Alcool, sexe, drogue… À première vue, Euphoria a tout d’une série teenager à la Skins. Mais il n’en est rien. Alors que la saison 2 est en cours de diffusion sur HBO aux États-Unis, et OCS chez nous, la série prouve chaque semaine qu’elle va plus loin que cela. Les thématiques, sensibles, sont abordées crûment. Raison pour laquelle la série est interdite aux moins de 16 ans en France (et aux moins de 17 ans aux États-Unis).
Avec une protagoniste accro aux petites pilules et aux diverses poudres, il serait facile de penser que Euphoria fait l’apologie de la drogue. Mais en passant au-dessus des visuels esthétiquement plaisants et des maquillages sublimes, on se rend vite compte que la série tente de faire, si ce n’est le contraire de la glorification de la drogue, une représentation honnête(ment brutale) de l’addiction.
Euphoria : drogue, sexe et alcool au rendez-vous
Depuis le 9 janvier, Euphoria est de retour avec un épisode diffusé chaque semaine. Deux ans et demi après la diffusion de la première saison, à l’été 2019, la deuxième saison de la série de Sam Levinson bat son plein. Pour faire patienter les fans entre le deux saisons, la production de la série avait mis en ligne deux épisodes spéciaux en décembre 2020 et janvier 2021.
Zendaya (Spider-Man ; Dune ; Malcom et Marie), qui tient le rôle principal, incarne Rue Bennett, une lycéenne anxieuse et accro à la drogue après la mort de son père. Après avoir passé tout son été dans un centre de désintoxication suite à une overdose, Rue reprend le chemin du lycée, pleine de bonnes résolutions. Ou pas. Très vite, elle rencontre Jules Vaugh, qui vient d’arriver en ville après le divorce de ses parents. La vie de Rue, Jules et leurs potes est rythmée par des soirées qui conjuguent alcool, drogue et sexe. Mais, bien évidemment, cela va plus loin…
Pointée du doigt pour glorification de la drogue
Alors forcément, quand le personnage principal de la série est une adolescente qui vient de sortir de désintox, il est difficile de ne pas aborder le sujet des drogues. Certains pointent du doigt Euphoria, estimant que la série glorifie la prise de drogue.

Avec la diffusion de la deuxième saison en ce moment même, les polémiques s’accumulent. Euphoria serait-elle à l’origine de tous les maux ? L’association D.A.R.E est formelle : la série glamourise les drogues ainsi que d’autres sujets néfastes comme le sexe, l’alcool, la violence… Dans le même temps, on apprenait qu’une adolescente française de 16 ans avait fait une overdose “en voulant imiter Euphoria”. Enfin, sur TikTok, Lottie Moss, la demi-soeur de Kate Moss, blâme la série pour son retour en cure de désintoxication.
Mais dire que Euphoria fait la promotion de l’usage de drogues est délicat. Cela reviendrait à dire que les jeux vidéo, comme Grand Theft Auto, rendent violents, ce que l’on a entendu et lu en long, en large et en travers pendant plusieurs années. Ces accusations ont finalement été réfutées maintes fois.
Cependant, il est vrai que la photographie, les tenues et les maquillages de Euphoria peuvent éclipser le message de la série. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle est réservée à une audience “mature”. Zendaya est la première à le rappeler aux fans de la série sur Instagram.
Euphoria, une représentation honnête (et brutale) de l’addiction
À première vue, il est donc facile de se dire que Euphoria fait la glorification de la drogue. Mais en y regardant d’un peu plus près, est-ce vraiment le cas ? La série nous montre le parcours d’une adolescente toxicomane en proie à ses multiples démons. Son chemin est ponctué de hauts, très hauts, et des bas. Très bas.
Sam Levinson, créateur de la série et ancien toxicomane, a tenu à représenter l’addiction de manière réaliste. Cela passe par des scènes qui nous montre que la drogue, “c’est cool”. La série met en lumière les raisons pour lesquelles certaines personnes tombent dans la drogue et les sensations que cela leur procurent.
Pour illustrer cette idée, les scénaristes n’ont pas hésité à écrire des scènes démontrant les effets grisants de la drogue, grâce à la dopamine ou l’adrénaline. C’est d’ailleurs cette euphorie que recherche la protagoniste en se droguant. Cet état de sérénité et d’apaisement, qu’elle ne trouve pas autrement, lui permet de chasser ses démons.

Dire que Euphoria ne montre que le côté “cool” des drogues est donc réducteur. En réalité, la série nous montre aussi et surtout les mauvais côtés de l’addiction. Et c’est terrifiant. Si ces derniers étaient déjà mis en avant dans la première saison, la saison 2 de Euphoria ne fait pas dans la finesse quand il s’agit de dépeindre honnêtement les effets de l’addiction. Plus on avance dans la série, plus on assiste à la descente aux enfers de Rue, incapable de se sevrer.
L’épisode 5 de la saison 2, sorti ce dimanche 6 février 2022 sur HBO, en est la preuve ultime. Rythmé par des larmes, des cris et des menaces violentes, les producteurs nous montre les tréfonds de l’addiction, et ses conséquences terribles. La série dévoile des scènes très fortes, haletantes, portées par des acteurs extrêmement doués. Entraînée dans une spirale infernale, l’adolescente gâche sa vie, et celle de ses proches.
Par ailleurs, Euphoria réussit tout de même à humaniser les personnes dépendantes. Au milieu de ce chaos, il est difficile pour le téléspectateur de détester Rue puisque au-delà de la drogue et de ses effets, les auteurs abordent surtout la souffrance qui se cache derrière ce fléau.
Finalement, nous pouvons peut-être reprocher à Euphoria une honnêteté trop brutale concernant l’addiction. Mais cette honnêteté ne serait-elle pas la meilleure campagne de prévention ? Qui aurait envie de finir comme Rue ?
Euphoria fait-elle vraiment l’apologie de la drogue ?
En surface, Euphoria semble en effet faire l’apologie de la drogue avec des adolescents qui s’enfilent pilules et poudres dans une ambiance festive. On aurait finalement pu faire ce reproche à la première saison. Mais dans cette deuxième saison, les auteurs creusent davantage les raisons de l’addiction et, surtout, illustrent de manière brutale ses conséquences. En réalité, la série ferait même l’inverse d’une apologie de la drogue.
Par ailleurs, Euphoria n’est pas la première œuvre à parler de drogues et d’autres sujets sensibles. Avant elle, Skins, Breaking Bad et Californication mettaient en scène des personnages, eux aussi, en proie à la drogue, l’alcool et au sexe. À l’époque, ces séries n’avaient pourtant pas rencontré de polémiques aussi virulentes.
En définitive, montrer tous les aspects des addictions pourrait être un bon moyen d’éduquer les spectateurs plutôt que de les laisser dans des fantasmes. Ainsi, regarder Euphoria nécessite un certain recul pour saisir la profondeur du message qu’essaie de nous faire passer Sam Levinson.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.