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Fintech

PayGreen : « créer le premier établissement de paiement à impact positif »

Face à Stripe, PayPal et les banques traditionnelles, comment arriver à faire sa place quand l’on est en passe de devenir un établissement de paiement ? PayGreen joue la carte de l’impact positif, de l’environnement et de la solidarité.

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PayGreen equipe
© PayGreen

Avec la « fintech for good », Nicolas Weissleib se réjouit de voir que l’impact écologique devient une vraie transversale dans les critères d’achat. Avec deux associés, il a créé une solution de paiement « à impact positif » baptisé PayGreen, qui compte à la fois jouer sur le caractère social et environnemental pour donner un nouveau sens à nos achats, et améliorer la RSE des entreprises.

Face à des concurrents puissants (les banques traditionnelles, PayPal ou encore Stripe), PayGreen se voit une carte à jouer. La période est cruciale : l’entreprise vient de boucler son troisième tour de table en vue d’obtenir son agrément d’établissement de paiement, et planifie déjà une quatrième levée de fonds bien plus importante. Notre interview de Nicolas Weissleib, son co-fondateur et directeur de l’exploitation.

Presse-citron : PayGreen est une solution de paiement en ligne « à impact positif ». Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?

Nicolas Weissleib

Nicolas Weissleib © PayGreen

Nicolas Weissleib : PayGreen est une solution de paiement qui permet aux consommateurs et aux marchands de faire en sorte que chaque transaction ait un impact positif. Nous proposons tous types de paiements, que ce soit les paiements comptants, les abonnements, les paiements en trois fois, etc. Et nous travaillons à la fois avec les cartes bancaires comme moyen de paiement, mais également l’ensemble des titres restaurants du marché.

À côté de cette partie financière classique, PayGreen se distingue par sa volonté de transformer chacune de ces transactions en un impact positif. Pour cela, nous proposons plusieurs outils. Le premier s’appelle « L’Arrondi en ligne », qui est un arrondi solidaire, et qui permet de récupérer un capital qui sera ensuite partagé du marchand vers une association qu’il aura précédemment sélectionnée dans son back-office PayGreen. Il s’agit de notre partie sur l’impact social, et l’autre outil nous permet d’avoir cette fois-ci un impact environnemental.

Ce second outil s’appelle « TREE », et il s’agit d’un algorithme de compensation carbone des ventes en ligne. C’est la partie qui est la plus innovante chez PayGreen. Nous l’avons présenté au CES de Las Vegas de 2018 et nous le développons aujourd’hui avec plusieurs partenaires. Cet algorithme vient calculer l’ensemble de l’impact carbone d’un achat en ligne. À la fin du parcours d’achat, le consommateur ou le marchand (au choix de la marque), pourra reverser une contribution à un projet bas carbone et réducteur de ses émissions.

À la fin du parcours d’achat, on pourra reverser une contribution à un projet bas carbone et réducteur de ses émissions

L’idée principale de PayGreen est de réconcilier la raison sociale des entreprises (RSE) avec ses relations clients, en intégrant dans le parcours d’achat des outils qui permettent de choisir son impact, à la fois social et environnemental. Pour une fois, la RSE des marques connaît davantage d’interactions avec la clientèle, qui n’est plus simplement spectatrice de celle-ci. Nous voulons lui redonner de la valeur, en la plaçant dans le parcours d’achat, et en donnant au marchand comme au client la transparence pour avoir un impact positif.

Presse-citron : Vous avez pour objectif de faire de chaque transaction un impact positif sur la société et l’environnement. Est-ce que cela implique une sélection les e-commerçants avec qui vous travaillez ? Faites-vous un audit de sa chaîne logistique ?

N.W. : Nous n’avons pas vocation à filtrer les marchands. Forcément, les entreprises qui sont déjà positionnées sur une activité vertueuse comme des produits bio ou de l’éco-tourisme, seront plus enclin à travailler avec un PayGreen qu’un Stripe par exemple. Mais pour ceux qui ne sont pas positionnés sur l’impact positif dans leur activité, et qui ont envie de faire évoluer leur activité économique, notre solution de paiement embarque nativement dans son back-office l’ensemble des outils pour atteindre cet impact positif sur leur site internet.

Pour votre seconde question, il faut savoir que nous avons accès à toute la data. Sur la partie informatique, nous arrivons à calculer le temps passé sur la page web par le client, le poids de cet affichage ainsi que les requêtes serveur au moment du paiement. Sur la partie du produit en lui-même, nous prenons en compte son poids ainsi que celui de son colis, son point de départ et d’arrivée, et tout cela en fonction du transporteur – qui sont légalement obligés de faire le calcul de leur impact carbone.

Nous sommes en train de travailler sur un « porte-monnaie vert » pour les consommateurs. Il s’agira d’une sorte de tableau de bord reprenant l’ensemble des transactions des clients pour leur donner un aperçu de l’impact carbone de leurs achats. À la différence de ce qui est aujourd’hui proposé sur le marché, PayGreen est directement en contact avec les marchands, ce qui permet de récupérer l’information réelle sur le stock et avoir un contenu beaucoup plus détaillé des émissions carbone dans l’environnement de sa commande.

Presse-citron : Une fois que le client réalise sa transaction, lui ou le marchand découvrent le bilan carbone de l’opération. Comment leur proposez-vous ensuite de rendre la transaction « neutre » en carbone ?

N.W. : Après avoir présenté l’impact carbone, nous proposons à la marque deux options. Elle peut faire d’elle-même une contribution dans un projet bas carbone et réducteur des émissions, ou bien faire en sorte que ce soit son client qui puisse le faire. Généralement ce sont plutôt les marques qui s’y consacrent, et utilisent leur budget RSE pour le financer.

