L’IA et ses effets sur le marché de l’emploi : le sujet revient tellement dans les titres qu’il sera bientôt un marronnier. L’idée de nous remplacer par des algorithmes, que nous perdions toutes et tous notre emploi dans les années à venir : des craintes qui n’existaient pas, il y a à peine trois ans de cela.
Dans certaines sphères de la Silicon Valley, la volonté de remplacer le travail humain par des systèmes automatisés est formulée ouvertement. Nous sommes très rapidement passés de ce fantasme techno-idéologique à un objectif visé par nombre de fondateurs, d’investisseurs et de scientifiques de premier plan. Des entreprises comme Klarna se vantent de réduire leurs effectifs grâce à cette technologie, mais d’autres vont bien plus loin. C’est le cas, par exemple, de Mechanize, une start-up qui n’a même plus la décence de prétendre améliorer la productivité, puisque son projet consiste à automatiser « l’ensemble de l’économie ». Assistons-nous à la nécrologie anticipée du salariat, assurée par des fossoyeurs habillés avec des doudounes sans manches ?
Automatiser entièrement le travail humain : un projet assumé par la Big Tech
Ce rêve d’automatisation intégrale s’est imposé dans l’imaginaire d’une partie de l’élite technologique. Elon Musk prédit que « probablement aucun d’entre nous n’aura de travail ». Sam Altman, patron d’OpenAI, parle d’une disparition inévitable de l’emploi. Bill Gates (Microsoft), Geoffrey Hinton (spécialiste de l’intelligence artificielle), Vinod Khosla (un des investisseurs les plus influents de la Silicon Valley) : tous évoquent sans sourciller une économie post-travail. Ceux-là-même qui, après avoir fait fortune grâce au travail d’autrui, nous expliquent maintenant qu’il disparaîtra.
En réalité, l’idée n’a pas tant changé que ça, elle était dans les tiroirs depuis longtemps ; ce qui a changé, c’est la perception de sa faisabilité grâce aux progrès techniques abattus récemment. Les grands modèles de langage – ChatGPT ou Gemini pour ne citer qu’eux – sont capables de rédiger en quelques secondes des rapports juridiques, des articles de presse (de mauvaise qualité, certes) de pondre du code et de générer des images utilisables en communication/marketing.
Les robots humanoïdes de Figure testés dans les usines BMW sont déjà dans les projets de l’entreprise. L’IA s’attaque aux cols blancs, les robots aux cols bleus. Si l’intelligence générale artificielle (IAG) progresse aussi vite que ses promoteurs le pensent, cette logique pourrait s’étendre à l’ensemble des métiers intellectuels d’ici quelques années.
Productivité pour certains, précarité pour les autres
Dans les faits, la disparition totale du travail reste encore au stade de projection. L’IA commet encore des erreurs et aucun robot n’est encore assez polyvalent pour remplacer totalement un ouvrier de chair et d’os. Néanmoins, cette transition n’a pas besoin d’être complète pour que ses effets s’en ressentent déjà. Certains métiers (développeurs, rédacteurs, support client) sont déjà restructurés, réduits ou externalisés à des outils automatiques.
Pour beaucoup d’emplois, il ne s’agit pas d’une suppression brutale, mais d’une mutation : ce ne sont pas les postes qui disparaissent d’un coup, mais les tâches qui changent de nature ou sont partiellement absorbées par l’IA. Ravin Jesuthasan, spécialiste de la transformation du travail chez Mercer, et Mark Quinn, ancien cadre tech aujourd’hui responsable de l’IA opérationnelle dans une startup, parlent d’un phénomène de « dislocation ».
L’automatisation du travail est donc une direction volontaire et revendiquée par ceux qui ont le pouvoir d’en bénéficier ; au nom de la rentabilité et non de l’émancipation. Qu’il en résulte une société d’abondance ou un capitalisme sans travailleurs ne dépendra ni de l’état de l’art en robotique, ni de la taille des modèles de langage. Cela dépendra des choix politiques qui l’encadreront : fiscalité, régulation, droit du travail et redistribution des richesses. Or, pour l’instant, ces choix sont faits (ou évités) par une minorité qui a tout intérêt à ce que le statu quo techno-capitaliste se maintienne.
- De plus en plus d’acteurs de la tech affichent leur ambition de supprimer le travail humain par l’automatisation.
- L’IA et la robotique modifient déjà en profondeur certains métiers, sans encore les faire disparaître complètement.
- L’avenir du travail dépendra moins de la technologie elle-même que des décisions politiques encore largement absentes du débat.
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