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J’ai infiltré les influenceurs LinkedIn : du bullshit par millions

Ils promettent des chiffres d’affaires à six chiffres ou plus, le tout en travaillant quelques heures par jour. Leurs armes : des publications tantôt inspirantes, tantôt pratiques, souvent ridicules, parfois lunaires. Eux, ce sont les influenceurs LinkedIn. J’ai infiltré leur réseau, et je n’ai pas été déçu du voyage.

Ils s’appellent Thibaut, Nina*, ou Caroline*. Ces macro-influenceurs LinkedIn (ceux comptant des centaines de milliers d’abonnés) se sont faits un nom sur le réseau social professionnel, jusqu’à quasiment atteindre le statut de gourou.

Leurs fidèles boivent leurs publications comme la Sainte Parole. Eux aussi rêvent d’atteindre des chiffres d’affaires ou des rémunérations records en appliquant leurs conseils et leur « mindset » (comme ils disent). Certains y parviennent, à une échelle moindre. D’autres ne relâchent pas leurs efforts malgré leur lente agonie et la difficulté à se hisser en haut de la mêlée. LinkedIn fonctionne comme n’importe quel autre réseau social : des millions d’échecs pour quelques superstars.

Intrigué par ces publications souvent moquées sur les comptes X à vocation humoristique, j’ai essayé d’en savoir un peu plus sur cette activité d’influenceur LinkedIn. En 2023, je me suis lancé pendant quelques mois sur le réseau social, à la recherche de cette formule magique permettant de gagner des petites fortunes tout en ne travaillant que quelques heures par semaine.

Si je n’ai pas trouvé cette recette miracle (malgré mes efforts), j’ai tout de même pu tirer quelques conclusions intéressantes en échangeant plus longuement avec quelques-uns de ces créateurs. De quoi vous proposer un article, ce qui, finalement, n’est déjà pas si mal.

LinkedIn : terrain de jeu des copywriters

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© Presse-citron

Si je n’ai pas fait d’étude statistique précise, j’ai été vite frappé par la sur-représentation des copywriters parmi les influenceurs LinkedIn. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette profession, les copywriters sont des rédacteurs dotés d’un talent exceptionnel pour fédérer, créer une communauté et/ou vendre à peu près tout et n’importe quoi grâce à l’art de maîtriser les mots (et les techniques de vente). J’exagère à peine.

Les plus connus se targuent d’avoir réussi à générer des chiffres d’affaires colossaux en écrivant les posts de grands chefs d’entreprise, vendus à des prix astronomiques. En fouillant un peu, on s’aperçoit que pour certains, notamment les plus connus, le copywriting n’est plus l’essentiel de leur activité (j’y reviendrai).

En fouinant un petit peu et en échangeant avec quelques influenceurs en devenir, j’ai découvert qu’il existait des techniques propres à LinkedIn visant à augmenter l’engagement. Je les ai donc toutes appliquées : AIDA, PAS mais aussi le célèbre (sur LinkedIn) TOFU MOFU BOFU, tiercé gagnant pour devenir riche en restant assis en caleçon sur son canap’.

J’ai aussi suivi les recommandations de régularité, les variations entre publications inspirantes et pratiques, images, vidéos et carrousels. J’ai suivi les conseils en matière d’échange de bons procédés : interagir avec les comptes d’autres influenceurs, répondre aux commentaires, notifier de gros comptes (ce que j’appelle la méthode du crevard). J’ai même utilisé un projet de newsletter (que j’aurais créé de toute façon) afin de booster mon audience.

Trop tard

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© Presse-citron

Surprise, rien de tout cela fonctionne. La raison est simple : selon les créateurs en devenir (ceux qui ont du mal à émerger) l’algorithme de LinkedIn est incompréhensible et indomptable. Les règles changent régulièrement, ce qui oblige à consacrer un temps fou pour percer un peu.

Une perte de temps pour ces freelances (pour la plupart) en quête de contrats pour faire tourner leur entreprise et manger autre chose que des pâtes. Tout le temps consacré à LinkedIn les empêche finalement d’accomplir leurs tâches les plus importantes, à savoir répondre à la demande de leurs clients.

Face à ce rempart, ces utilisateurs vont toujours plus loin pour attirer l’attention. LinkedIn pousse surtout les posts “inspirants”, si possible les plus débiles ou surréalistes. Je vous invite à consulter le compte Disrupted humans of LinkedIn sur X pour découvrir quelques pépites (un exemple ci-dessous).

Pour LinkedIn, l’intérêt est évident : plus c’est gros, plus cela génère d’engagement. Et tant pis si les réactions sont négatives, le réseau fonctionne sur la règle bien connue des professionnels de la communication : « que l’on parle de nous en bien ou en mal, l’essentiel est que l’on parle de nous ».

« Certains y arrivent » direz-vous. Vous aurez raison. Mais les vraies stars, les comptes à plusieurs centaines de milliers d’abonnés ont toutes un point commun : elles ont démarré cette activité il y a des années, alors que LinkedIn n’était pas encore perçu comme une plateforme de création de contenus, mais comme un moyen de réseauter.

