous êtes un tant soit peu intéressé par le marché du jeu vidéo, alors vous avez sans doute entendu parler du phénomène de crunch il y a quelques années. Dans le milieu vidéoludique, le crunch se caractérise par la pression que subissent les employés, ainsi que la longueur des journées et semaines de travail exigées pour pouvoir atteindre à temps les objectifs fixés.

Voilà 20 ans déjà que le phénomène de “crunch” a été mis en lumière, notamment au travers d’un blog dédié à l’époque au géant Electronic Arts, et mis au point par une ancienne développeuse du groupe. Erin Hoffman exposait alors aux yeux du monde l’influence néfaste et la pression sociale exercée par le géant américain sur les équipes de production, notamment à l’approche du lancement du jeu Le Seigneur des Anneaux : La Bataille pour la Terre du Milieu.

The Last Of Us Remake, Uncharted, jeu multi PS5
© Presse-citron.net

Il faudra attendre les années 2010 pour voir se démocratiser les enquêtes mettant en lumière des conditions de travail édifiantes qui règnent dans certains studios. Le studio Quantic Dream a notamment été dans la tourmente face aux pratiques rapportées par divers salariés, mais cela fut le cas également de Rockstar Games, avec notamment les jeux LA Noire mais aussi (et surtout) Red Dead Redemption 2, qui ont été terminés à grands renforts de crunch.

Parmi les jeux dont les développeurs ont été victimes d’un crunch intensif, on pense également aux titres signés Naughty Dog entre 2014 et 2020. A cela s’ajoutent des jeux indépendants comme Stardew Valley ou encore Shovel Knight, qui ont fait cauchemarder leurs développeurs respectifs.

Red Dead Redemption 2
© Rockstar

Sur l’espace de plusieurs mois, certains développeurs peuvent ainsi voir leur semaine de travail dépasser les 60, voire les 80 heures par semaine. Selon certains, ces périodes de travail intenses n’auraient même pas fait l’objet d’une rémunération particulière, mais répondaient simplement à une exigence de la part d’un éditeur, comme le fait de devoir impérativement lancer un jeu pour les fêtes de fin d’année par exemple. A cela s’ajoute la pression des joueurs eux-mêmes, souvent très (trop ?) pressés de pouvoir enfin se procurer tel ou tel titre tant attendu.

Récemment, c’est Assassin’s Creed Shadows qui a été décalé du mois de novembre au mois de février 2025, pour permettre aux développeurs de chez Ubisoft de terminer le jeu dans les meilleures conditions. En fin d’année 2020, c’est Cyberpunk 2077 qui était lancé dans le monde entier, après de nombreux retards et malgré un crunch intensif. Quand bien même le jeu a progressivement été réhabilité au fil des mises à jour successives, il est devenu un cas d’école pour ce qui est des problèmes de délais de production rencontrés par les développeurs face à la pression du public (et de certains éditeurs).

CyberPunk 2077
© CD Projekt RED

Pour de nombreux développeurs, l’amour et la passion qu’ils cultivent pour le jeu vidéo peuvent s’avérer des leviers idéaux pour les exploiteurs en tirent profit. “Nous ferions n’importe quoi pour travailler dans les jeux vidéo et faire des jeux, et ils savent que nous sommes prêts à tout” expliquait en 2018 Emma Kinema, cofondatrice de Game Workers Unite, une organisation démocratique dédiée à revendiquer les droits des travailleurs de l’industrie du jeu vidéo.

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