[détox] Binge watching & speed watching, la consommation de séries face au facteur temps

Le binge watching et le speed watching font partie des nouvelles méthodes de consommation de séries TV et sont aujourd’hui indispensables pour faire face à l’abondance de contenus.

On oublie parfois que les premiers appareils qui nous ont permis de modifier notre façon de consommer des contenus multimédia et ont changé notre rapport à la temporalité audiovisuelle sont le magnétoscope et le baladeur cassette, le célèbre walkman. Ces deux appareils nous ont donné la possibilité de profiter des contenus audio et vidéo à notre guise et de choisir nos moments de visionnement et d’écoute. On est ainsi passé d’un statut de consommateur passif à celui de curateur.

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L’art de l’écoute en rafale

Cette évolution de notre mode de consommation démarré au siècle dernier cumulé à l’arrivée massive de productions audiovisuelles dans un monde saturé de contenus nous pousse à vouloir voir toujours plus de films et surtout de séries. Bien entendu, il y a toujours eu des cinéphiles qui se sont lancé le défi de regarder l’hexalogie de Star Wars ou la trilogie du Seigneur des Anneaux d’affilée en un weekend. Mais ce phénomène, qui ne touchait à l’époque qu’une poignée de passionnés, s’est propagé au sein des amateurs de séries.

L’écoute en rafale, ou binge watching, fait désormais partie de notre culture. À chaque sortie d’une nouvelle série ou d’une de ses saisons, de nombreux passionnés regardent l’ensemble des épisodes d’une seule traite. John Landgraf, le patron de la chaîne FX, a d’ailleurs critiqué cette mode en ne manquant pas d’égratigner au passage ses concurrents de type Netflix qui mettent en ligne des saisons d’un seul coup. « Je pense toujours que l’élément de base d’une série télévisée reste l’épisode. Il y a du sens à fabriquer des épisodes qui fonctionnent aussi bien en tant que blocs de récit indépendants que parties d’un tout. Pour moi, les acteurs de l’OTT (service de livraison d’audio, de vidéo et d’autres médias sur Internet sans la participation d’un opérateur de réseau traditionnel, ndlr) doivent encourager cela. Car si vous proposez au public un épisode 2 qui n’est qu’un pont menant de l’épisode 1 à l’épisode 3, c’est que vous ne faites par votre boulot en termes de narration.” 

John Landgraf fait ainsi partie de ces personnes qui pensent que l’épisode est l’unité de base de la série et que ce concept a davantage de valeur qu’une diffusion par paquets d’épisodes quasi-indifférenciés. Un peu à la manière des films Marvel, qui ont lancé le concept d’univers au cinéma (repris par Warner avec son DCEU et les monstres King Kong et Godzilla ou encore Universal Pictures avec son Monsterverse) mais qui proposent un récit cohérent par film, dans une limite de temps définie, tout en suggérant des suites à l’histoire.

Le binge watching est d’ailleurs tellement entré dans les mœurs qu’il a fait l’objet d’une campagne de prévention. Orchestrée par l’agence Ponce (Buenos Aires), le spot met le doigt sur ce concept. « Nous nous sommes tous retrouvés dans cette situation, dans cet état de dépendance à une série qui fait que tout le reste du monde semble secondaire. Le binge watching est un phénomène réel. Une expérience incroyable, et quelque peu effrayante. Nous voulions l’illustrer dans toute sa splendeur. » explique Juampi Carrizo, directeur de la création de Ponce.

Quoiqu’on pense de ce nouveau mode de diffusion et de consommation, le spectateur est au final gagnant et surtout maître de son rythme de visualisation. Quitte à accélérer les choses pour ne rien louper.

Quel épisode vais-je regarder en quelques minutes ce soir ?

Du contenu en accéléré

Si le binge watching permet de consommer de la série jusqu’à plus soif, il ne permet pas en revanche de s’adonner à son plaisir vidéoludique préféré tout en dégageant du temps pour faire autre chose (ou pour regarder d’autres contenus). Afin de regagner le temps perdu à regarder des séries, certains ont trouvé de nouvelles techniques pour assouvir leur besoin quasi-compulsif de visionnage d’épisodes alors que leurs journées sont déjà surchargées. La dernière en date s’appelle donc le speed watching. L’idée est d’accélérer la vitesse de défilement des images de 20% à 50%. Dans ce cas de figure, les dialogues en sortent assez peu déformés et le spectateur peut voir plus d’épisodes que lors d’une diffusion à vitesse normale. Pour regarder vos séries en speed watching, les possibilités sont nombreuses : YouTube offre des paramètres de réglages de la vitesse, une extension de Google Chrome permet aux abonnés de Netflix de faire de même et le logiciel VLC est aussi équipé d’une telle fonction.

