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Les paillettes, pas si brillantes que ça ? Un désastre écologique méconnu

Ces petites lamelles de métal brillant et de plastique servant d’ornement sont en réalité une véritable calamité pour la planète.

Elles sont ravissantes, colorées et scintillantes, mais leur éclat est trompeur. Une étude parue l’an dernier dans la revue New Zealand Journal of Botany lève le voile sur une réalité peu réjouissante quant à leur impact environnemental. Malgré leur apparence somme toute assez inoffensive, elles se révèlent être une source de pollution très importante. Ces microplastiques scintillants sont une menace pesant lourdement sur les écosystèmes aquatiques et leur capacité à se régénérer. La Commission européenne a d’ailleurs interdit leur vente au mois d’octobre 2023.

Un effet délétère sur les écosystèmes aquatiques

L’étude en question, conduite par l’Université Fédérale de São Carlos (UFSCar) au Brésil a mis en exergue un nouveau problème lié à l’usage de paillettes. Si on savait déjà qu’elles se retrouvaient dégradées dans les espaces naturels et dans la chaîne alimentaire, on ne connaissait pas leur impact sur la bonne santé des végétaux. En raison de leur composition, elles réduisent la pénétration de la lumière solaire dans l’eau et font obstacle à la photosynthèse.

En effet, composées à grande majorité de Mylar (ou BoPET, un film polyester) et recouverte d’une fine couche métallique (fer, titane, aluminium ou bismuth), ces microparticules réfléchissent fortement la lumière. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles sont appréciées, mais d’un point de vue environnemental, c’est une catastrophe.

En détournant la lumière, elles affectent ainsi les fonctions écologiques vitales de certains macrophytes (végétaux aquatiques) comme l’Élodée dense (Egeria densa), une plante que l’on retrouve en Amérique du Sud.

Selon Luana Lume Yoshida, étudiante en master à l’UFSCar et auteure principale de l’étude « ces constatations confirment l’hypothèse selon laquelle les paillettes interfèrent avec la photosynthèse, probablement en raison de la réflexion de la lumière par la surface métallique des particules de microplastique ».

Dans les écosystèmes aquatiques, les macrophytes jouent un rôle essentiel. Elles fournissent abri, nourriture, oxygène et ombre à de nombreuses autres espèces animales. Selon les prélèvements effectués lors des expérimentations de l’étude, les taux de photosynthèse étaient 1,54 fois supérieurs en l’absence de paillettes. L’effet néfaste de ces particules est bel et bien une réalité.

Des conséquences en chaîne sur la biodiversité

Comme écrit plus haut, les paillettes perturbent également les organismes de manière globale, même ceux ne nécessitant pas de photosynthèse pour survivre. Marcela Bianchessi da Cunha-Santino, co-auteure de l’étude, explique : « Dans cette expérience, nous avons observé spécifiquement l’interférence physique des paillettes sur une espèce de macrophyte. Cependant, la littérature scientifique regorge de références plus connues concernant la contamination de l’eau et l’ingestion de ces particules par d’autres organismes aquatiques ».

En effet, on retrouve des paillettes dans de nombreux organismes présents dans les écosystèmes. Il arrive que certains animaux puissent les confondre avec de la nourriture et les ingèrent. Seulement, il est très difficile aujourd’hui de prendre conscience de l’ampleur du problème. Effectivement, les recherches sur les concentrations de paillettes dans l’eau permettre une compréhension exhaustive du phénomène.

Les données de cette étude sont uniquement une extrapolation de résultats d’autres expériences sur les microplastiques. En réalité, il se pourrait que le problème soit encore plus grave que cela.

Vers des alternatives durables

Si l’on y réfléchit bien, ce problème va au-delà des considérations écologiques. Sous le prime sociétal, il est symptomatique d’une société surdéveloppée, aux penchants quasiment autodestructeurs, nous poussant à considérer ce qui est dispensable comme essentiel. Les paillettes ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres.

Plutôt qu’une disparition nette de ces petits ornements, les chercheurs à l’origine de l’étude appellent à reconsidérer leur utilisation. « Si des alternatives plus durables aux paillettes existent, pourquoi ne pas y passer dès maintenant ? », interroge Irineu Bianchini Jr., co-auteur de l’étude.

Comme c’est le cas pour beaucoup de problématiques environnementales, l’Homme peine à prendre conscience des faits, aussi graves soient-ils, s’ils ne sont pas directement perceptibles. Dans ce cas précis, l’urgence de la question deviendrait indéniable pour la plupart d’entre nous lorsque nous serions contraints de séparer les paillettes des arêtes dans nos assiettes de poissons. Comme ce n’est pas encore le cas, le problème nous parait lointain.

Pourtant, la perturbation du processus de photosynthèse des macrophytes peut mener à un véritable désastre global. Ces plantes produiraient moins d’oxygène dans l’atmosphère et cela provoquerait, à terme, une hausse du CO2 dans l’atmosphère. La biodiversité des écosystèmes marins, qui sont parmi les plus fragiles au monde, serait gravement menacée et les conséquences potentielles sur la sécurité alimentaire et l’économie seraient, elles aussi, délétères. Nous survivrons bien à la disparition des paillettes, mais pas à celle des macrophytes.

  • Une étude publiée dans le New Zealand Journal of Botany a mis en évidence l’effet négatif des paillettes sur les écosystèmes marins.
  • En raison de leur conception, les paillettes font obstacle à la pénétration de la lumière dans l’eau et perturbent la photosynthèse des macrophytes.
  • Les conséquences de cette perturbation sont graves, les macrophytes jouant un rôle essentiel dans l’équilibre de notre planète.

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