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Les jeux vidéo AAA en déclin : le futur du gaming s’écrira-t-il sans les blockbusters ?

Hier encore, ils régnaient en maîtres sur l’industrie du jeu vidéo. Aujourd’hui, les titans AAA semblent chanceler sur leur trône doré à mesure que les attentes des gamers évoluent.

Posons tout d’abord les bases, qu’est-ce qu’un jeu AAA ? On pourrait le définir simplement comme un jeu vidéo à très gros budget, développé par un grand studio et destiné au grand public, offrant généralement une expérience de jeu ambitieuse et de haute qualité graphique. Ce sont eux, qui, en grande partie, dictent les standards de l’industrie vidéoludique. Toutefois, ces dernières années, la machine semble toussoter.

Entre lassitude des joueurs, explosion des coûts et stratégies marketing agressives, le modèle qui a fait les beaux jours d’Ubisoft, Electronic Arts et consorts montre des signes d’essoufflement. L’heure est-elle venue pour eux de faire leurs adieux ? La question est plus complexe que cela. Comment renouveler la formule magique qui a transformé des franchises comme Assassin’s Creed ou Call of Duty en véritables poules aux œufs d’or ? Car si ces séries continuent de cartonner, un vent de ras-le-bol souffle sur la communauté des joueurs.

Les AAA, victimes de leur propre succès

Prenons justement la saga des Assassin’s Creed. Née en 2007, la saga d’Ubisoft a été une véritable révolution à ses débuts tant l’expérience proposée était unique. Seulement, à force de sorties annuelles (27 jeux en tout, en comptant les spin-offs et les jeux mobiles !), la recette commence à prendre un goût amer et la formule s’est érodée. Le virage light-RPG entrepris avec Assassin’s Creed Origin, suivi par Odyssey, Valhalla n’ont pas convaincu l’entièreté de la fanbase. Le très récent Mirage, sorti l’an dernier, annoncé comme un « retour aux sources » par Ubisoft, a fait l’effet d’une douche froide à certains tant le sentiment de déjà-vu était prégnant.

Même constat pour Far Cry, dont le sixième opus peine à se distinguer de ses prédécesseurs. Pour faire simple : Ubisoft tend à faire reposer ses deux séries phares sur les mêmes boucles de gameplay, et malgré des graphismes toujours plus somptueux (et encore, cela se discute), on a très envie de lâcher la manette tant la prise de risque est inexistante.

Le prochain à venir, Assassin’s Creed : Shadows (voir trailer ci-dessous), fait déjà l’objet de moqueries sur les réseaux sociaux ; comment peut-on en vouloir aux joueurs ? Une soupe a beau être excellente, vous n’en voudrez pas à manger matin, midi et soir tous les jours de la semaine.

Ce phénomène n’épargne pas les autres géants du secteur. Electronic Arts (EA) en a fait les frais avec Anthem, un projet ambitieux qui s’est soldé par un échec plus que cuisant en 2019. Même Activision Blizzard, malgré le succès inoxydable de Call of Duty, peine à insuffler un vent de fraîcheur à ses franchises phares.

Quel est le problème au fond ? Ces jeux sont devenus des produits affreusement formatés, conçus selon une recette éprouvée, mais de moins en moins surprenante, poussant les joueurs jusqu’à la nausée. Open world à perte de vue, quêtes secondaires vides de sens à la pelle, mécaniques de jeu rodées jusqu’à l’usure : le cahier des charges du AAA moderne ressemble parfois à un buffet à volonté où l’on finit par se sentir écœuré.

Quand le marketing étouffe la création

Le marketing joue un rôle prépondérant dans cette standardisation des jeux AAA. Les budgets alloués à la promotion atteignent parfois des sommets vertigineux, rivalisant avec ceux de la production elle-même. Selon des chiffres de l’industrie, il n’est pas rare que le budget marketing d’un jeu AAA représente 50 % ou plus de son budget de développement. Cyberpunk 2077, Read Dead Redemption 2 ou le très attendu GTA VI, tout autant de titres qui bénéficient ou ont bénéficié de campagnes qui sont de véritables gouffres financiers.