C’est ainsi qu’un épisode de 52 minutes de Game of Thrones peut être consommé en seulement 39 minutes, et voir la saison en entier ne nécessite plus que six heures et demie au lieu des huit heures et demie habituelles.

Le speed watching est aussi un moyen pour les plus pressés de ne pas voir certains plans ou certains dialogues qui ne vont pas à l’essentiel s’éterniser. On va alors à l’essentiel : la suite de l’histoire. Le plus important n’est plus le jeu des acteurs, les images ou la musique mais le récit. Le speed watching permet alors plusieurs niveaux de lecture en fonction des attentes des spectateurs et dispose aujourd’hui de nombreux adeptes, comme un auteur de séries policières qui déclare de façon anonyme : « J’accélère durant les séquences trop longues. Il y a des moments tellement attendus que l’on a déjà compris en regardant le début ».

Le visionnage en accéléré permet aussi de savoir si une série va nous accrocher dès le début. Une manière rapide de se forger une opinion sans perdre trop de temps.

Enfin, le speed watching aura très certainement une influence sur l’écriture future des scénarios de séries, dans la mesure où prendre le spectateur par la main ne sera plus forcément nécessaire, il faudra aller à l’essentiel et faire avancer l’histoire rapidement.

Le speed watching est donc en quelque sorte le prolongement du binge watching, indispensable pour les gros consommateurs de séries ou les curieux qui souhaitent découvrir le plus de nouveautés possibles et qui n’ont pas encore trouvé la possibilité d’allonger le temps.

La méthode ultime pour regarder toutes les séries qui vous intéressent ?

Un moyen de résister à un nombre de sorties trop important

Si le binge watching et le speed watching sont des techniques de plus en plus souvent utilisées, c’est bel et bien parce que l’offre télévisuelle dépasse notre capacité de consommation.

Entre 2009 et 2016, le nombre de séries produites par an aux États-Unis a augmenté de 174 % et 455 séries dramatiques originales ont été diffusées en heure de pointe à la télévision américaine en 2016, d’après FX Research. On est bien au-delà des 8760 heures que compte une année et le visionnage de ne serait-ce que 10% de ces contenus relève de l’impossible pour un être humain.

La France n’est pas en reste avec 81 séries tournés en 2015 et ce chiffre se traduit dans les grilles de programmes. TF1 et France Télévisions consacre désormais trois soirées par semaine aux séries. Au total, les chaînes hertziennes ont proposé 727 soirées de séries l’an dernier. De leur côté, Canal + et Netflix mettent à disposition l’intégralité d’une nouvelle saison dès le premier jour de diffusion.

Ces nouvelles techniques de visionnage perturbent les scénaristes de séries. Il y a encore peu de temps, le téléspectateur devait patienter une semaine entre deux épisodes. Ce timing était important dans l’écriture du scénario et dans le rythme de la série, notamment pour la mise en place des cliffhangers, moments de suspens intenses qui tenaient le spectateur en haleine jusqu’à l’épisode suivant (diffusé donc une semaine plus tard) et permettaient aussi de le fidéliser.

Le binge watching et le speed watching changent notre rapport à la visualisation de série. Si certains n’en sont pas adeptes, ils seront malgré tout confrontés à ces méthodes tant elles risquent de modifier l’écriture et la diffusion des contenus. Mais c’est aussi une opportunité pour développer un nouveau format de série : le producteur Pascal Breton développe actuellement le pilote d’une série dont chaque épisode ne dépassera pas dix minutes et serait diffusée sur YouTube. Reste à savoir si cette série sera aussi consommée en visionnage rapide !

Et vous, vous êtes préférez regarder rapidement des vidéos lentes ou prendre le temps de regarder des contenus rapides ? Allez, à dans 15 jours !


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