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Intolérance au gluten : des chercheurs ont enfin trouvé où tout commence

La maladie cœliaque, qui affecte environ 1 % de la population mondiale, vient de livrer l’un de ses secrets les plus importants.

Douleurs abdominales, ballonnements, diarrhées, constipation… Pour les personnes souffrant de la maladie cœliaque ; plus connue sous le nom d’intolérance au gluten ; la simple ingestion d’une bouchée de pain peut déclencher un véritable calvaire digestif. Cette affection chronique, souvent confondue avec une simple intolérance, est en réalité une maladie auto-immune (comme le diabète de type 1) déclenchée par la présence de gluten dans l’intestin. C’est un ensemble de protéines présentes dans le blé, l’orge et le seigle, provoque chez ces patients une réaction immunitaire excessive qui endommage les villosités intestinales – ces petites protubérances qui tapissent l’intestin grêle et facilitent l’absorption des nutriments.

Jusqu’à présent, l’unique traitement consistait en un régime strict d’éviction totale du gluten, mais c’était sans compter les travaux d’une équipe internationale dirigée par l’Université McMaster au Canada. Publiée en novembre 2024 dans la revue Gastroenterology, cette recherche a mis le doigt le rôle prépondérant des cellules tapissant la paroi intestinale dans le déclenchement de cette pathologie.

La transformation du gluten : un processus clé dans la maladie cœliaque

La majorité des personnes atteintes de maladie cœliaque (environ 90 %) possèdent une particularité génétique : elles expriment la protéine HLA-DQ2.5, tandis que la plupart des 10 % restants produisent la protéine HLA-DQ8. Cela signifie que chez ces personnes, leur système immunitaire « perçoit » le gluten comme une menace.

Ces molécules, appartenant à la famille des antigènes leucocytaires humains (HLA), fonctionnent comme des  présentateurs d’antigènes – exactement comme le feraient des vigiles qui intercepteraient des intrus afin de les montrer aux forces de sécurité pour déclencher une intervention.

Pour comprendre ce mécanisme, il faut visualiser ces protéines HLA comme des plateaux spécialement conçus pour tenir des fragments de gluten résistants à la digestion. Ces plateaux présentent ensuite ces morceaux de gluten aux lymphocytes T (cellules immunitaires spécialisées), déclenchant ainsi une réponse inflammatoire. Comme si ces protéines brandissaient des avis de recherche qui mènent malheureusement à une attaque contre les propres tissus de l’organisme.

Toutefois, l’équipe a découvert que cette prédisposition génétique ne suffit pas à elle seule. Les entérocytes (cellules qui tapissent l’intestin) jouent un rôle déterminant en libérant une enzyme appelée transglutaminase tissulaire. Cette enzyme transforme les peptides de gluten pour les rendre encore plus reconnaissables par le système immunitaire. Ces mêmes cellules intestinales expriment également les protéines HLA-DQ2.5 et HLA-DQ8, participant ainsi directement à la présentation des fragments de gluten aux cellules immunitaires.

Des « mini-intestins » pour décrypter les mécanismes de la maladie

Pour percer à jour ce processus complexe, les scientifiques ont mis au point un protocole dit de recherche translationnelle. Dans un premier temps, ils ont mené une analyse comparative de l’expression du complexe majeur d’histocompatibilité (dont font partie les protéines HLA) dans deux populations différentes. D’une part, les tissus intestinaux de patients atteints de maladie cœliaque (traités ou non par régime sans gluten) et d’autre part, des souris transgéniques spécialement modifiées pour exprimer le gène humain HLA-DQ2.5 – créant ainsi un modèle animal de la prédisposition génétique humaine.

Ils ont ensuite développé des organoïdes intestinaux – de véritables « mini-intestins » cultivés en laboratoire à partir de cellules obtenues en prélevant des cellules intestinales directement chez ces mêmes souris transgéniques pour les cultiver en laboratoire. Par conséquent, ceux-ci étaient également porteurs du gène HLA-DQ2.5 humain, reproduisent ainsi fidèlement les caractéristiques biologiques essentielles à l’étude de la maladie. Ces organoïdes ont ensuite été soumis à divers stimuli (médiateurs inflammatoires, fragments de gluten intacts ou partiellement digérés) pour observer les interactions moléculaires spécifiques à la maladie cœliaque.

« Cette technique nous a permis d’isoler avec précision les relations de cause à effet et de démontrer exactement comment se déroule la réaction pathologique », explique Tohid Didar, ingénieur biomédical à l’Université McMaster.

Contrairement à ce que l’on pensait auparavant, les cellules intestinales ne sont pas de simples victimes collatérales d’une réaction immunitaire mal dirigée. Elles participent activement au processus pathologique en présentant directement aux lymphocytes T spécifiques du gluten un « cocktail inflammatoire » composé de fragments de gluten partiellement digérés par les bactéries intestinales et modifiés par la transglutaminase tissulaire.

Pour la gastro-entérologue Elena Verdu, co-auteure de l’étude, cette découverte est une gigantesque avancée médicale. « Actuellement, la seule façon de traiter la maladie cœliaque est d’éliminer complètement le gluten de l’alimentation. Cette approche est extrêmement contraignante, et les experts s’accordent à dire qu’un régime sans gluten, aussi strict soit-il, reste insuffisant pour certains patients », affirme-t-elle.

C’est un grand pas en avant pour la compréhension de cette pathologie, car au-delà de l’inconfort qu’elle provoque, ses conséquences peuvent être très graves. Anémie par carence en fer, ostéoporose due à la malabsorption du calcium, retards de croissance chez l’enfant, troubles de la fertilité et manifestations neurologiques diverses. Sans compter que les personnes atteintes, particulièrement lorsque la maladie n’est pas diagnostiquée ou correctement traitée, présentent un risque accru de développer un cancer colorectal ou une maladie cardiovasculaire.

À terme, ces travaux pourraient permettre le développement de traitements ciblés qui bloqueraient les mécanismes précoces de la maladie, sans nécessiter l’exclusion totale du gluten. Une perspective qui changerait radicalement le quotidien des millions de personnes qui portent ce fardeau. Il est possible qu’un jour les régimes sans-gluten ultra-stricts, les prises de tête au restaurant et dans les supermarchés ne soient qu’un lointain souvenir. Même si développer un médicament viable ne se fera pas en quelques mois, l’objectif est dorénavant atteignable.

  • Des chercheurs ont découvert que certaines cellules de l’intestin jouent un rôle central dans le déclenchement de cette affection liée au gluten.
  • Grâce à des modèles biologiques avancés, ils ont pu observer comment ces cellules contribuent à activer la réponse immunitaire.
  • Cette avancée ouvre la voie à de futurs traitements qui pourraient alléger les contraintes alimentaires actuelles pour les patients.

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Par : Gouvernement français
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