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Elle a inventé l’ingénierie logicielle et envoyé l’humanité sur la Lune : Margaret Hamilton décède à 90 ans

Le monde perd une très grande dame. Margaret Hamilton est décédée ce 30 septembre à l’âge de 90 ans. Elle a, entre autres, dirigé l’équipe de 100 personnes chargée de concevoir le programme informatique embarqué des missions Apollo. Son travail a directement guidé les astronautes Neil Armstrong et Buzz Aldrin vers un alunissage réussi le 20 juillet 1969.

Sa carrière est impressionnante. Diplômée en mathématiques à l’université Earlham en 1958, Margaret Hamilton rejoint le Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1959 dans le département de météorologie, où elle conçoit des programmes de prévision du temps auprès d’Edward Lorenz, le père de la théorie du chaos.

En 1961, elle intègre le laboratoire Lincoln du MIT afin de travailler sur SAGE, le premier système de défense aérienne américain. Affectée au décodage d’un programme complexe dont l’auteur avait laissé des notes en latin et en grec, elle réussit à le faire fonctionner.

Mais c’est en 1965 que sa vie prend un tournant décisif. Margaret Hamilton est recrutée comme première femme programmeuse sur le projet Apollo au laboratoire d’instrumentation du MIT. Ses compétences lui permettent de rapidement gravir les échelons, jusqu’à diriger l’équipe du logiciel de vol.

Margaret Hamilton
Margaret Hamilton. © Domaine public

La conceptrice du programme de vol d’Apollo

Dans la course à la Lune, l’extrême précision et la sécurité étaient primordiales. Travaillant jour et nuit, Margaret Hamilton amène parfois sa fille de 4 ans au laboratoire. Un jour, cette dernière fait planter le simulateur d’Apollo en activant par inadvertance le programme de pré-lancement en plein vol.

La scientifique développe alors une approche novatrice basée sur la prévention des erreurs, et propose d’ajouter une protection contre celle-ci en particulier. La NASA estime que ce ne sera pas nécessaire, mais Hamilton décide malgré tout de l’indiquer dans la documentation.

La réalité lui donne finalement raison. Lors de la mission Apollo 8 en 1968, l’astronaute Jim Lovell commet exactement la même erreur en vol. Et si les équipes au sol parviennent à les restaurer, l’agence spatiale décide finalement d’intégrer l’approche de Margaret Hamilton pour les missions suivantes.

Mais c’est le 20 juillet 1969 que sa rigueur marque l’Histoire à jamais. À quelques minutes de l’alunissage d’Apollo 11, un interrupteur mal positionné surcharge l’ordinateur de bord et déclenche plusieurs alarmes : le commutateur du radar de rendez-vous est en fait mal positionné, saturant l’ordinateur de données parasites.

Le logiciel conçu par Margaret Hamilton, lui, est doté d’une gestion des priorités, et interrompt immédiatement les tâches secondaires pour concentrer toute la puissance de calcul sur l’atterrissage. Le module Eagle peut alors se poser sans encombre sur la Lune.

apollo 13 Decollage
© NASA

Un héritage universel

Au-delà de son rôle crucial dans le programme Apollo, la chercheuse laisse une empreinte indélébile dans l’histoire des technologies. C’est notamment elle qui crée et démocratise l’expression « software engineering » (ingénierie logicielle). De quoi populariser le code, alors considéré comme secondaire par rapport à la conception matérielle.

Ses programmes sont également déterminants pour Skylab, la première station spatiale américaine, ainsi que pour la navette spatiale. Dès 1976, elle quitte le MIT pour devenir entrepreneuse et fonde deux sociétés de logiciels, Higher Order Software puis Hamilton Technologies. Elles sont axées sur la fiabilité et la prévention des erreurs. Olivier de Weck, directeur par intérim du département d’aéronautique et d’astronautique du MIT, lui rend hommage :

« Dire que Margaret Hamilton était une pionnière, dire qu’elle était en avance sur son temps, serait un euphémisme de taille. Elle était ingénieure en informatique à une époque où ce domaine n’en était qu’à ses balbutiements, et non seulement elle a développé elle-même des codes sophistiqués, mais elle a également dirigé une équipe chargée d’utiliser cette technologie naissante pour mettre au point l’un des systèmes les plus complexes que l’humanité ait jamais réalisés ».

Si elle est longtemps méconnue du grand public, Margaret Hamilton devient au fil des ans une véritable icône. En 2016, le président Barack Obama lui décerne la Médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine. Il salue celle dont le travail « a posé les bases de la conception de logiciels modernes et ultra-fiables ».

  • Margaret Hamilton est décédée à l’âge de 90 ans.
  • Elle a dirigé l’équipe du MIT qui a conçu le logiciel de navigation des missions Apollo.
  • Son programme de gestion des priorités et sa prévention des erreurs ont évité le crash ou l’abandon de la mission à trois minutes de l’alunissage en juillet 1969.

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