Ces cadors ont en réalité bien senti le marché et eu la bonne (ou mauvaise) idée de transformer LinkedIn en cette énorme usine à bullshit.

Vendre des bootcamps à plusieurs milliers d’euros pour quelques jours afin d’apprendre à devenir vous aussi un entrepreneur insolent et détestable qui génère des millions d’euros de CA par an.

Plus c’est gros plus ça passe

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© Unsplash / Osarugue Igbinoba

C’est donc ainsi que certains gourous de LinkedIn se sont faits une place au soleil. L’un des plus connus a pour particularité d’être le spécialiste des publications provocatrices. Et de répondre de manière hautaine, voire insultante, à quiconque le mettrait face à ses contradictions dans les commentaires. La recette fonctionne : entre ceux qui soutiennent ses thèses et ceux qui s’y opposent, ses publications battent des records d’audience. Cela lui permet de vendre des bootcamps à plusieurs milliers d’euros pour quelques jours afin d’apprendre à devenir vous aussi un entrepreneur insolent et détestable qui génère des millions d’euros de CA par an.

D’autres créateurs, à la démarche plus bienveillante, adoptent les techniques des « formateurs en ligne que tout le monde déteste ». La recette est la même : des publications pleines de promesses avec des appels à action pour vendre une formation, un coaching ou tout autre produit vendant (disons-le) du vent.

En fouillant encore un peu, j’ai découvert que beaucoup de ces influenceurs stars n’exerçaient plus leur métier d’origine depuis longtemps, si tant est qu’ils l’aient exercé un jour. Parfois, le doute est permis tant leurs publications sont truffées d’erreurs factuelles, de banalités voire de mensonges (je passe l’orthographe, la grammaire ou le style, un comble pour des rédacteurs surdoués). Sur LinkedIn, il semblerait que l’assurance avec laquelle on affirme sa pensée vaut plus que le fond de la pensée elle-même.

Nombreux sont ceux à admettre ne plus exercer leur profession première.

Faites ce que je dis pas ce que je fais

LinkedIn
© Unsplash / Swello

Je sais ce que vous vous dites : « Quel rageux ! Quel jaloux ! Au bûcher ! ». Afin d’anticiper ces critiques, j’ai suivi de plus près les méthodes de certains influenceurs. Nombreux sont ceux à admettre ne plus exercer leur profession première. Ils appellent cela « scaler » : comprenez confier les tâches ingrates à des freelances en galère afin d’aller se pavaner dans les médias.

Ainsi, ils passent l’essentiel de leur temps à animer des podcasts ou des chaînes Youtube, à faire la tournée des médias, écrire des newsletters ou organiser des bootcamps vendus une petite fortune à des freelances ou salariés en recherche d’évolution. Et le copywriting dans tout cela ? Disparu, envolé.

Une star parmi les stars l’a écrit à plusieurs reprises. Récemment, elle a même déclaré ne plus du tout faire de copywriting mais confier cette tâche à l’une de ses collaboratrices. Pour bien prendre la mesure de la chose, imaginez un écrivain faire fortune en vendant des formations, séances de coaching ou bootcamps expliquant comment bien écrire un roman alors qu’il confie l’écriture de ses livres à quelqu’un d’autre.

Les influenceurs LinkedIn tirent donc la ficelle du “faites ce que je dis, pas ce que je fais” jusqu’à sa substantifique moelle, avec la promesse de vous faire devenir vous aussi millionnaire. Ces millions, vous ne les verrez sans doute jamais. Eux, en revanche…

*Nina a souhaité exercer son droit de réponse ensuite de la publication de cet article : Monsieur Romain VITT affirme avoir infiltré les influenceurs LinkedIn, pour donner l’illusion d’un retour d’expérience. Cependant, ses bootcamps sont exclusivement destinés à des femmes. L’auteur de cet article n’y a donc pas participé et n’est pas légitime à donner un avis sur ceux-ci. Les allégations portées par Monsieur Romain Vitt, concurrent de Nina, sont donc infondées, diffamatoires et à tout le moins, calomnieuses et dénigrantes de ses services et de sa personne.

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*Caroline a souhaité exercer son droit de réponse ensuite de la publication de cet article : Avec stupeur, je découvre mon nom cité dans un article au titre provocateur et aux affirmations calomnieuses. Permettez-moi de clarifier certains points soulevés : Concernant les promesses de chiffres d’affaires à six chiffres : je ne vends pas de formation et jamais je n’ai promis des revenus faciles, bien au contraire, mon discours est connu pour être réaliste et éthique. Je travaille d’arrache-pied depuis mes 21 ans. Sur mon parcours professionnel : ma carrière ne débute pas sur LinkedIn. Je suis titulaire d’un master du CELSA Paris-Sorbonne et de 10 ans d’expérience prouvée, visibles à travers mon profil et mes distinctions professionnelles. Quant à l’accusation de transformer LinkedIn en «usine à bullshit » : j’ai plus de 360 podcasts à mon actif, des centaines de tables rondes animées, et un nombre significatif de recommandations. Je n’ai pas à rougir de mon manque de résultats. Je suis plus que déçue de cet article à charge, de la part d’un média que je n’hésite pas à citer dans mes propres contenus. Face à ces allégations, je me questionne sur le véritable objectif de cet article. Le journalisme, visant à éclairer, non à humilier ou calomnier sous couvert de sensationnalisme. J’ai tenté de contacter le rédacteur pour ouvrir un dialogue constructif. Cette proposition fut malheureusement rejetée. Cela soulève des questions quant à l’intégrité de la part de Romain Vitt, qui exerce à des fonctions concurrentes. D’ailleurs, sa newsletter s’appelle « Booste ton CA », quelle drôle d’ironie quand on me charge de fausses promesses. « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt », j’espère que les lecteurs ne seront pas dupes. Caroline

