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Cette startup allemande vient-elle de révolutionner la recherche dans la fusion nucléaire ?

La fusion nucléaire est le Saint Graal de l’énergie, mais son exploitation pose d’immenses défis techniques.

Proxima Fusion, jeune pousse allemande fondée il y a deux ans, annonce une véritable « percée » dans le domaine de la fusion nucléaire : la toute première feuille de route « cohérente » pour construire une centrale à fusion commerciale.

Tokamak vs Stellarator

Cela peut sembler anodin, mais c’est loin d’être le cas. Car contrairement à la fission nucléaire actuellement utilisée dans les centrales, qui consiste à diviser des atomes lourds, la fusion, elle, combine des atomes. Elle reproduit la réaction qui survient au cœur des étoiles comme le Soleil, sans produire de déchets radioactifs. C’est le Saint Graal de l’énergie, mais l’exploiter présente encore d’immenses défis techniques, notamment pour construire des réacteurs capables de produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment.

C’est justement sur ce point que Proxima Fusion assure avoir fait un pas en avant. Actuellement, la plupart des réacteurs à fusion nucléaire sont des tokamaks. Une technologie confrontée à d’importantes limites, car elle nécessite un courant électrique pour confiner le plasma, ce qui rend les réacteurs instables et sujets à des interruptions soudaines.

Le stellarator, un autre type de réacteur, est intrinsèquement plus stable : il maintient le plasma en place grâce à des champs magnétiques en forme de tore tordu, sans besoin d’un courant électrique externe. Toutefois, son design est bien plus complexe à concevoir et à fabriquer.

tokamak
L’intérieur d’un réacteur Tokamak © Creative Commons / Robert Mumgaard

Premier concept « cohérent »

Conçu en partenariat avec l’Institut Max Planck pour la physique des plasmas et nommé Stellaris, le stellarator de Proxima chaufferait des isotopes d’hydrogène à plus de 100 millions de degrés Celsius, créant un plasma confiné par un champ magnétique. L’énergie libérée par la fusion pourrait ensuite être convertie en électricité via des turbines à vapeur.

Grâce aux avancées en intelligence artificielle (IA) et en simulation, Proxima a pu tester et optimiser ses composants en quelques minutes au lieu de semaines, accélérant considérablement le développement de son concept. « Personne n’a jamais créé de concept cohérent pour une centrale électrique commerciale. C’est le moment où tous les membres de la communauté de la fusion devront reconnaître que les choses ont changé », commente Francesco Sciortino, le cofondateur de la startup.

En effet, contrairement à certains projets qui misent sur des percées technologiques encore incertaines, Proxima affirme que son réacteur pourrait être construit avec des matériaux et des technologies en cours de développement comme les aimants supraconducteurs à haute température.

La jeune pousse a choisi de partager ses résultats publiquement : « Nos amis américains et chinois peuvent les voir. Nous pouvons réaliser ce projet plus rapidement que n’importe qui d’autre, et nous le faisons en créant un cadre pour l’intégration de la physique, de l’ingénierie et de l’économie. Nous ne sommes donc plus un projet scientifique », s’enthousiasme le chercheur dans les lignes de TechCrunch.

Fusion Nucleaire
© Darkfoxelixir / Shutterstock.com

Encore des limites

Il va, malgré tout, falloir s’armer de patience avant de voir ce projet se concrétiser, comme c’est souvent le cas dans le domaine de la fusion nucléaire. Proxima espère construire son réacteur d’ici les années 2030, mais il faut noter que le consensus scientifique estime que la fusion ne pourra pas alimenter le réseau électrique avant les années 2050.

Par ailleurs, la construction d’un réacteur de fusion coûterait entre 5 et 10 milliards d’euros. Et lever ces fonds en Europe reste un défi, les plus gros tours de table du secteur ayant été opérés, et de loin, aux États-Unis. À ce jour, Proxima a levé 65 millions d’euros.

  • La startup Proxima Fusion assure avoir créé le premier concept de centrale de fusion nucléaire commercialement viable.
  • Sa technologie repose sur un stellarator, un réacteur à fusion beaucoup plus stable que le tokamak, mais bien plus complexe au niveau du design.
  • La jeune pousse espère mettre au point un premier réacteur dès les années 30.

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