Bruce Shneier est une figure emblématique de la recherche dans le domaine de la cybersécurité. Dans un article pour Slate, il affirme que l’IA est une technologie en passe de se transformer en outil de surveillance de masse : synthèse de vastes volumes de données conversationnelles et transformation radicale des méthodes d’analyse.
Les frontières poussives des activités d’espionnage traditionnelles se brisent progressivement. Il explique que “la surveillance électronique (…) est devenue le modèle commercial d’Internet”. Nos données sont analysées constamment et traquées à des fins mercantiles.
Parce que vos secrets ne seront jamais vraiment à vous
Bruce Schneier exprime sa pensée de cette manière : “Si j’engageais un détective privé pour vous espionner, ce détective pourrait cacher un micro dans votre maison ou votre voiture, placer sur écoute votre téléphone, et écouter ce que vous dites. À la fin, je serais au fait de toutes ces conversations ”.
L’intelligence artificielle peut résumer de manière automatisée ces discussions et filtrer une quantité invraisemblable de données. “Désormais, cette surveillance ne se limite plus aux conversations sur nos téléphones ou ordinateurs” nous prévient Schneier. Des dispositifs comme les assistants vocaux de Google, Alexa ou Siri sont constamment à notre écoute.
Le prix de la tranquillité
Aujourd’hui, l’IA peut analyser le contexte de nos interactions et les intentions ralliées à celles-ci. Nous avons basculé de la surveillance des agissements vers l’interprétation de nos pensées et de nos discussions. Il y a un effet paralysant provoqué par ce nouveau paradigme : “nous autres, individus, pourrions être amenés à modifier notre comportement en ayant conscience de cette surveillance constante” précise Schneier.
Les dispositifs de régulation gouvernementale pourraient, dans l’idéal, être un rempart potentiel. Pour le moment, la mise en œuvre de ces mesures est totalement incertaine. La conclusion de Schneier est plutôt pessimiste : “Nous pourrions interdire cet espionnage en adoptant des règles strictes sur la confidentialité des données. Mais, nous n’avons rien fait pour limiter la surveillance de masse. Pourquoi l’espionnage serait-il différent ?”.
La surveillance, même massive, implique une observation moins cachée et vise à assurer la sécurité. En revanche, l’espionnage consiste plutôt à collecter des informations sensibles secrètement, plus souvent utilisées à des fins stratégiques ou politiques.
L’analyse de Shneier nous interpelle sur une réalité vraiment inquiétante : si l’IA domine, elle pourrait être le synonyme d’une surveillance omnipotente et intrusive. Un fantasme dystopique que même Aldous Huxley n’avait si bien prévu. Dans son ouvrage, Le Meilleur des Mondes, publié en 1932, il nous avait tout de même avertis : “Toute découverte de la science pure est subversive en puissance ; toute science doit parfois être traitée comme un ennemi possible. Oui, même la science”. Pourrait-on considérer que nous avons tiré des leçons de son enseignement ? Rien n’est moins sûr.
- L’IA est devenue un catalyseur de la surveillance de masse. Elle ne surveille plus seulement nos actes, mais nos pensées et discussions.
- Schneier révèle que cette surveillance devient omniprésente.
- Face à cette supervision globale, la régulation institutionnelle est, pour le moment, plus qu’insuffisante.
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