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Les lunettes connectées remplaceront-elles bientôt votre iPhone ?

Meta a vendu plus de 7 millions de lunettes connectées en 2025. Apple, Google et Samsung préparent les leurs pour 2026-2027. L’ère du smartphone touche-t-elle à sa fin ? On fait le point.

Dix ans après le fiasco des Google Glass, les lunettes connectées prennent enfin leur revanche. Et cette fois, les chiffres sont là pour le prouver.

Dans ses résultats du quatrième trimestre 2025, EssilorLuxottica, partenaire de Meta, a révélé avoir vendu plus de 7 millions de lunettes connectées sur l’année, toutes marques confondues (Ray-Ban Meta, Oakley Meta). C’est plus du triple des 2 millions écoulés entre 2023 et 2024 cumulés. Meta et son partenaire franco-italien discuteraient même de doubler la production pour atteindre 20 millions d’unités d’ici fin 2026, selon Bloomberg.

Dans un entretien aux Echos publié cette semaine, Alex Himel, vice-président de Meta en charge des wearables, déclare que « les lunettes connectées sont le meilleur moyen de tirer pleinement profit de l’IA. » Mark Zuckerberg va encore plus loin et estime que les personnes sans lunettes IA feront face à « un désavantage cognitif significatif ». Rien que ça.

Alors, les lunettes connectées sont-elles vraiment en passe de remplacer nos smartphones ? On a étudié la question.

Un marché en pleine explosion

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© Presse-citron

Si l’on regarde les données marché, les chiffres donnent le vertige. Les ventes mondiales de lunettes connectées ont bondi de 110 % au premier semestre 2025, selon Counterpoint Research. Et les modèles équipés d’IA représentaient 78 % des livraisons, contre 46 % un an plus tôt. Les analystes d’IDC estiment que plus de 40 millions de paires pourraient être vendues en 2029, soit une croissance annuelle de l’ordre de 30 %.

Ces chiffres s’expliquent surtout par l’arrivée en masse des géants de la tech dans les mois à venir. Alors que Meta faisait cavalier seul avec Ray-Ban et Oakley, 2026 s’annonce comme une année charnière. Lors de ses derniers résultats trimestriels, Samsung a déclaré que ses lunettes AR arriveraient cette année. Google prépare ses propres lunettes sous Android XR, après avoir montré des prototypes de son projet « Aura » alimenté par Gemini. Snapchat a aussi annoncé le lancement de ses « Spectacles » grand public en 2026.

Et puis il y a le mastodonte Apple, évidemment très attendu, qui développe des lunettes connectées dotées d’une puce spécifique basée sur l’architecture de l’Apple Watch, optimisée pour l’IA et l’efficacité énergétique. Selon Mark Gurman de Bloomberg, la production de masse débuterait fin 2026 pour un lancement début 2027, avec deux caméras, pas d’écran dans un premier temps, et une forte intégration avec l’iPhone et Apple Intelligence. L’analyste Ming-Chi Kuo projette 3 à 5 millions d’unités vendues la première année.

N’oublions pas la concurrence chinoise, que Meta surveille de près. Comme le souligne Alex Himel dans Les Echos, « c’est en Chine que la concurrence est la plus rude ». Xiaomi, Baidu, Rokid et d’autres accélèrent, avec des modèles parfois proposés à moins de 200 euros (comme les Xiaomi Mijia Smart Audio Glasses à 179,99 €).

Ce que les lunettes connectées savent (déjà) faire

Le succès des Meta Ray-Ban tient à une idée simple : ne pas essayer de remplacer le smartphone, mais rendre certaines tâches plus fluides. « Elles permettent de passer un coup de fil, écouter de la musique, prendre des photos et des vidéos de manière spontanée », résume Alex Himel. « Avec l’IA, ces usages vont monter en puissance. »

Concrètement, les Ray-Ban Meta Gen 2 intègrent le modèle Llama 4 de Meta. On peut leur poser une question vocale en disant « Hey Meta », et l’assistant est capable de voir ce que vous voyez grâce à la caméra 12 MP intégrée : identifier un plat, traduire un panneau, décrire un monument. Pour les voyageurs ou les curieux, c’est déjà bluffant.

Les Meta Ray-Ban Display, vendues 799 dollars, vont plus loin avec un écran couleur de 600×600 pixels intégré dans le verre droit et un bracelet neural (Neural Band) qui capte les signaux musculaires pour contrôler l’interface. C’est un premier pas vers la réalité augmentée, encore rudimentaire, mais fonctionnelle.

Pourquoi le smartphone n’a pas (encore) de souci à se faire

Ray Ban Meta Display (1)
© Meta

Aussi impressionnante que soit la trajectoire, un fossé sépare encore les lunettes connectées du smartphone. Et il ne se comblera pas en un an. D’abord, l’autonomie reste le talon d’Achille des lunettes. Les Ray-Ban Meta offrent environ 4 à 5 heures d’utilisation active, contre une journée entière pour un smartphone. Les sessions d’IA continues épuisent la batterie encore plus vite. « On ne peut maîtriser l’expérience de bout en bout pour l’instant avec Meta AI. », admet Alex Himmel.

