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Peut-on prévenir Alzheimer avant qu’il ne commence ? Des chercheurs y croient enfin

Les recherches sur la maladie d’Alzheimer franchissent un nouveau cap.

Parmi les pathologies neurodégénératives, la maladie d’Alzheimer reste l’une des plus redoutées de notre siècle. La recherche médicale s’est éparpillée pendant plusieurs dizaines d’années à son sujet, mais s’est engagée aujourd’hui sur une voie encore peu explorée : l’intervention avant même que les premiers signes cliniques n’apparaissent.

L’équipe de l’École de médecine de l’Université de Washington a mené une étude visant à tester l’efficacité d’un médicament, le gantenerumab, chez des personnes porteuses d’une forme héréditaire d’Alzheimer. Cette variante génétique condamne les patients à développer la maladie entre 30 et 50 ans, avec une certitude presque absolue. Ces personnes vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête : elles savent parfaitement qu’elles perdront progressivement leurs souvenirs, leur autonomie et finalement leur identité. C’est précisément pour eux que cette avancée pourrait changer la donne.

La guerre contre les protéines toxiques du cerveau

Que se passe-t-il exactement dans le cerveau d’une personne atteinte d’Alzheimer ? Pensez à votre cerveau comme à une ville bien organisée. Chez les malades atteints, des « déchets » s’accumulent, que l’on appelle plaques amyloïdes. Ces plaques bloquent les communications entre les quartiers de cette ville. Le gantenerumab, agit comme une équipe de nettoyage spécialisée, conçue pour éliminer ces déchets avant qu’ils ne provoquent des dégâts irréversibles.

Concrètement, cet anticorps de laboratoire cible spécifiquement la protéine bêta-amyloïde, l’un des deux principaux coupables de la maladie. Chez les personnes atteintes, cette protéine s’accumule dans le cerveau, formant des agrégats robustes qui finissent par envahir l’organe cérébral.

Jusqu’à présent, les tentatives pour combattre ces plaques ont connu de nombreux échecs. Plusieurs médicaments anti-amyloïdes, y compris le gantenerumab lui-même, ont montré des résultats prometteurs lors des phases initiales, pour ensuite décevoir dans des essais plus vastes. Le laboratoire pharmaceutique Roche a même abandonné le développement du gantenerumab fin 2022, après l’échec de deux essais cliniques d’envergure.

La stratégie préventive : frapper avant que la maladie ne s’installe

C’est là que l’histoire devient intéressante ; plutôt que d’abandonner, les chercheurs de l’Université de Washington ont émis cette hypothèse : et si nous intervenions avant même l’apparition des symptômes ? Dès 2012, ils ont lancé des essais préventifs ciblant des personnes porteuses du gène défectueux. Lorsque l’étude originale sur le gantenerumab s’est achevée en 2020, les chercheurs ont constaté une réduction des niveaux d’amyloïde chez les participants – un premier signe encourageant. Une question restait néanmoins en suspens : cela retarderait-il vraiment l’apparition des symptômes ?

Les résultats publiés ce mercredi dans la revue The Lancet Neurology ont enfin apporté un début de réponse. Dans un sous-groupe de 22 patients traités pendant environ huit ans, le médicament semble avoir réduit de 50 % le risque de développer des symptômes. « Les participants à cette étude étaient tous génétiquement prédisposés à la maladie d’Alzheimer, et certains n’ont pas encore de symptômes », a déclaré le professeur Randall J. Bateman de l’Université de Washington dans ce communiqué. « Nous ignorons encore combien de temps ils resteront sans symptômes – peut-être quelques années ou peut-être des décennies ».

Cependant, gardons-nous de crier victoire trop rapidement : l’échantillon est restreint (73 patients au total), et les résultats, bien qu’encourageants, ne sont pas encore statistiquement significatifs. Environ un tiers des patients ont développé des anomalies cérébrales temporaires, et deux d’entre eux ont présenté des complications plus sérieuses qui ont nécessité l’arrêt du traitement.

Les premiers rayons d’espoir après une longue nuit

Malgré ces limitations, cette étude est un pas de géant ; pour la première fois, nous avons des preuves cliniques suggérant qu’il pourrait être possible d’intervenir avant que cette maladie dévastatrice ne s’installe. « Nous savons déjà, grâce aux données sur d’autres médicaments similaires comme le lecanemab et le donanemab, que les anticorps anti-amyloïdes peuvent ralentir la progression de la forme commune d’Alzheimer », a expliqué Sam Gandy, directeur associé du Centre de recherche sur la maladie d’Alzheimer à Mount Sinai (New York). « Cette nouvelle étude démontre qu’un phénomène similaire pourrait fonctionner pour l’Alzheimer précoce », conclut-il.

Des essais préventifs sont actuellement en cours pour les formes précoces et classiques d’Alzheimer, notamment plusieurs menés par l’Université de Washington. Ces essais testent des médicaments qui pourraient garantir une protection encore plus importante que le gantenerumab.

Les familles touchées par l’Alzheimer le savent bien : quand le diagnostic tombe, il est déjà trop tard pour empêcher les dégâts. Ces nouvelles recherches leur offrent donc une lueur d’espoir inestimable. Le rêve de nombreux neurologues pourrait devenir réalité : identifier les personnes à risque et agir avant les premiers oublis, avant les premiers égarements. Un jour peut-être, des millions de personnes pourront continuer à vivre normalement grâce à ces traitements préventifs, sans jamais connaître le triste déclin qui caractérise cette maladie. Nous n’y sommes pas encore, mais pour la première fois depuis longtemps, la science nous donne de vraies raisons d’y croire.

  • Une étude récente suggère qu’un traitement administré avant l’apparition des signes cliniques d’Alzheimer pourrait retarder le développement de la maladie chez les personnes génétiquement à risque.
  • Le médicament testé ; le gantenerumab ; cible l’une des causes soupçonnées de la maladie et a montré des résultats encourageants sur un petit groupe de patients suivis sur plusieurs années.
  • Bien que les données soient encore limitées, cette approche préventive représente une avancée très importante dans la lutte contre cette pathologie.

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Par : Gouvernement français
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