Notre compteur recense le nombre de kilogrammes qui sont compensés en temps réels, et tous les mois ou tous les trimestres, les marchands font leur contribution à un projet éco-responsable – à la hauteur de l’impact carbone affiché.

TREE PayGreen

© PayGreen

Presse-citron : Vous venez de réaliser votre troisième levée de fonds, s’élevant à 1,5 million d’euros. Mais une quatrième  « très significative » va arriver avant la fin de l’année. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’utilité de cet argent frais ?

N.W. : Nous venons de réaliser une troisième levée de fonds pour aller chercher l’agrément d’établissement de paiement auprès de l’ACPR. Nous allons l’obtenir cette année et l’objectif est de créer le premier établissement de paiement à impact positif. Nous serons beaucoup plus autonomes de ce fait, avec des wallet développés de façon totalement indépendante des actuels partenaires sur lesquels nous sommes obligés de nous reposer aujourd’hui.

Une plus grosse levée va arriver – qui sera beaucoup plus importante – et qui pourra nous aider à nous développer dans des écosystèmes beaucoup plus larges – au niveau européen et bancaire. Nous sommes 23 salariés qui travaillons en totale autonomie, avec plus de 450 % de croissance. L’objectif désormais est de réussir à scaler notre modèle en réalisant une levée bien plus importante pour développer des solutions à l’ensemble du marché européen. Nous partirons donc davantage en Europe quand nous aurons notre agrément.

Nous aider à nous développer dans des écosystèmes beaucoup plus larges – au niveau européen et bancaire.

Presse-citron : Après les TPE et les PME, voulez-voulez plaire désormais à des acteurs plus gros ? Comment comptez-vous vous y prendre, et quels sont les freins de plus grosses entreprises avec ce genre de solutions ?

N.W. : En général, l’un des premiers critères pour les entreprises est, malgré tout, les coûts. Les plus gros marchands possèdent leurs propres solutions de paiement, généralement la banque. Ils regardent avant tout la tarification des solutions, qui aura un impact sur leur activité au niveau comptable.

Mais nous pouvons leur plaire grâce à nos deux outils qui nous permettent de réaliser un impact positif sur les achats et les transactions, ainsi que nos types de paiements acceptés. Nous sommes l’une des solutions de paiements les mieux dotées sur la verticale de la restauration. On a effectivement intégré tout le réseau de tickets restaurant. Ça nous a permis de travailler avec beaucoup d’acteurs, dont l’ensemble du réseau franchisé classique, mais également des entreprises plus jeunes comme FoodChéri.

Nous sommes l’une des solutions de paiements les mieux dotées sur la verticale de la restauration

Avec tous ses moyens de paiement et ses outils, les clients qui choisissent PayGreen peuvent ainsi avoir une intégration complète et facile, qui regroupe l’ensemble des encaissements sur un seul et même back-office. D’un point de vue coût et comptabilité, la solution est intéressante, et peut attirer des grands acteurs historiques et d’affilier des grandes marques.

PayGreen

© PayGreen

Presse-citron : Et donc face à des géants comme PayPal, Stripe, ou même les banques traditionnelles, est-ce que vous pensez que la « fintech for good » pourra avoir sa carte à jouer ?

N.W. : Oui, à partir du moment où l’on est à la hauteur sur la partie fintech. La partie « for good » pourra exister si et seulement si nous sommes performants sur la partie paiement, tarifs et intégration. À partir de là, on peut arriver à faire basculer un paiement vers un PayGreen plutôt qu’un Stripe, parce qu’ils n’ont pas les moyens de paiement nationaux, parce qu’ils ont des coûts assez élevés, et parce qu’ils n’ont pas nos outils solidaires et durables. C’est donc tout à fait possible.

On peut arriver à faire basculer un paiement vers un PayGreen plutôt qu’un Stripe

Presse-citron : En 2018, vous annonciez avoir l’objectif d’atteindre les 500 millions d’euros de transactions durant les quatre prochaines années. Est-ce toujours d’actualité ? Vous êtes-vous fixé de nouveaux objectifs ?

N.W. : Notre objectif est d’arriver au minimum à 150 millions d’euros de transaction cette année, ce qui devrait être dépassé. Nous n’avons pas changé notre objectif du demi-milliard, et notre tendance de croissance nous permettra de l’atteindre.

Presse-citron : Dernière question suite à l’actualité, Bpifrance fera une annonce sur ses investissements propres, le 7 avril prochain. La banque dit avoir augmenté de 30 % ses investissements dans des projets éco-responsables en 2019. Est-ce que vous aussi de votre côté des indicateurs vous rendent optimistes ?

N.W. : Clairement oui. Je suis content parce que la société a un certain âge, et nous avions pris ce positionnement depuis quelques années maintenant. Nous avons vraiment vu cette évolution du marché, et tout a bougé. Les investissements publics pour le green, à travers la Banque publique et d’investissements, sont aujourd’hui comparables aux tendances des fonds d’investissement. À l’inverse, il y a deux ans, les grands fonds n’avaient pas beaucoup de dossiers, et les subventions étaient moins nombreuses.

Aujourd’hui, les activités vertueuses deviennent un standard. Que ce soit l’économie circulaire, l’impact investing, etc, on voit que cette tendance du green devient une vraie transversale – une nouvelle vague grâce à l’opinion publique qui change en grande partie. Les indicateurs sont aujourd’hui bien plus nombreux, et on en parle plus seulement du trou dans la couche d’ozone. Aujourd’hui, la question de l’empreinte carbone est une question très transversale, et doit faire partie des critères d’achat.

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