Autre limite : la dépendance au smartphone. Aucune paire de lunettes sur le marché ne fonctionne de manière autonome. Il faut un iPhone ou un smartphone Android dans la poche pour le traitement lourd, la connectivité et le stockage. Les lunettes sont un accessoire, pas un remplacement. « Si vous portez déjà un téléphone et des écouteurs sans fil partout, quand auriez-vous besoin de lunettes Meta ? » interroge John Gruber dans sa newsletter Daring Fireball.

Enfin (et surtout), les Meta Ray-Ban Display sont réservées au marché américain pour un bout de temps. Cela s’explique par deux problématiques : d’abord, la capacité de production du partenaire de Meta. EssilorLuxottica a adopté un positionnement haut de gamme avec une capacité de production limitée. L’entreprise a reconnu avoir été surprise par l’engouement autour des Ray-Ban Display. À tel point qu’elle ne peut aujourd’hui assurer une production que pour le marché américain.

Second problème : la réglementation européenne. L’Europe cumule plusieurs obstacles : le RGPD et la protection de la vie privée posent des questions sur la captation permanente d’images. Surtout, la directive européenne sur les batteries remplaçables, qui entre en vigueur en 2027, obligerait Meta à revoir le design de ses lunettes, dont la batterie est scellée dans la monture. EssilorLuxottica, qui conçoit les Ray-Ban avec Meta, a même déposé une requête contre cette réglementation. Résultat : les nouvelles Meta Ray-Ban Display tardent à pointer le bout de leur nez en Europe, et le marché européen pourrait prendre du retard.

Le « moment iPhone » des lunettes se fait attendre

Google Magic Leap Lunettes
©Google, Magic Leap

Le parallèle avec le smartphone est tentant. En 2007, quand Steve Jobs a présenté l’iPhone, l’objectif était de vendre 10 millions d’unités d’ici fin 2008 (un objectif atteint avant même les fêtes de fin d’année). Meta vise 10 à 20 millions de Ray-Ban par an d’ici 2026. Les ordres de grandeur commencent à se rejoindre.

Mais le « moment iPhone » des lunettes connectées n’est pas encore arrivé. Pour y parvenir, il faudra réunir plusieurs conditions qui ne sont pas remplies aujourd’hui. D’abord, un affichage intégré qui fonctionne toute la journée. Tant que les lunettes ne peuvent pas afficher des notifications, des itinéraires ou des informations contextuelles en continu, elles resteront un complément du téléphone, pas un substitut. Les prototypes de Meta (Orion) et les futures lunettes Apple avec écran (2028) vont dans cette direction, mais c’est encore de la R&D.

Ensuite, un écosystème d’applications doit encore se développer. L’iPhone avait connu des débuts tonitruants mais il a vraiment décollé grâce à l’App Store. Or, Meta n’a toujours pas publié de kit de développement (SDK) pour les Ray-Ban. Google mise sur Android XR et Apple sur ARKit, mais l’écosystème applicatif reste embryonnaire.

Enfin (et c’est sans doute le plus important), l’acceptation sociale prend du temps. Porter des lunettes avec caméra en public soulève des questions de vie privée qui ne sont pas résolues. Des compagnies de croisière ont déjà interdit les Ray-Ban Meta à bord par exemple. La question de l’étiquette sociale reste entière, tout comme l’a été le téléphone portable dans les années 2000, quand décrocher au restaurant était mal vu.

Alors, quand ?

Mark Zuckerberg Meta Patron
© Mark Zuckerberg / Facebook

Les analystes les plus optimistes voient les lunettes connectées devenir un véritable rival du smartphone d’ici 2030-2035. Eddy Cue, vice-président senior d’Apple, a lui-même suggéré que les lunettes connectées pourraient remplacer les smartphones « d’ici dix ans ».

En réalité, l’avènement des lunettes connectées pourrait survenir bien plus tard. En 2026, elles vont s’imposer comme la catégorie hardware la plus excitante, avec Meta, Google, Samsung, Snap et bientôt Apple sur le ring. Mais elles resteront un compagnon du smartphone, pas son successeur.

Le scénario le plus probable ? Celui qu’a suivi l’Apple Watch. Un accessoire d’abord perçu comme un gadget, qui est devenu indispensable pour des millions d’utilisateurs, sans jamais remplacer l’iPhone. Les lunettes connectées pourraient emprunter exactement le même chemin : non pas tuer le smartphone, mais capturer un nombre croissant de tâches qui ne nécessitent pas de sortir un écran de sa poche.

La vraie révolution ne reposerait pas sur un monde sans smartphone, mais un monde où on le sort de moins en moins.

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