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LinkedIn
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Par : LinkedIn
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M3.6 avis
13 commentaires
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  1. Wow.
    Je ne connais pas LinkedIn (je ne fréquente aucun réseau social), aussi ce que je pouvais en penser relevait du cliché, celui d’un réseau social professionnel en ligne et, sérieux parce que “professionnel”. Je tombe des nues.
    Ce qui m’afflige toujours c’est l’arnaqueur, ce qui me sidère c’est qu’il y ait tant d’arnaqués, tous milieux confondus.

    His name is Vitt, Roger Vitt. Mission ‘Infiltration LinkedIn’ : Possible. La preuve 🙂 Article édifiant. On apprend tous les jours.

  2. Salut Romain,
    très bon article et très beau travail !
    Je ne pensais pas que LinkedIn était également de ce genre-là . Pour un réseau “professionnel” …

  3. Son nom est en effet, Vitt, Romain Vitt et non Vitt, Roger !
    Sorry, Romain 🙂 Tenter d’expliquer mon erreur par la volonté d’assurer la couverture de l'”infiltrateur” serait mensonger !

  4. Article très intéressant à lire. Merci. Je bloque régulièrement sur LinkedIn tous ces neuneus mais je ne pensais pas qu’il y avait autant et que c’était à ce point un business. Mais après tout – comme vous le dîtes, LinkedIn n’est jamais rien d’autre qu’un autre réseau social. Naïvement, j’ai du mal à le mettre au même niveau qu’un Facebook dans mon esprit par exemple… et pourtant.

  5. Wow… après avoir lu ton article, et cliqué sur les quelques liens (MOFU etc), je viens de recevoir un email de LinkedIn pour me proposer des postes de ……..


    Copywriter/Writer – AI Training Projects – Freelance”…

    #ciblagebonjour !!

    alors que je ne cherche absolument pas ça dans mon profil….

  6. La jalousie serait elle la raison première de cet article. Il faudra vous y faire, gagner de l’argent en racontant des bobards n’est plus l’apanage du journalisme. Par contre , la langue de puterie de citer des noms en début d’article puis se dégonfler lors de la dénonciation d’actes répréhensibles, restera la marque de la couardise journalistique.

  7. Je ne savais pas pour LinkedIn, sur lequel je suis inscrite depuis peu, dans l’espoir de me constituer un réseau professionnel fiable (?).

    Il y a quelques années, j’ai fait un petit test avec mon fils : j’ai choisi un influenceur au pif, j’ai rempli les questionnaires jusqu’au tarif (pour avoir une idée de ce qu’il vendait et de ses tarifs). La formation était à 1 400 euros.

    On a fait le calcul : 1 000 pigeons x 1 400 € = Bonne année !

    Reste plus qu’à chercher 1 000 pigeons par an et entretenir leur crédulité. On ajoute à cela une vie de millionnaire à Madagascar, à l’Ile Maurice ou à Bali et on peut faire miroiter la même chose à tous ceux qui y croient. Bien entendu, si vous n’y arrivez pas en suivant pourtant scrupuleusement la formation, on va vous dire que vous avez une mauvaise stratégie, ou que vous ne cherchez pas les bons contacts, ou que sais-je. Bref, c’est de votre faute.

  8. Si vous n’y êtes pas arrivé il faut peut être aussi vous remettre en question… Toujours la faute des autres c’est fou ce négativisme.
    Aujourd’hui sur Linkedin on voit encore des petits nouveaux émerger, donc c’est possible quand on a du talent.
    Ensuite scaler n’est pas une mauvaise chose, ça s’appelle avancer, évoluer, avoir de l’ambition quoi… Encore une fois, c’est dingue de voir le mal partout.

  9. Quel apport substantiel au débat. Cet article, bien que modifié depuis mon intervention, citait nommément 3 personnes, probablement repérées par le classement top voice de LinkedIn plus que par une enquête rigoureuse.
    Il se trouve, manque de bol, qu’une des trois personnes citées n’a pas du tout le business model décrit dans l’article et est juste attaquée parce qu’elle se trouvait là dans le classement, comme aurait pu l’être Michel Édouard Leclerc.
    Quand on attaque, on source et on dénonce les faits, sinon ce n’est que déversement de fiel, ne vous en déplaise.

Les commentaires sont fermés.