Du 28 septembre au 6 octobre se tenait la Paris Fashion Week (ou Semaine de la mode de Paris en bon français), l’un des défilés de mode les plus prestigieux au monde, fondé en 1973. C’est à ce moment-là que les plus grandes marques de luxe présentent leurs collections printemps-été au moment où les boutiques mettent en rayon les pièces automne-hiver. Un événement qui a lieu tous les six mois et où les invités, lors de l’édition de la rentrée, servent de vitrines ambulantes en arborant, en temps normal, les manteaux, les mailles et les cuirs qu’ils viennent d’acheter.
Sauf que cette année, après l’été infernal que nous venons de vivre, classé comme étant le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900, ce rituel automnal a été quelque peu perturbé. Les températures ont grimpé jusqu’à 28 °C pendant les défilés, et le thermomètre parisien affichait encore 27 °C le 29 septembre à 16 heures selon Météo-France. C’est en débardeurs, en jupes courtes, chemises en popeline oversized et en sandales que la majorité des convives s’est présentée aux premiers rangs, boudant les collections saisonnières : une cuisante défaite pour le marketing des maisons de prêt-à-porter.
Malaise sous les projecteurs : la chaleur gâche la fête
Organisé par Jonathan Anderson, couturier nord-irlandais, le défilé printemps-été de Dior s’est déroulé le 29 septembre dans le jardin des Tuileries. La marque avait fait installer une structure éphémère pour que ses mannequins puissent se montrer et y avait même installé des ventilateurs au plafond pour essayer de brasser de l’air frais. Malgré cela, certains invités se sont tout de même entêtés à venir assister au défilé habillés en vêtements d’automne, mais ils ont dû quitter les gradins tant la chaleur était suffoquante.
Chez Louis Vuitton, qui clôturait la semaine le 6 octobre, la plupart des spectateurs n’arboraient aucune tenue adaptée à l’automne, et les manteaux étaient quasiment absents des premiers rangs. Nicolas Ghesquière, directeur artistique de la ligne féminine, a d’ailleurs reconnu que les vagues de chaleur record en Europe avaient exercé « une forte influence » sur sa dernière collection, centrée sur des tissus aérés et des coupes fines. « L’objectif était de concevoir des vêtements qui ressemblent presque à des maillots de bain, comme une seconde peau », a-t-il déclaré après le défilé.
Suzy Buckley Woodward, entrepreneuse dans la mode et fondatrice de SHAPOH.com, conviée au défilé de Louis Vuitton, n’en revenait pas. « Je n’arrive pas à croire qu’on soit en octobre, à Paris, et que je regrette de ne pas avoir emporté mes vêtements d’été depuis Miami », confie-t-elle.
Pau Almar, consultant dans le commerce de détail et ancien cadre chez Zara pendant dix ans, souligne : « L’ensemble de l’industrie devrait réaliser qu’avec le changement climatique et les températures plus élevées, la période de vente des manteaux s’est décalée dans le temps. » Une évidence pour le commun des mortels, mais pour l’industrie du luxe, intégrer cette réalité implique de refondre complètement leur calendrier de production, pour certaines maisons, vieux de plus d’un demi-siècle.
En effet, les pièces chaudes (manteaux, doudounes, vestes doublées, parkas) sont les articles à plus forte rentabilité pour les distributeurs. Si les températures tardent à descendre, les consommateurs seront forcément poussés à attendre les soldes de fin novembre pour renouveler leur garde-robe. Le risque étant, à terme, que les stocks d’invendus débordent et qu’ils soient obligés de rogner sur leurs marges dans leur segment le plus rentable du secteur.
Cela dit, soyons réalistes : nous ne verserons pas une larme pour des conglomérats qui pèsent plusieurs centaines de milliards de dollars de capitalisation boursière et dont l’activité annuelle dépasse le PIB de certains pays. LVMH, Kering, Hermès, Chanel et les autres sauront parfaitement s’adapter et continueront de vendre leurs vêtements au prix fort, ils en ont largement les moyens. C’est, finalement, un non-sujet ; le réchauffement climatique est une crise civilisationnelle d’une toute autre ampleur que les petits désagréments logistiques de cette industrie, qui demeure l’une des plus polluantes de la planète.
- La Paris Fashion Week a été perturbée par des températures élevées, atteignant jusqu’à 28 °C, rendant inadaptées les collections automne-hiver.
- Les invités ont majoritairement opté pour des vêtements d’été, soulignant l’impact du réchauffement climatique sur l’industrie de la mode.
- Les marques devront repenser leur calendrier de production face aux changements climatiques.
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