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« Des chiffres, des noms, un code » : que tente de nous dire ‘The Buzzer’ la station russe fantôme ?

Une station fantôme, branchée sur les nerfs du monde depuis la Guerre froide vient de se réveiller avec un nouveau message qui intrigue les passionnés et les experts militaires. Que cherche à nous dire UVB-76, surnommée « The Buzzer » ?

C’est un bruit sourd, répétitif, et presque angoissant à certains moments : vingt-cinq impulsions par minute, toujours sur la même fréquence, 4625 kHz. Depuis les années 1970, ce signal radio connu sous le nom d’UVB-76, ou plus familièrement The Buzzer, continue de crépiter sur les ondes courtes. Une vidéo YouTube la relaie même en live, 24 h / 24, que vous pouvez visionner sur cette page. Voilà plus de 40 ans que ce son, en provenance de Russie (probablement près de la ville de Pskov) continue, une routine sans fin, parfois brisée par des voix (16ᵉ seconde de la vidéo ci-dessous) déclinant des suites de chiffres, de noms et de lettres cryptiques.

Ce lundi 8 septembre, le bourdonnement s’est interrompu pour nous livrer une nouvelle séquence : des prénoms formant l’acronyme « NZhTI » (Nikolai, Zhenya, Tatyana, Ivan), suivis de séries numériques et d’un second mot, « OTEL », perçus comme un code. Que s’est-il passé ? Pourquoi The Buzzer a-t-elle brusquement été parasitée par ces signaux, sans raison apparente ?

Une relique de la guerre froide, toujours active

Pour saisir le poids symbolique de The Buzzer, il faut revenir aux dernières décennies de la Guerre froide. C’est en 1973 que des opérateurs radios interceptèrent pour la première fois le signal de la mystérieuse UVB-76, une station militaire soviétique émettant depuis la région de Povarovo, au nord-ouest de Moscou.

Mis au point par l’URSS dans les années 1970 et déclaré opérationnel en 1985, ce système était l’arme ultime de la dissuasion nucléaire soviétique. La paranoïa entre les deux blocs ennemis était à son comble. Il fallait donc s’assurer qu’une frappe de représailles serait lancée, même si le Kremlin, son état-major et toute la chaîne de commandement venaient à être décapités par une attaque en provenance de Washington.

La crainte du silence d’UVB-76 (plus que de son bourdonnement)

Tout un réseau de capteurs surveillait en permanence l’activité sismique, le rayonnement, la pression atmosphérique et la fréquence des communications militaires sur le sol russe. Si tous ces signaux convergeaient vers l’hypothèse d’une frappe nucléaire et que Moscou ne répondait plus, Perimeter pouvait automatiquement déclencher le lancement de missiles intercontinentaux depuis des silos enfouis, des trains ou des sous-marins.

Même lorsque le Mur de Berlin tomba, entraînant avec lui la chute de l’U.R.S.S, il y a toujours une crainte, persistante : si UVB-76 s’interrompt, ce silence pourrait être interprété par le système comme un signe que le pays a été frappé et que sa hiérarchie militaire a été réduite au silence. Si l’on en croit cette théorie, l’arrêt du bourdonnement deviendrait lui-même un signal de mort, déchaînant par conséquent la puissance nucléaire russe.

Une station radio constamment surveillée

Un tel scénario n’a, bien évidemment, jamais été confirmé officiellement, mais il a suffi à nourrir les spéculations les plus folles, qui planent encore aujourd’hui. La station est constamment surveillée, surtout depuis que la flamme entre la Russie et l’Occident s’est ravivée.

D’autres chercheurs et passionnés d’ondes courtes défendent une lecture beaucoup plus terre-à-terre : UVB-76 ne serait pas une relique d’une quelconque apocalypse nucléaire, mais plutôt une « numbers station », une radio spécialisée dans la transmission de messages chiffrés. Un dispositif qui fut très utilisé lors de la Guerre froide, puisqu’il permettait d’envoyer des suites de chiffres, de lettres ou de noms de code à des agents déployés à l’étranger.

Un système qui ne nécessitait aucun accès à internet ou satellite pour fonctionner. De nos jours, ce sont deux gros avantages quand on sait que les cybercommunications sont sous étroite surveillance, notamment celles provenant de Russie. Cette vieille technique de transmission analogique est donc intraçable pour qui ne connaît pas le code qui les dissimule, ce qui rend plausible l’idée que la Russie puisse continuer d’y recourir aujourd’hui. Encore une fois, ce ne sont là que des spéculations, Moscou n’étant pas spécialement bavarde à ce sujet.

Nous ne pouvons que vous conseiller la vidéo de Feldup au sujet de The Buzzer, certainement l’une des plus complètes (en français) à ce sujet. Baptisée La station fantôme qui émet depuis plus de 40 ans “UVB-76” – Findings N°103, vous pouvez la visionner ci-dessous.

Le langage secret d’une radio en temps de conflit

Depuis quelques années, l’activité de la station s’est intensifié. À la veille de l’invasion de l’Ukraine en 2022, elle s’est mise à diffuser plus souvent des séquences vocales. En décembre 2024, elle a battu un record : vingt-quatre messages sur une seule journée, parfois entrecoupés de bruits étranges : sons de pas, extraits de musique classique, et même un cri de femme (à 1 : 13 de la vidéo en tête d’article). Il n’en fallait pas plus pour remettre une pièce dans la machine, le web s’est emballé : théories du complot, signal d’alerte militaire, opération de guerre psychologique, etc.

Le climat géopolitique étant dépuis fortement tendu, le moindre frémissement d’UVB-76 est surveillé avec grand intérêt. Exemple ci-dessous, avec un utilisateur de Reddit, participant au subreddit r/uvb76 (oui, la station a le droit à son petit sub à elle seule), qui, le 5 septembre, a capté un long message dans le bourdonnement. Selon un utilisateur russe qui lui a répondu dans la section commentaire, il ne s’agirait de « rien d’intéressant, juste un code ».

D’autres ne sont pas de cet avis ; c’est le cas d’un professeur d’ingénierie radio, David Stupples, qui a tenu ces propos auprès de Slate : « Si c’est le gouvernement russe qui s’en sert, ce n’est certainement pas pour des usages pacifiques ». Des propos que l’on peut tout à fait tempérer en arguant qu’il s’agit plutôt d’une opinion, non d’un fait avéré. En réalité, aucune preuve publique ne permet aujourd’hui de relier directement The Buzzer à une fonction militaire offensive ; l’idée d’un outil nucléaire restant de l’ordre du spéculatif.

Que s’est-il donc passé ce lundi 8 septembre ? La vérité est que nous n’en savons rien, et que nous n’en saurons probablement jamais rien. Si The Buzzer émet depuis tant d’années sans qu’on ait vraiment compris à quoi elle correspond exactement, ce n’est pas aujourd’hui que nous trouverons la réponse. Il pourrait très bien s’agir d’un test de routine, d’une mise à jour technique, d’une transmission de maintenance ou d’un test de portée. Tant que persistera le brouillard autour d’elle, UVB-76 restera le support parfait pour projeter toutes nos peurs ou nos fantasmes géopolitiques.

  • Une station radio russe (UVB-76) émet sans interruption depuis les années 1970, avec parfois des séquences vocales incompréhensibles qui relancent toutes les spéculations.
  • Certains chercheurs y voient un vestige de la dissuasion nucléaire soviétique, d’autres un simple canal de communication chiffrée encore utilisé aujourd’hui.
  • Faute de preuve, le mystère demeure, et chaque nouveau signal continue d’alimenter la peur et les fantasmes dans un climat international tendu.

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