« Avant on entendait en permanence le bruit des machines et des barres d’acier qui tombaient en sortant des fourneaux. Il y a un silence de mort maintenant », raconte au Parisien une habitante d’Apprieu, petit village situé dans l’Isère où gît cette aciérie depuis maintenant six siècles, et où l’épée de François Ier aurait été forgée selon la légende.
Le 23 octobre dernier, le tribunal de commerce de Lyon a placé la société des forges de Bonpertuis en liquidation judiciaire, mettant un coup d’arrêt à l’un des plus anciens joyaux de l’industrie tricolore, frappé de plein fouet par l’immense hausse du prix des matières premières et de l’énergie. Il avait pourtant résisté à toutes les difficultés se dressant sur son chemin depuis la Renaissance, mais les deux offres de reprises n’ont pas été jugées assez solides par la justice.
« Une boîte aussi ancienne, on croit qu’elle ne fermera jamais. Et pourtant si, c’est arrivé. C’est trop triste. On était une famille. Il y avait une bonne ambiance », regrette un ancien ouvrier ayant passé plusieurs décennies chez Bonpertuis. Le savoir-faire ancestral de l’entreprise était plébiscité par de grands noms, à l’instar d’Alstom, Laguiole, Seb ou encore Siemens. Mais cela n’aura malheureusement pas suffi.

L’industrie française de plus en plus fragile ?
Les 68 emplois qui subsistaient sont désormais supprimés avec l’arrêt définitif des fours. À titre de comparaison, 500 personnes travaillaient dans les forges dans les années 70. Une situation d’autant plus navrante que la cheminée du site, construite en 1859, est classée en tant que Monument historique. Reste désormais à voir ce qu’il adviendra des locaux, composés d’anciens bâtiments et d’installations plus modernes.
Il existe également des craintes autour de l’avenir du village : « Il n’y avait déjà plus beaucoup de commerces ici, donc avec la fin des aciéries. Apprieu va devenir une ville morte. C’est dommage », constate amèrement la boulangère.
De son côté, la CGT dénonce la frilosité de l’industrie française. « Après Ferropem, Soitec, Teisseire, Nestlé, les annonces de restructuration, de fermeture ou de chômage partiel tombent accompagnées du silence assourdissant du Premier ministre », commente Nicolas Benoît, son secrétaire départemental, toujours dans les lignes du Parisien.
- Les forges de Bonpertuis, fondées en 1434 et connues pour leur acier d’exception, ont été placées en liquidation judiciaire après six siècles d’activité.
- Victime de la flambée des coûts de production et du désintérêt des repreneurs, l’aciérie laisse 68 salariés sur le carreau.
- Un symbole de plus de l’affaiblissement industriel français, qui plonge tout un village de l’Isère dans le silence et la nostalgie.
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