Selon le rapport 2024 sur la mise en valeur des ressources en eau, produit par l’UNESCO, « 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des services d’eau potable gérés de manière sûre ». Un chiffre qui monte à 4 milliards, soit près de la moitié de la population mondiale, si on compte les personnes confrontées à un stress hydrique sévère au moins un mois chaque année, selon les données de l’ONU.
Le contexte est dramatique et ne fera que s’aggraver à mesure que le réchauffement climatique intensifiera les sécheresses en accentuant les tensions géopolitiques liées à l’eau. À cet égard, toute innovation capable de produire de l’eau potable, sans électricité ni infrastructure, est nécessairement porteuse d’espoir. C’est le cas d’un petit cube mis au point à Melbourne par des chercheurs australiens du Royal Melbourne Institute of Technology (RMIT) : un bloc de bois modifié, capable de capter l’humidité de l’air et de la restituer sous forme d’eau pure, grâce à la seule énergie lumineuse du Soleil.
Du bois, du sel et du soleil : la recette d’un miracle low-tech
C’est le Royal Melbourne Institute of Technology (RMIT) qui a mis au point ce cube de bois, mais il n’est pas directement taillé depuis la branche d’un arbre. Les chercheurs ont retiré la lignine, le composant qui donne sa rigidité au bois, pour créer une structure spongieuse parcourue de milliers de pores microscopiques. Ces cavités sont ensuite imprégnées de chlorure de lithium, un sel fortement hygroscopique qui capte l’humidité de l’air, même dans des conditions très sèches.
Il existe d’autres systèmes de récupération atmosphérique d’eau douce, mais ils sont très souvent énergivores et dépendants d’un réseau électrique. C’est ici que réside le génie de cette invention : le cube se contente simplement du soleil pour fonctionner. L’une de ses faces est recouverte d’une encre à base de nanotubes de carbone, un matériau capable de capter efficacement la lumière solaire et de la convertir en chaleur.
Cette chaleur permet ensuite d’extraire l’eau absorbée par le cube et de la restituer sous forme liquide durant la journée. Lors des tests, le dispositif a atteint un rendement très costaud : il récupère environ 2,5 millilitres d’eau par gramme de matériau durant la nuit, puis en restitue jusqu’à 94 % sous l’effet de l’ensoleillement. Le tout bien sûr, sans aucune source d’électricité.

Une solution portable pour des territoires assoiffés
Outre cette sobriété énergétique et ses rendements, ce petit cube a un très fort potentiel d’usage là où les infrastructures font défaut. De nombreux dispositifs de récolte d’eau atmosphérique nécessitent des machines complexes, de l’électricité, ou une hygrométrie très élevée. Cette innovation du RMIT n’a besoin que de deux choses pour fonctionner : du soleil, et un taux d’humidité relative à 30 %. Un seuil que de nombreuses zones arides connaissent, en particulier la journée.
Il est aisément transportable au vu de sa compacité : dans sa version actuelle, il se loge dans une tasse équipée d’un couvercle en dôme, d’un plateau de protection anti-pollution, d’un système de refroidissement et d’un déclencheur thermique activé par le soleil.
Composé de balsa, un bois très peu onéreux, biodégradable et abondant, une production à grande échelle est donc largement envisageable. « Sa capacité à produire de l’eau potable à partir de l’air en n’utilisant que l’énergie solaire le rend particulièrement précieux dans les régions sinistrées, où les sources d’eau traditionnelles sont inutilisables », a expliqué le Dr. Derek Hao, ingénieur en environnement et coauteur principal de l’étude parue en mars, auprès de Sustainability Matters.
L’équipe travaille déjà à son optimisation via des technologies un peu plus avancées : « Nous développons des systèmes automatisés dotés de capteurs capables de surveiller l’humidité, la température et l’intensité solaire, afin de piloter la collecte d’eau en temps réel », précise Dr. Hao. Il ajoute : « Grâce à la conception assistée par intelligence artificielle, nous pouvons prédire les performances à long terme et tester de nouvelles combinaisons de matériaux. »
Le potentiel de cette invention est indéniable, mais il devra affronter les mêmes obstacles que tant d’innovations du même genre le précédant : rentabilité, distribution et logistique. S’il y parvient, ce cube pourrait répondre à une demande bien réelle dans les régions à haut risques de sécheresse, à condition de franchir l’écueil classique des prototypes, c’est-à-dire de rester fonctionnel en dehors du laboratoire.
- Face à la crise mondiale de l’eau, exacerbée par le changement climatique, une solution innovante et autonome est cruciale pour les populations sans accès à l’eau potable.
- Des chercheurs australiens ont mis au point un dispositif simple à base de bois modifié et de sel, capable de récolter l’humidité ambiante et de la transformer en eau buvable grâce à la seule lumière du soleil.
- Ce prototype, efficace même en milieu sec et facilement transportable, pourrait révolutionner l’approvisionnement en eau dans les régions défavorisées, s’il parvient à surmonter les défis de la production de masse.
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