Nous consommons l’eau du robinet sans aucune méfiance, surtout en France, où nous sommes connus pour disposer d’un réseau de distribution d’une propreté presque clinique. Il suffit de vérifier la carte interactive de la qualité de l’eau proposée par l’UFC-Que Choisir pour s’en rendre compte. Ce qui n’est pas forcément le cas de certaines eaux en bouteille, qui contiennent, encore de nos jour, des PFAS.
Toutefois, une nouvelle méta-analyse réalisée par des scientifiques de l’Institut Karolinska en Suède vient de remettre en question la sécurité des méthodes de désinfection utilisées depuis plus d’un siècle. Publiée au mois de janvier dans la revue Environmental Health Perspectives, l’équipe a passé au crible 29 études scientifiques, dont la plus récente date de l’année dernière. Leur travail s’est concentré sur l’évaluation des risques associés aux sous-produits générés lors de la chloration de l’eau et leurs effets potentiels sur 14 types de cancers différents et les résultats sont plutôt inquiétants.
Des molécules toxiques dans nos verres
Pour faire court, l’eau de votre robinet est d’abord prélevée dans la nature, puis traitée et purifiée au chlore dans des usines, avant d’être acheminée via un réseau de canalisations jusqu’à votre domicile. C’est au niveau de la phase de traitement que cela coince ; en effet, lorsque le chlore interagit avec les matières organiques présentes dans l’eau brute, il se forme alors des trihalométhanes (THM). Ce sont précisément ces composés qui se retrouvent au coeur des préoccupations.
Ces substances, reconnues comme cancérigènes chez les rongeurs, font encore l’objet d’un débat quant à leurs effets sur l’homme. Toutefois, Les résultats de cette méta-analyse apportent de nouveaux éléments au dossier, puisqu’elle a établit une corrélation entre l’exposition aux THM et un risque accru de pathologies cancéreuses spécifiques.
Les données révèlent que les personnes exposées aux concentrations les plus élevées de THM présentent un risque supérieur de 33 % de développer un cancer de la vessie et de 15 % pour le cancer colorectal, comparativement aux individus les moins exposés.
Fait particulièrement alarmant : ces risques augmentés apparaissent dès 41 parties par milliard (ppb), soit bien en deçà des limites réglementaires fixées à 80 ppb aux États-Unis et 100 ppb dans l’Union européenne. Les normes actuelles pourraient être insuffisantes pour nous protéger ? C’est bien possible.
Le prix de la désinfection
La chloration de l’eau, introduite au début du XXe siècle, reste objectivement une bénédiction. Grâce au chlore, nous avons pu éradiquer des maladies mortelles qui avaient toutes un lien avec les eaux souillées : la fièvre typhoïde et le choléra particulièrement.
Toutefois, cette avancée sanitaire pourrait avoir un coût, que nous payons aujourd’hui. « Ce que nous constatons est préoccupant et exige des recherches plus poussées et rigoureuses », a déclaré Emilie Helte, chercheuse principale, au Guardian. L’équipe scientifique précise néanmoins que les données recueillies ne permettent pas encore d’établir un lien de causalité direct entre la chloration et le cancer, qualifiant les preuves de « limitées mais suggestives ».
Existe-t-il des alternatives à la chloration ? Oui, même plusieurs : désinfection par UV (Ultraviolets), ozonation, dioxyde de chlore (ClO2), etc. Toutefois, le chlore reste la solution de désinfection la plus abordable ; il est peu cher, facile à manipuler et reste actif tout au long du réseau de distribution, c’est pourquoi il est aujourd’hui si largement utilisée. C’est pourquoi les chercheurs ne recommandent pas de cesser toute consommation d’eau du robinet, mais appellent à intensifier la recherche pour confirmer et mieux comprendre ces risques potentiels. Inutile de céder à la panique donc, mais il est clair que la sécurité de notre eau potable, que nous tenions pour acquise, mérite manifestement que l’on sy penche de plus près.
- Une étude suédoise révèle un lien entre les sous-produits de la chloration de l’eau potable (THM) et un risque accru de certains cancers.
- Ces risques apparaissent à des niveaux bien inférieurs aux seuils réglementaires en vigueur aux États-Unis et en Europe.
- Les chercheurs appellent à approfondir les recherches, mais ne recommandent pas d’arrêter la consommation d’eau du robinet pour autant.
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