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Une espèce humaine oubliée refait surface après un million d’années

Un fragment de visage préhistorique vient de bouleverser l’histoire humaine en Europe.

Enfoui sous des couches sédimentaires de falaise calcaires du nord de l’Espagne, les restes d’un visage attendaient patiemment que des mains expertes le libèrent de sa gangue minérale. Ce fragment facial, mis au jour en 2022, vient d’être identifié comme appartenant à Homo affinis erectus, un ancêtre lointain qui aurait foulé le sol européen voici plus d’un million d’années.

Ce fossile prouve que la présence humaine en Europe occidentale était bien plus ancienne que ce que l’on pensait auparavant. Avant cette découverte, les preuves étaient principalement associées à des espèces plus récentes comme Homo heidelbergensis ou Homo neanderthalensis. Les résultats des fouilles de l’équipe ont été publiés le 12 mars dans la revue Nature.

Pink : un nouveau visage de l’évolution humaine en Europe

Ce fossile a été surnommé affectueusement « Pink » par l’équipe de chercheurs : un clin d’œil au groupe Pink Floyd et à son album The Dark Side of the Moon. « Cet article présente un nouvel acteur dans l’histoire de l’évolution humaine en Europe : Homo affinis erectus. Cette découverte nous permet d’affirmer que durant le Pléistocène inférieur, plusieurs espèces humaines primitives cohabitaient en Europe, et que le premier hominidé à peupler l’Europe occidentale n’était pas Homo antecessor, contrairement à ce que l’on croyait jusqu’alors », a déclaré Rosa Huguet, paléoanthropologue à l’Institut Catalan de Paléoécologie Humaine et d’Évolution Sociale, lors d’une conférence de presse.

L’équipe scientifique date ces vestiges entre 1,1 et 1,4 million d’années, ce qui en fait le plus ancien fossile humain jamais découvert en Europe occidentale. Ce spécimen a été exhumé à moins de 250 mètres d’un site abritant des restes d’Homo antecessor, mais le précède d’environ 500 000 ans. Une cohabitation temporelle désormais exclue.

Homo aff. erectus
Une image 3D (gauche) et le fossile original (droite) d’Homo aff. erectus découvert à Sima del Elefante. © Maria D. Guillén / IPHES-CERCA / Elena Santos / CENIEH

L’Europe, terre de migrations et de remplacements

Selon les analyses morphologiques des restes, Homo aff. erectus présentait des traits faciaux primitifs, notamment au niveau des pommettes. Contrairement à Homo antecessor et notre espèce Homo sapiens qui avaient un visage plutôt visage vertical et plat, Homo aff. erectus possède une face projetée vers l’avant, rappelant les spécimens d’Homo erectus découverts ailleurs dans le monde.

« Il est évident qu’il y a environ un million d’années, un remplacement s’est produit dans la population européenne », affirme José María Bermúdez de Castro, paléoanthropologue au CENIEH et co-auteur de l’étude. « Une espèce, possiblement apparentée à Homo erectus, aurait cédé la place à Homo antecessor ».

Homo aff. erectus était donc l’un des éléments composant la grande fresque des exodes humains depuis le berceau africain. Les premiers explorateurs bipèdes ont traversé montagnes et déserts, poussés par des changements climatiques cycliques ou attirés par des territoires giboyeux.

María Martinón-Torres, chercheuse au Centre National de Recherche sur l’Évolution Humaine, replace cette pièce manquante dans le puzzle évolutif : entre les premiers explorateurs venus de Dmanisi (Géorgie) qui ont quitté l’Afrique, il y a près de 1,8 million d’années, et les populations d’Homo antecessor qui ont foulé les mêmes terres espagnoles 900 000 ans plus tard. Pink fait éventuellement partie d’une vague migratoire intermédiaire, peut-être encouragée par une période climatique clémente qui aurait ouvert un corridor écologique favorable à leur progression vers l’ouest européen.

Actuellement, les fouilles se poursuivent pour atteindre les couches les plus profondes du site de Sima del Elefante. La découverte de Pink s’accompagne nécessairement d’une salve de questions. Pourquoi cette population a-t-elle disparu ? Quels liens entretenait-elle avec les autres groupes d’hominidés ? Quelle était leur organisation sociale ? Certes, cette trouvaille ne résout pas pleinement le mystère de nos origines ; on pourrait même affirmer qu’elle le complexifie davantage. Néanmoins, elle a au moins le mérité d’épaissir le livre de l’histoire de notre grande lignée et de sa conquête progressive d’une planète aujourd’hui peuplée par huit milliards de représentants d’Homo sapiens.

  • Un fossile facial inédit découvert en Espagne révèle une présence humaine bien plus ancienne en Europe occidentale, datant de plus d’un million d’années.
  • Cette trouvaille identifie une espèce ; Homo aff. erectus ; aux traits archaïques, différente des espèces européennes plus récentes, bouleversant ainsi la chronologie des migrations humaines.
  • Ce groupe préhistorique aurait disparu à la suite de changements environnementaux, laissant place à de nouvelles espèces d’hominidés.

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