Nous aimons à dire que le couple franco-allemand est le « moteur de l’Europe », mais d’un point de vue financier, les résultats de Paris et de Berlin n’ont strictement rien à voir. Si la chancellerie maintient un déficit et une dette dans la moyenne (sans faire partie des bons élèves), la France présente des chiffres très inquiétants.
Selon les dernières statistiques publiées par Eurostat, le déficit dans l’hexagone a atteint 5,8 % du PIB sur le seul exercice 2024. C’est tout simplement le pire score de la zone euro. Seule la Slovaquie dépasse elle aussi les 5 % de son PIB (5,3 % pour être précis). Parmi les pays de l’UE n’utilisant pas l’euro comme monnaie nationale, la Roumanie (9,3 %) et la Pologne (6,6 %) font pire que nous.
Avec un tel déficit, l’État français ne respecte pas la « règle des 3 % », une obligation européenne venue de France. Elle avait été mise en place initialement par François Mitterand au sein de la CEE (l’ancêtre de l’UE). Adoptés dans toute l’UE lors de la signature du traité de Maastricht, les pays dépassant ce seuil devaient, au départ, être sanctionnés pour leur mauvaise gestion. Ces sanctions ont été aménagées d’année en année pour ne plus exister de facto.
Si la question du déficit est évidemment inquiétante, les économistes s’accordent à dire que des solutions existent. Pour preuve, des pays comme l’Allemagne arrivent à rester sous les 3 %. La Grèce, dont l’économie a pourtant été ouvertement critiquée il y a 10 ans, encore, affiche même un excédent pour 2024. Il en va de même pour le Portugal, Chypre, l’Irlande et le Luxembourg. Au total, sur les 20 membres de la zone euro, 12 respectent la règle des 3 %.
Une dette monstrueuse
Plus inquiétant encore que le déficit, la dette française a atteint des sommets. Après une explosion lors de la pandémie de Covid-19, elle représentait 113 % du PIB en fin d’année. C’est le troisième plus haut niveau de la zone euro, devant la Grèce et l’Italie, respectivement à 153 % et 135 % de leur PIB.
Une situation là encore très exotique en Europe. Sur les 20 pays concernés par cette étude, 12 ont une dette sous les 82 % de leur PIB. Et les tendances ne sont pas très bonnes pour le budget de l’état français. Depuis 2019, et la pandémie de Covid, la dette française a explosé de 14,8 points de PIB. Seule la Finlande fait pire sur la même période. À titre de comparaison, l’évolution de la dette moyenne en Europe est de 3,8 points sur les cinq dernières années.
Des recettes en baisse
Face à cette situation économique plus que compliquée, la France cherche, logiquement à faire des économies. Pourtant, quand on étudie les chiffres de ces cinq dernières années, nos dépenses ne sont pas les seules responsables. Les recettes publiques ont fondu comme neige au soleil. Elles ont perdu 1,7 point du PIB entre 2019 et 2024 tombant à 51,7 % du PIB.
De l’autre côté des Pyrénées, l’économie espagnole prouve, une fois de plus, que notre situation est isolée. Sur la même période, elle a gagné 3,3 points de recettes. Compensant ainsi la hausse de ses dépenses publiques (3,4 %).
Pour ne rien arranger, la chute de nos recettes publiques a été couplée à une augmentation de nos dépenses. Elles ont gagné 1,8 point de PIB en 5 ans. La France atteint ainsi 57,1 % du PIB rien que pour ses dépenses publiques. Là encore seule, la Finlande fait pire sur le vieux continent, avec 57,6 %.
Des économies à faire d’urgence ?
Alors que l’économie française fonce droit dans le mur, le gouvernement souhaite réaliser des économies d’ampleur. Le 13 avril dernier, le ministre de l’Économie a assuré que l’hexagone se trouvait en « état d’urgence budgétaire ».
Il faut trouver, le plus rapidement possible, 40 milliards d’euros. Une somme conséquente, représentant les 2/3 tiers du budget de l’éducation nationale. Plusieurs pistes sont envisagées, dont une réduction des budgets des collectivités territoriales. Une réforme de notre modèle social serait également discutée. Les allocations sociales, le chômage et la retraite feront partie des grands chantiers du gouvernement pour les prochains mois.
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