Située en plein océan Atlantique nord, juste au sud du Groenland et de l’Islande, cette anomalie est en réalité une poche d’eau et d’air, surnommée « blob froid » par les océanographes (ou « North Atlantic Warming Hole », le « trou de réchauffement nord-atlantique »). Alors que les océans du monde entier atteignent des températures records en emmagasinant nos émissions de gaz à effet de serre, cette région se refroidit. Une aberration thermique repérée dès les années 1950, quand les campagnes océanographiques de l’après-guerre ont commencé à quadriller l’Atlantique et à consigner des relevés de température suffisamment exhaustifs pour la mettre au jour.
Deux hypothèses avaient alors été avancées pour tenter d’élucider le phénomène : soit l’océan y perdait davantage de chaleur par sa surface, relâchée dans l’atmosphère, soit les courants marins lui en apportaient moins. Une nouvelle étude, parue le 28 mai dernier dans la revue Geophysical Research Letters et menée par Stefan Rahmstorf de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique, vient de trancher en faveur de la seconde. Une très mauvaise nouvelle, tant elle rapproche l’Atlantique et l’hémisphère nord d’un point de non-retour.

Le courant qui chauffe l’Europe rend l’âme
Pour départager les deux pistes, l’équipe a croisé des données satellitaires, des réanalyses atmosphériques et des mesures de contenu thermique océanique remontant jusqu’à 1955. Selon leurs observations, la baisse de température s’enfonce jusqu’à mille mètres sous la surface de l’océan, là où circulent les eaux chaudes remontées des tropiques, et non dans les seules eaux superficielles.
Si le blob perdait sa chaleur par le haut, sa surface en relâcherait toujours davantage vers l’atmosphère ; pourtant, les flux mesurés ont légèrement reculé. Le froid naît donc du tarissement des courants qui devraient maintenir sa température à la même moyenne que le reste des eaux océaniques.
Ces courants d’apports, c’est le fameux AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation, ou circulation méridienne de retournement atlantique). Imaginez un gigantesque tapis roulant qui charrie les eaux chaudes et salées des tropiques vers le nord ; parvenues au large du Groenland, elles se refroidissent, s’alourdissent, plongent vers les abysses, puis rebroussent chemin vers le sud tout au fond de l’océan. C’est cette boucle qui garantit à l’Irlande, à la Scandinavie et à la France les quelques degrés que leur latitude ne leur devait pas.
On sait depuis quelques années désormais que l’AMOC est sur le déclin, mais cette étude apporte la preuve qu’il nous manquait pour expliquer son ralentissement. Elle établit un lien causal entre le blob froid et celui-ci : comme le courant s’amenuise, il pousse vers le nord moins d’eau tropicale qu’auparavant, et la région qui recevait cette chaleur en plein cœur s’en trouve privée.
« Ce risque exige une attention urgente de la part des décideurs politiques », concluent les auteurs. Lorsque l’AMOC sera au ralenti complet, le Vieux Continent subira des hivers plus rudes, des tempêtes plus violentes, des écarts de température d’un jour à l’autre qui explosent mais les étés, eux resteront caniculaires. L’Europe sera lentement tirée vers un régime climatique continental, à mille lieues de la clémence que nous avons connue. Extrême aux deux saisons : glacé en janvier et suffocant en juillet, nous devrons faire nos adieux au continent tempéré sur lequel nous vivons aujourd’hui.
- Une anomalie dans l’Atlantique Nord, surnommée « blob froid », se refroidit alors que le reste des océans se réchauffe, menaçant l’équilibre climatique.
- Une étude récente révèle que le ralentissement des courants marins, notamment l’AMOC, est responsable de cette anomalie, causant des impacts climatiques graves en Europe.
- Les conséquences pourraient inclure des hivers plus rigoureux et des étés caniculaires, entraînant un changement radical du climat européen.
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