Une vaste étude internationale, publiée dans la revue Nature Medicine, a cherché à cartographier la présence de la douleur dans le corps humain selon l’âge, le sexe et la situation socio-économique. Pour cela, elle a passé au crible les données de plus de 6 millions de personnes de 5 à plus de 100 ans, issues de 118 pays sur trois décennies.
Et les conclusions des chercheurs sont sans appel : à chaque étape de la vie, les femmes déclarent davantage de douleurs que les hommes, et ce sur l’ensemble des 11 zones anatomiques observées. Mais certaines parties du corps affichent des écarts particulièrement marqués. Ainsi, les femmes présentent 83 % de risques supplémentaires d’exprimer des douleurs au visage, 74 % pour les maux de tête et 60 % pour les douleurs abdominales.
Cette charge est d’autant plus perceptible avant l’âge de 55 ans, soit la période à laquelle s’accumulent vie professionnelle, reproductive et responsabilités familiales. Une réalité qui rend l’impact de ces douleurs d’autant plus lourd au quotidien.
« Cette vaste étude montre que le fardeau plus lourd de la douleur chez les femmes est remarquablement constant dans l’ensemble du corps et au sein d’une population mondiale d’une grande diversité », note Rebeccah Slater, professeure de neurosciences pédiatriques à l’université d’Oxford.

Une douleur souvent sous-estimée
Ce constat met aussi en lumière une problématique récurrente dans le monde médical : le manque de considération et la mauvaise prise en charge de la douleur chez les femmes, qui souffrent fréquemment de pathologies très douloureuses mais sous-étudiées, à l’instar de l’endométriose, de la polyarthrite rhumatoïde ou des migraines menstruelles.
Bien qu’elles expriment des niveaux de souffrance plus élevés, leurs symptômes restent plus souvent banalisés, sous-estimés ou attribués à des facteurs psychologiques. Cette situation entraîne des retards de diagnostic et des parcours de soins moins adaptés par rapport aux hommes. D’après une autre étude, de 2024, les femmes ont par exemple plus de risques de décéder d’un infarctus en raison de symptômes différents, d’une prise en charge en retard et de biais de décision.
« Pour combler cet écart, il faut prendre au sérieux la souffrance des femmes en milieu hospitalier, analyser systématiquement les données par sexe, financer de manière adéquate la recherche sur les causes biologiques et sociales, et mettre au point des traitements plus efficaces et mieux adaptés aux femmes », recommande Andrew Horne, directeur du Centre pour la santé reproductive de l’université d’Édimbourg, au Royaume-Uni.
Les chercheurs ont aussi mis en lumière un lien clair entre la précarité, à laquelle les femmes sont plus exposées, et la douleur.
- Les femmes déclarent plus de douleurs que les hommes sur toutes les zones du corps.
- Cette charge physique explose avant 55 ans, au cœur des années de vie active, familiale et reproductive.
- La pauvreté accentue fortement ces inégalités de santé.
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