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La musique pop est devenue plus triste en 50 ans : les chiffres de cette étude sont formels

C’était mieux avant ? Pas forcément, mais la musique s’est adaptée à une société devenue plus anxiogène au fil des décennies.

Essayez de jeter un coup d’œil à votre playlist « Coups de cœur » sur Spotify : avez-vous l’impression que nombre de vos morceaux favoris broient du noir ? C’est bien sûr, avant tout, une histoire de goûts personnels, mais il existe une tendance de fond, confirmée par une étude menée par des psychologues de l’Université de Vienne.

Publiée le 11 décembre dans la revue Scientific Reports, elle a, pour l’occasion, passé au crible plus de 20 000 chansons du classement Billboard Hot 100 parues entre 1973 et 2023. Un classement hebdomadaire comprenant les 100 chansons les plus populaires aux États-Unis, qui est une référence de l’industrie musicale pour mesurer le succès d’un titre. En les analysant à l’aide d’un algorithme, ils en ont conclu que la pop est devenue objectivement plus sombre, beaucoup plus stressante, mais bien plus simpliste par ses paroles.

La fin de l’insouciance dans la musique populaire

Pour aborder la problématique sans s’encombrer du ressenti (subjectif, donc voué à des biais), les chercheurs se sont concentrés exclusivement sur les paroles, qu’ils ont d’abord harmonisées et normalisées afin de pouvoir comparer équitablement des chansons issues de cinq décennies différentes.

Au total, 20 186 chansons ont été analysées, toutes ayant marqué, à un moment donné, le paysage musical mondial. Le traitement algorithmique leur a permis de mesurer la « valence émotionnelle » des textes, soit la charge affective négative ou positive qui s’en dégage, indépendamment des effets de style ou des choix musicaux.

Comme les auteurs s’y attendaient, ils ont observé une « augmentation substantielle du langage négatif et lié au stress » au fil des décennies. Les mots associés à diverses émotions négatives (anxiété, solitude, tension émotionnelle, colère, etc.) sont devenus bien plus fréquents. Un virage sémantique accompagné, en parallèle, par une baisse importante de l’utilisation de termes ou expressions positifs.

La pop s’est également dépouillée de son vocabulaire, qui s’est appauvri et les structures des morceaux sont devenues de plus en plus répétitives. Dans l’arène du streaming, l’attention des auditeurs est aujourd’hui une denrée rare. Les premières secondes d’un titre sont donc devenues un quitte ou double : soit on accroche l’oreille immédiatement, soit on finit aux oubliettes.

La corrélation est trop forte pour ne toucher qu’au cadre artistique ; il faudrait plutôt y voir un fait social ou un indicateur sociologique, selon les auteurs. La musique pop s’est indexée sur la tonalité dominante d’un écosystème médiatique saturé par les nouvelles angoissantes. En s’infusant dans cette négativité ambiante, elle a perdu sa fonction de catharsis et se confond désormais avec le climat qu’elle décrit.

Le paradoxe des crises

Ce naufrage dans la mélancolie s’interrompt net dès que l’actualité vire au drame, c’est peut-être là le constat le plus contre-intuitif de cette étude. Que ce soit durant le 11 septembre 2001, la crise financière de 2008 qui a plombé des centaines de milliers de ménages ou la pandémie de COVID-19, aucun de ces événements n’a noirci davantage les textes des chansons les plus écoutées.

C’est même l’inverse qui s’est produit, une forme de découplage salvateur s’opérant entre la dureté du réel et la production artistique. Dans l’œil du cyclone, la musique délaisse son rôle de miroir passif pour redevenir un refuge. On pourrait presque parler de « dissonance émotionnelle » : face à une menace concrète, l’auditeur cherche, de cette manière, à neutraliser son angoisse en s’émancipant de l’actualité.

Bien sûr, les chercheurs restent prudents quant à leurs conclusions : ils font état ici d’observations statistiques et non d’une vérité biblique sur la causalité. Il n’existe pas de bouton « Crise » qui forcerait soudainement Taylor Swift ou Miley Cyrus à écrire un morceau en mineur. Néanmoins, à la lumière de ces conclusions, on aurait tort de considérer la pop comme un produit jetable ; elle mérite d’être lue comme un symptôme social, au même titre que d’autres productions culturelles de masse. Qu’elle s’appauvrisse pour ménager nos cerveaux déjà saturés ou qu’elle vire au noir pour épouser nos névroses, elle n’est finalement qu’une bande-son fidèle d’un siècle qui a mal à la tête.

  • Une étude analyse plus de 20 000 chansons pop des 50 dernières années, révélant une augmentation des paroles sombres et stressantes.
  • La musique pop s’est simplifiée, avec des structures répétitives et un vocabulaire appauvri, reflétant une société anxiogène.
  • Malgré des crises majeures, les textes des chansons ne deviennent pas plus sombres, signalant une dissonance entre réalité et expression artistique.

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