Quelques années avant sa mort, Beethoven était rongé par la maladie. Pour beaucoup, c’est à cette période qu’il a écrit ses plus belles compositions (la 9ème Symphonie, la Missa Solemnis, les derniers Quatuors à cordes et Sonates pour piano) ; il vécut donc l’apogée de son génie dans d’atroces souffrances. Conscient de son déclin et obsédé par l’idée que le grand public comprenne ce qu’il avait enduré, il rédigea une lettre poignante en 1802, demandant à ses frères que ses maux soient révélés après sa mort : le Testament de Heiligenstadt.
Isolé socialement, atteint de surdité, il avoua qu’il était hanté de pensées suicidaires et que seule la musique le sauva. Il ne savait évidemment pas de quelles afflictions il était réellement atteint, la médecine du XIXème siècle n’étant pas encore assez armée pour les décrire correctement. Il quitta notre monde en 1827 et ce n’est qu’en 2023 que les causes de sa mort furent réellement reconnues, grâce à une étude publiée dans la revue Current Biology.
Les ultimes confessions de Beethoven
Dans ce célèbre testament, Beethoven léguait ses biens, mais il exprimait surtout une volonté médicale en suppliant que son médecin, le Dr. Johann Adam Schmidt, décrive ses maladies après sa mort afin que « le monde soit réconcilié avec moi ». Malheureusement pour lui, le docteur mourut dix-huit ans avant son illustre patient, emportant avec lui les secrets du compositeur.
Lorsqu’il mourut le lundi 26 mars 1827, après des mois d’agonie, il était dans un état effroyable et son corps portait les stigmates d’une très longue souffrance : frappé par une jaunisse sévère, son abdomen et ses membres étaient distendus, il était recouvert d’œdèmes et respirait à peine.
Pendant près de deux siècles, les historiens n’ont pu s’appuyer que sur des témoignages et des autopsies rudimentaires pour tenter de formuler des hypothèses expliquant son départ. On l’a cru atteint de la syphilis ou de troubles auto-immuns, que son alcoolisme l’avait emporté ou même que quelqu’un l’avait empoisonné au plomb, un métal très toxique. En 2007, l’analyse d’une mèche de cheveux attribuée au compositeur semblait accréditer cette dernière piste. Toutefois, cette mèche n’était pas la sienne et appartenait à une femme anonyme.
Les chercheurs qui ont mené l’étude en 2023 ont réussi à mettre la main sur huit mèches de cheveux, conservées chez des collectionneurs privés ou dans des institutions. Après analyse, cinq d’entre elles se sont révélées provenir d’un seul et même homme d’origine européenne : le véritable Beethoven.

Son ADN a parlé, montrant qu’il présentait un terrain génétique très favorable aux maladies hépatiques (foie). Il était aussi atteint d’hépatite B, un virus qu’il a certainement contracté quelques années avant sa mort. Son penchant pour la bouteille n’a rien arrangé à son état physique, même si Johannes Krause, généticien à l’Institut Max Planck affirme ne pas être sûr de ce qui a réellement emporté le compositeur. Néanmoins, le cocktail explosif (prédisposition génétique, infection virale et consommation importante d’alcool) a probablement provoqué une cirrhose et une insuffisance hépatique, qui lui furent fatales à seulement 56 ans.
Malgré ces analyses génétiques poussées, le mystère reste entier concernant sa surdité et ses troubles digestifs chroniques. Aucun marqueur génétique n’a permis d’expliquer pourquoi le compositeur a perdu l’audition dès la trentaine, ni la cause de ses douleurs abdominales.
L’imposteur de la lignée paternelle
En comparant le chromosome Y de Beethoven à celui de ses descendants actuels par la lignée paternelle, les chercheurs ont identifié une étrange discontinuité. Ce chromosome se transmet en effet presque à l’identique de père en fils : lorsqu’une famille descend bien d’un même ancêtre masculin, il doit rester le même d’une génération à l’autre.
Dans le cas de Beethoven, ce n’est pas le cas ; ce qui signifie que plusieurs générations avant sa naissance (entre le XVIᵉ siècle et la fin du XVIIIᵉ), un enfant a été reconnu et élevé comme le fils d’un Beethoven alors que son père biologique était un autre homme. Un secret de famille dont aucune archive officielle ne portait la trace.
En demandant à la postérité d’étudier ses maux, le compositeur ne se doutait probablement pas que la science irait jusqu’à fouiller l’intimité de ses ancêtres. Si le génie de Bonn a emporté le secret de sa surdité dans la tombe, la génétique a réalisé sa plus profonde aspiration : réconcilier la grandeur de sa légende avec la petitesse de son organisme qui a vécu un calvaire, esthétisé maladroitement par certains auteurs romantiques comme Victor Hugo ou Romain Rolland. Dans leur imaginaire, il était impossible qu’il meure comme un patient ordinaire ; sa fin devait être orageuse et transcendante. La réalité est, certes, un peu moins lyrique, mais elle le libère au moins du récit presque sacrificiel que l’on avait projeté sur lui.
- L’ADN de Beethoven, analysé en 2023, révèle qu’il souffrait de maladies hépatiques et d’hépatite B, contribuant à sa mort prématurée à 56 ans.
- Son testament de 1802 demandait la révélation de ses souffrances, mais ses réelles afflictions n’ont été comprises que deux siècles plus tard.
- Une étude montre également une anomalie dans sa lignée paternelle, suggérant un secret de famille non documenté.
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