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Des souris capables de réanimer leurs congénères ? Une découverte surprenante

Les chercheurs n’avaient jamais vu ça : une forme d’entraide chez les souris ?

Lorsqu’un animal est en difficulté, que font ses congénères ? Justement, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie du Sud viennent d’identifier un comportement surprenant chez les souris : elles tentent activement de « réanimer » leurs semblables inconscients.  Leurs observations, dirigées par Wenjian Sun, sous la supervision des professeurs Huizhong Whit Tao et Li I. Zhang ont été publiées dans la revue Science le 21 février.

Les gestes qui sauvent, version souris

Une souris trouve un de ses compagnons immobiles, ne montrant plus aucun signe de vie, comment va-t-elle réagir ? L’équipe du professeur Tao a identifié trois comportements distincts et systématiques. D’abord, la souris renifle intensément son camarade. Ensuite, elle le toilette énergiquement, comme pour le stimuler.

Mais le plus étonnant reste la troisième étape : elle concentre son attention sur la bouche et les yeux de l’individu inconscient, comme si elle tentait de le réveiller par bouche-à-bouche (voir vidéo ci-dessous). En réalité, elle dégage les voies respiratoires de la souris mal en point en lui mordant et tirant sa langue qui les obstrue.

Ces actions ne sont pas hasardeuses, peuvent durer jusqu’à plus de six minutes et suivent à chaque fois un schéma précis (voir ci-dessous). Ces comportements s’observent même lorsque la souris est face à un congénère décédé, ce qui laisse suggérer que cet instinct de secours est profondément ancré en elle.

Souris réanimation schéma
Six étapes de ce comportement ont été identifiées par l’équipe de recherche. © Wenjian Sun et al. / Science

« C’est comme si elles avaient un protocole de premiers secours intégré », explique l’un des chercheurs. En manipulant le cerveau des souris grâce à la lumière (technique d’optogénétique), les scientifiques ont découvert le secret derrière cette attitude : l’ocytocine, souvent appelée « hormone de l’amour » (dont nous vous parlions dans cet article). C’est donc la libération de cette hormone au sein du cerveau de l’animal qui semble être le déclencheur de ce comportement et conduit les rongeurs à agir de cette manière.

L’amitié au-delà de l’instinct de survie

La découverte va même plus loin puisque ce pattern de réactions varie selon les liens entre les souris. Face à un inconnu, elles reniflent tout autant, mais passent moins de temps à toiletter ou à interagir avec la bouche. Exactement comme si elles réservaient leurs efforts les plus soutenus à leurs proches.

Ce qui fascine les chercheurs, c’est l’universalité de ce comportement. Peu importe comment la souris est devenue inconsciente – par anesthésie ou autre – la réaction reste la même. Ce n’est donc pas une simple réponse à une odeur particulière, mais bien une réaction à l’état d’inconscience lui-même.

Lorsque les scientifiques bloquent l’action de l’ocytocine dans le cerveau des souris, ces comportements diminuent de moitié. À l’inverse, en stimulant les neurones produisant cette hormone, ils peuvent amplifier ces comportements, même envers des membres inconnus.

Jusqu’alors, on pensait que seuls les animaux « intelligents » comme les grands primates, les dauphins ou les éléphants pouvaient s’entraider de façon aussi complète. Par conséquent, cela signifie que l’empathie et les comportements d’entraide ne sont pas nécessairement liés à la taille du cerveau ou à une intelligence que l’on considère comme « supérieure ». Nous pouvons même extrapoler en imaginant que cette manière d’agir pourrait être bien plus répandue dans le règne animal que nous ne le pensions jusqu’à présent ; nous ne les avons peut-être jamais détectés.

  • Les souris reniflent, toilettent et dégagent les voies respiratoires de leurs congénères inconscients, imitant les gestes de premiers secours.
  • L’ocytocine déclenche ce comportement de « réanimation », et son activation ou inhibition modifie l’intensité de la réaction des souris.
  • Des comportements d’entraide de ce type pourraient être plus répandus dans le règne animal qu’on ne le pensait.

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