Tous les automnes, les grandes capitales mondiales accueillent leurs marathons, des emblèmes culturels et sportifs : New York (depuis 1970), Berlin (depuis 1974), Londres (depuis 1981) ou Tokyo (depuis 2013). Des milliers d’athlètes s’y retrouvent pour mesurer leurs performances, dans la joie et la bonne humeur, mais un nouvel adversaire, indésirable, s’invite de plus en plus sur la ligne de départ : le réchauffement climatique.
Selon un rapport de l’organisation américaine Climate Central, publié à la veille du marathon de New York, 86 % des 221 courses analysées dans le monde verront d’ici 2045 une baisse des conditions optimales pour courir. Comment battre un record sur 42 km quand l’air lui-même devient votre pire ennemi ?
Des records menacés par la chaleur
Le rapport a identifié un « sweet spot », soit une « zone de confort » thermique dans laquelle les marathoniens peuvent atteindre leurs performances maximales. Il s’agit de la température extérieure idéale, celle de l’air au moment de la course. Selon les chercheurs, cette fenêtre se situe autour de 4 °C pour les hommes et 10 °C pour les femmes, des valeurs qui optimisent la dissipation de la chaleur corporelle.
C’est d’ailleurs pour cette raison que les grands marathons mondiaux se tiennent durant cette période de l’année, généralement plus fraîche. Néanmoins, comme le réchauffement climatique accélère, ces fenêtres optimales de tempratures se referment rapidement. « À haut niveau, les conditions peuvent littéralement décider du sort d’une course », explique Mhairi Maclennan, première Britannique au marathon de Londres 2024. « Nous nous entraînons jour après jour pendant des années… Pourtant, il suffit que la température monte pour que cet objectif insaisissable s’éloigne davantage. Le changement climatique ne rend pas seulement les courses plus dures ; il fait craindre que les performances record ne deviennent bientôt inaccessibles si le climat continue de se réchauffer », déplore-t-elle.
À Berlin, la dernière édition s’est courue sous 24 °C, une température bien supérieure aux températures normales. Même Tokyo, qui, selon le rapport, était la ville garantissant les meilleures chances de record pour les hommes, devrait voir ces conditions idéales devenir deux fois plus rares d’ici vingt ans. Même en avançant le départ des courses à l’aube, les organisateurs ne parviennent plus à compenser la hausse générale des températures.
Lors d’un marathon, l’organisme des coureurs est déjà poussé à ses extrêmes, en raison d’un stress thermique et métabolique considérable. Lorsque la température ambiante dépasse les seuils optimaux, la régulation thermique devient inefficace et les performances, mécaniquement, chutent. L’incapacité de la transpiration à évacuer suffisamment la chaleur entraîne alors une accélération du rythme cardiaque et une fatigue prématurée.
Les coureurs eux-mêmes reconnaissent que la discipline est en train de changer. « Le réchauffement climatique a modifié le marathon », affirme la légende kényane Catherine Ndereba, quadruple vainqueure du marathon de Boston. « La déshydratation est devenue un risque majeur, et une simple erreur de gestion peut mettre fin à une course avant même qu’elle ne commence ».
« Le climat fait désormais partie intégrante du parcours », renchérit son compatriote Ibrahim Hussein, premier Kényan à avoir remporté le marathon de New York et celui de Boston. « Si nous ne le protégeons pas, les records de demain et le plaisir de courir pour tous seront de moins en moins probables ».
Le marathon était déjà une course contre soi-même, une discipline réservée aux plus acharnés des coureurs, et elle est aujourd’hui devenue une course contre le temps, au sens propre. Même les projections climatiques les plus optimistes ne tablent plus sur une inversion de la tendance, même à long terme. Il est donc fort possible que passé 2045, ou même avant, les records plafonnent et que la physiologie des coureurs ne puisse plus compenser l’augmentation de la charge thermique imposée par leur environnement. Les marathoniens y survivront, mais perdront l’essence même de leur sport de cœur : la quête perpétuelle du dépassement de soi.
- Le réchauffement global rend les températures de plus en plus incompatibles avec les conditions physiques nécessaires aux grandes performances de marathon.
- Les athlètes de haut niveau subissent déjà une baisse mesurable de performance liée à la chaleur, malgré les adaptations logistiques des courses.
- D’ici 2045, les limites physiologiques humaines pourraient être atteintes : les records se stabiliseront, et l’endurance extrême deviendra une lutte contre le climat plus que contre le chronomètre.
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