Les PFAS (per- et polyfluoroalkyl substances), développés dans les années 1950, sont absolument partout : dans nos emballages alimentaires (bouteilles d’eau, notamment), nos cosmétiques, nos poêles antiadhésives ou nos vêtements imperméables. Si on les surnomme « polluants éternels », c’est qu’une fois présents dans l’environnement, rien ou presque ne peut les dégrader et ils peuvent y rester des siècles entiers.
Très toxiques pour l’être humain, l’exposition aux PFAS est corrélée avec des effets délétères sur la fertilité, le foie, les reins et une augmentation du risque de développer certains cancers. On les soupçonnait déjà d’interférer avec le développement du fœtus in utero, un lien qui vient d’être suggéré par une nouvelle étude parue en septembre dans la revue The Lancet Planetary Health. Des chercheurs finlandais, suédois et canadiens ont, en effet, découvert que certaines de ces substances modifiaient la structure cérébrale d’enfants nés de mères exposées pendant leur grossesse.
PFAS : le nouveau fardeau des nouveau-nés ?
L’étude a porté sur 51 paires mère-enfant. Les chercheurs ont tout d’abord analysé le sang des mères durant la grossesse afin d’y mesurer les concentrations de PFAS, puis ont réalisé des scans cérébraux sur les enfants une fois qu’ils avaient atteint l’âge de cinq ans. Ces deux jeux de données ont ensuite été croisés afin de déterminer si différents types de PFAS étaient associés à des modifications de la structure cérébrale et des connexions entre les régions du cerveau.
« Nous avons pu mesurer sept différents PFAS dans cette étude, et trouvé que des composés individuels avaient des associations spécifiques avec la structure cérébrale des descendants », explique la chimiste Tuulia Hyötyläinen, de l’université d’Örebro en Suède.
Elle ajoute qu’« il a été constaté dans certains cas que deux PFAS différents avaient des relations opposées avec la même région du cerveau ». Par exemple, le PFNA (acide perfluorononanoïque) et le PFOA (acide perfluorooctanoïque) étaient liés à des changements dans le corps calleux (corpus callosum), un faisceau de matière blanche qui connecte les hémisphères gauche et droit du cerveau.
Les chercheurs ont également observé des changements dans l’hypothalamus, impliqué dans la régulation de fonctions vitales comme la température et les hormones. D’autres modifications ont aussi été repérées dans le volume et la surface de la matière grise postérieure du lobe occipital, le centre de traitement visuel du cerveau. Ces deux zones sont d’une importance capitale pour un fonctionnement cérébral sain.
Les auteurs prennent soin d’affirmer qu’il s’agit d’une corrélation et non d’un lien de causalité. Néanmoins, l’absence de causalité ne signifie pas pour autant que les chercheurs écartent toute action de ces composés sur le développement cérébral.
C’est ce qu’explique Hasse Karlsson, neuroscientiste à l’université de Turku : « À l’heure actuelle, on ne sait pas si les PFAS affectent directement le développement du cerveau, bien que l’on sache qu’ils traversent le placenta et la barrière hémato-encéphalique pour s’accumuler dans le cerveau, et qu’ils peuvent perturber les cellules cérébrales en développement ».
Les altérations observées pourraient tout aussi bien être le signe d’une forme d’adaptation du cerveau de l’enfant à son environnement qu’un dérèglement plus grave de son développement. Selon Karlsson, seules de nouvelles études de suivi, menées sur plusieurs années, pourront dire si ces différences auront des répercussions au long terme ou non. Si tel est le cas, il ne faudra pas feindre la surprise ; les PFAS se sont déjà immiscés dans la quasi-totalité de notre organisme et de notre environnement. Il serait donc très étonnant que notre cerveau en sorte indemne.
- Des chercheurs ont observé chez des enfants exposés in utero à certaines substances de la famille des PFAS des différences dans la structure et les connexions de leur cerveau.
- Ces modifications concernent notamment des régions clés liées à la coordination, aux hormones et à la vision, sans qu’un lien direct de cause à effet ne soit encore établi.
- Les scientifiques appellent à un suivi à long terme, estimant improbable que le cerveau échappe aux effets d’une pollution déjà présente dans tout le corps humain.
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