Cette pression marketing a des conséquences directes sur le contenu des jeux. Les éditeurs, soucieux de rentabiliser leurs investissements colossaux, privilégient les formules réchauffées au détriment de l’innovation. C’est ainsi que naissent des jeux « conçus par le marketing », où chaque élément est pensé pour plaire au plus grand nombre.

Prenons l’exemple de Destiny, développé par Bungie et publié par Activision. Le jeu a bénéficié d’un budget marketing de 500 millions de dollars, un record à l’époque de sa sortie en 2014. Si le titre a connu un succès commercial, il a aussi été vivement été critiqué pour son cruel manque d’originalité et son contenu jugé bien trop répétitif.

Cette approche a également conduit à la multiplication des DLC (contenus téléchargeables) et des microtransactions. Des pratiques qui, si elles génèrent des revenus supplémentaires, irritent (à juste titre dans certains cas) les joueurs. Le fiasco des loot boxes dans Star Wars Battlefront II d’EA en est l’exemple parfait, forçant l’éditeur à revoir sa stratégie face au tollé des joueurs.

L’indépendance, nouveau terrain de jeu de la créativité

Face à cette standardisation galopante, les jeux indépendants font figure de bouffée d’air frais et jamais le marché du jeu vidéo n’aura proposé autant de variété aux joueurs. En une quinzaine d’années, des dizaines de chefs-d’œuvre ont été publiés, tous produits par de petits studios.

Hollow Knight (2017) : un Metroidvania sombre et atmosphérique, avec une exploration riche et des combats très exigeants. Hades II (2024), un dungeon-crawler/rogue-like avec son gameplay nerveux et son approche narrative originale. Ou encore Disco Elysium, un RPG très atypique, d’une rare violence, qui ose bousculer les codes du genre. Plus ancien, Limbo (2010) un jeu d’aventure en noir et blanc à l’atmosphère très dark et poétique. Tous ont conquis le public par leur approche novatrice de l’essence même du mot jouer.

La liste est longue (et non exhaustive) et ces succès ne sont pas des accidents ; ils témoignent d’une soif d’innovation chez les joueurs, las des formules toutes faites. Les indés, libérés du carcan des attentes marketing, osent prendre des risques créatifs que les mastodontes du AAA ne peuvent plus se permettre. En tout cas, pas tous.

L’avenir n’est pas écrit pour autant. Les géants du AAA ont toujours les moyens de se réinventer. Certains l’ont déjà compris. Sony, avec des titres comme God of War (2018) ou The Last of Us Part II, prouve qu’il est possible de concilier grosse production et prise de risque créative. Un certain Elden Ring (2022) a mis absolument tout le monde d’accord sur le fait que perdre 150 fois face à un boss n’était pas une fatalité. Que dire de The Legend of Zelda: Breath of the Wild (2017), pour lequel Nintendo a complètement révisé son bébé pour proposer aux joueurs une expérience inédite et unique.

Non, les AAA ne disparaîtront pas du jour au lendemain, mais ils devront évoluer ou périr. Nous assistons aujourd’hui à une évolution de l’industrie tout entière. Une mutation qui promet, on l’espère, aux joueurs une diversité et une richesse d’expériences sans précédent. L’avenir du gaming ne s’écrira certainement pas sans les blockbusters, mais il s’enrichira assurément de nouvelles voix et de nouvelles approches. C’est en tout cas le meilleur souhait que l’on peut formuler.

  • Les jeux AAA, victimes de leur formatage et de budgets marketing démesurés, peinent à innover et lassent une partie des joueurs.
  • Les jeux indépendants ont gagné en popularité, offrant des expériences plus originales.
  • Certains AAA comme prouvent qu’il est encore possible de marier grosse production et prise de risque créative.

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