Située à 620 années-lumière de la Terre, un jeune monde errant dans le vide intersidéral se gave de matière comme s’il était une étoile en pleine formation. Sauf qu’il n’est pas une étoile, mais bien une planète dite errante, c’est-à-dire que sa masse est celle d’une planète, mais elle n’orbite autour d’aucune étoile. Baptisée Cha 1107-7626, elle se déplace de manière complètement indépendante, car elle n’est pas liée par la gravité à une étoile hôte.
Ce cas exceptionnel a retenu l’attention d’une équipe de chercheurs, qui lui ont consacré un article, publié le 2 octobre dans la revue The Astrophysical Journal Letters.
Cha 1107-7626 : en pleine crise de croissance
Les astronomes appellent ce phénomène l’accrétion ; l’objet en question attire de la matière et s’en nourrit par gravité (voir vidéo ci-dessous). La particularité de Cha 1107-7626 ici, c’est l’intensité de son « festin » : un tel taux de croissance n’avait été observé auparavant que chez des objets beaucoup plus massifs, comme les étoiles naissantes ou les naines brunes.
Selon les mesures réalisées par l’équipe, notamment grâce à l’instrument XSHOOTER monté sur le Very Large Telescope (VLT) de l’ESO, Cha 1107-7626 présente une masse seulement 5 à 10 fois supérieure à celle de Jupiter. Elle est donc nettement inférieure au seuil de 13 masses de Jupiter qui la classerait comme naine brune, ou de 80 masses de Jupiter pour une étoile.
À l’échelle de l’Univers, cette planète n’est donc pas considérée comme un objet massif, c’est justement ce qui rend son accrétion si atypique. Les astronomes ont observé, lors d’un pic, qu’elle pouvait avaler l’équivalent de six milliards de tonnes de matière chaque seconde (gaz et poussières interstellaires, principalement).
« Nous n’avions encore jamais enregistré un taux d’accrétion aussi élevé pour un objet de masse planétaire », souligne Víctor Almendros-Abad, de l’Institut national d’astrophysique d’Italie.
L’accélération de ce pic d’accrétion a été détectée fin juin 2025 (date de la campagne d’observation au VLT) et a persisté pendant au moins deux mois, se poursuivant même lorsque les observations ont pris fin en août. Durant cette période, la planète s’est mise à briller intensément, avec l’éclat typique d’une jeune étoile en crise de croissance (un phénomène d’accélération appelé sursaut EXor), d’une puissance sans commune mesure avec les éruptions solaires.
Découverte en 2008 au sein du complexe du Caméléon, Cha 1107-7626 est entourée d’un vaste disque de matière. Pour une planète errante, c’est un trait rare, car là encore, c’est un environnement que l’on observe plutôt autour des jeunes étoiles.
Selon les mesures de James Webb, ce dernier est en grande partie composé de silicates, d’hydrocarbures et de vapeur d’eau. Pendant son sursaut d’activité, Cha 1107-7626 est devenue trois à six fois plus lumineuse dans le spectre de lumière visible, et son disque s’est légèrement réchauffé, un effet secondaire probable de l’intensification de son accrétion.
Un tel ensemble de facteurs indique fortement que Cha 1107-7626 s’est formée seule, par effondrement gravitationnel d’un nuage de gaz, exactement comme une étoile. Néanmoins, elle n’a jamais accumulé assez de matière pour que la pression et la température en son cœur deviennent suffisantes pour amorcer la fusion de l’hydrogène, la réaction nucléaire qui fait briller les véritables astres.
« L’idée qu’un objet planétaire puisse se comporter comme une étoile est fascinante », s’enthousiasme Amelia Bayo, astronome à l’ESO. « Cette découverte nous pousse à revoir notre définition même d’une planète », continue-t-elle. Surtout en prenant en considération le fait qu’en 2016, la planète a connu un épisode d’accrétion similaire ; peut-être donc que ces sursauts d’activité sont assez récurrents. Les planètes errantes ne présentent normalement pas ces caractéristiques : puisqu’elles ne dépendent pas d’étoiles, elles sont glacées et dérivent dans l’obscurité sans être aussi actives que Cha 1107-7626. Elle pourrait bien être la première représentante d’un nouveau type d’objet céleste, à mi-chemin entre étoile et planète, pour lequel nous n’avons pas encore de nom. Astroplanète ? Stellaplane (du latin stella, « étoile » et du grec ancien planếtês, « planète ») ? Subétoile ? Des néologismes parmi lesquels les planétologues devront peut-être un jour trancher.
- Des astronomes ont observé une planète isolée, Cha 1107-7626, qui avale d’énormes quantités de gaz et de poussières, un comportement jusqu’ici réservé aux jeunes étoiles.
- Située à 620 années-lumière, cette planète minuscule montre des épisodes d’accrétion intenses et répétés, signe qu’elle continue d’évoluer activement malgré l’absence d’étoile.
- Cette découverte remet en question la frontière entre planète et étoile et pourrait annoncer l’existence d’une nouvelle catégorie d’objets encore non nommée.
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