Les radars servent à suivre tout ce qui vole dans le ciel. Et pendant longtemps, leur tâche était relativement claire. « Que ce soit pour les tours de contrôle dans les aéroports ou d’un point de vue militaire, on devait suivre quelques avions dans le ciel, avec des trajectoires assez prévisibles », rappelle Pierre Desjardins, PDG et cofondateur de C12, dans un entretien accordé à Presse-citron.
Puis les drones sont arrivés. Une véritable menace capable de saturer les radars, car il s’agit « d’objets plus petits, mais aussi très manœuvrants », ce qui complique leur suivi. Ainsi, les radars ont beaucoup plus de mal à prédire leurs trajectoires changeantes, alors qu’ils doivent être en mesure d’identifier la plus probable. « La contrainte majeure sur un radar est d’obtenir l’information en temps réel. Si le calcul prend plusieurs minutes, elle n’est plus utile », poursuit le dirigeant.
Et c’est justement là que C12 entre dans la danse. La jeune pousse tricolore, spécialiste du quantique, s’est associée au géant de l’aéronautique et de la défense Thales pour mettre au point QuantumTrack.
Pourquoi le quantique change la donne
L’idée est de surpasser les supercalculateurs actuels, qui restent malgré tout limités par le temps nécessaire pour examiner toutes les combinaisons possibles. Car le scan du radar est transformé en un graphe, c’est-à-dire un modèle mathématique et informatique servant à représenter des réseaux et des relations entre des objets. « Les nœuds sont toutes les détections et les liens entre les nœuds correspondent à des trajectoires possibles » étaye le PDG.
Problème, « dès qu’il y a beaucoup d’objets à suivre et beaucoup de fausses détections, le graphe est trop grand à explorer pour des machines classiques », précise-t-il. Ce type de calcul, baptisé « pistage multi-hypothèses », atteint alors les limites du temps réel.
Le quantique, lui, a la capacité « d’explorer très rapidement un très grand ensemble de solutions », résume Pierre Desjardins : au lieu de tester les chemins un par un, on peut observer tout un paysage d’un seul regard pour repérer le plus intéressant. Une propriété du calcul quantique extrêmement pertinente dans ce contexte, car elle résout le problème « dans un temps suffisamment court pour que ce soit compatible avec du temps réel ».
L’architecture C12 se prête parfaitement à l’exercice : ses qubits sont fortement connectés entre eux, et disposent d’un mode mémoire. « On peut, de manière très contrôlée, éteindre ou allumer le qubit, ce qui permet de faire fonctionner le processeur quantique exactement pour ce problème-là », résume Pierre Desjardins. Ainsi, la puce fonctionne comme une machine dite « à recuit quantique », spécialisée dans la recherche de la meilleure solution parmi un nombre immense de possibilités.

Le « co-design » porte ses fruits
Ainsi, QuantumTrack a égalé le temps de résolution du meilleur solveur classique. Il a aussi été environ 100 fois plus rapide que les machines à recuit quantique concurrentes. Le temps d’exécution total, découpage du problème compris, est estimé à une cinquantaine de millisecondes. « C’était une première implémentation, et on a encore un certain nombre d’innovations possibles pour réussir à être plus rapide », assure l’expert.
« On montre déjà que, sur des instances très difficiles, on est aussi bien que les solutions classiques », souligne-t-il. « Ce que l’on n’a pas pu tester, ce sont les instances encore plus complexes, celles qui vont vraiment faire flancher la partie classique et que nous pourrons résoudre », nous explique-t-il.
QuantumTrack est le fruit d’une approche dite de « co-design » : Thales apporte son expertise de pointe, et la combine à un « hardware unique au monde ». Cela offre de premières applications opérationnelles.
Prochaine étape : tester le dispositif sur une véritable puces quantique
À noter que ces performances ont été obtenues sur Callisto, l’émulateur de C12 qui reproduit le comportement d’un processeur allant jusqu’à 20 qubits, erreurs et décohérence comprises. Les résultats n’ont donc pas encore été confirmés sur une véritable puce quantique, la prochaine étape du projet.
En attendant, la reconnaissance est déjà là. QuantumTrack a décroché le Quantum Effects Award 2026 dans la catégorie Quantum Computing Hardware, à Stuttgart. La technologie pourrait, à terme, s’avérer utile dans le secteur public aussi. « Si demain de nombreux drones survolent des endroits pour des livraisons, de la logistique, il faudra être capable de bien les suivre », illustre Pierre Desjardins.
En parallèle, C12 a tracé une feuille de route très prometteuse pour les prochaines années. La startup prévoit même un processeur quantique pouvant être intégré dans un data center dès 2033.
- C12 et Thales ont mis au point QuantumTrack, une solution quantique pour aider les radars à suivre en temps réel les drones, de plus en plus nombreux et difficiles à distinguer.
- Lors des tests, elle a égalé le meilleur solveur classique, mais uniquement sur un émulateur : les cas les plus complexes, où le quantique devrait prendre l’avantage, restent à tester.
- La prochaine étape est une démonstration sur une vraie puce C12, avec un déploiement opérationnel envisagé d’ici environ cinq ans.
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