Une pluie de nouvelles réalités : AR, VR, MR… de quoi parle-t-on exactement ?

Au printemps dernier ce fut Google, puis cet été Facebook, à la rentrée Apple, à l’automne Microsoft : les annonces des GAFAM fusent pour se positionner sur le sujet des technologies immersives ! Mais de quoi parle-t-on exactement ?

réalité virtuelle

Emmanuel LongereArticle rédigé par Emmanuel Longère, consultant chez Equancy, cabinet de conseil en stratégie et innovation dans les domaines de la communication et du marketing.
Cet article s’inscrit dans notre rubrique « Paroles de Pros » dans laquelle des acteurs réputés du numérique prennent la parole sur des sujets liés à l’impact d’internet et des nouvelles technologies sur nos modes de vie.
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Entre un Tango et une Daydream avec Google, une vente Rift et un casque Go avec Facebook, des MacOS Sierra et des iPhones augmentés chez Apple, voire des hologrammes et un Windows 10 mixed reality avec Microsoft, il y a de quoi se perdre… Alors, on s’accroche, prêt pour le décollage virtuel !

Faisons le point : AR, VR, MR… de quoi parle-t-on ? Une question d’immersion…

La réalité augmentée (AR) : ajouter un filtre digital sur le monde réel

L’exemple le plus évocateur est le filtre Snapchat qui permet d’ajouter sur son visage des masques d’halloween (digital), se prendre en photo ou en vidéo avec, puis partager ! C’est l’équivalent d’un effet spécial au cinéma, une image de synthèse apposée sur une image réelle, mais calculée en temps réel. Cette rapidité de calcul renforce l’illusion que l’image de synthèse est présente, qu’elle existe, et apporte un premier niveau d’immersion.

Depuis cet été, l’AR est proposée en natif sur les smartphones et tablettes iOS et Android (grâce aux dev tools : ARKit / ARCore), et on voit foisonner des dizaines d’applications. Par exemple dans le Retail : Ikea, Amazon, Leroy Merlin, Target, WayFair, Anthropologie ont tour à tour annoncé l’inauguration d’une fonctionnalité AR dans leur application mobile. Désormais, depuis mon salon je peux visualiser un modèle de canapé, de fauteuil ou de bureau, en taille réelle, pour mieux m’inspirer et me rendre compte du résultat. La réalité augmentée s’immisce aussi dans la navigation (se repérer dans un aéroport, un grand magasin) et dans la gamification (phénomène Pokémon Go), avec un fort potentiel commercial et social (viral).

Pour le BtoB, un écosystème d’applications se construit autour de l’assistance, la maintenance et la collaboration, pour accompagner et améliorer la productivité des professionnels. Cependant, comme les supports sont un peu différents (lunettes de réalité augmentée, et autres techniques dites « holographiques ») nous développons cette partie plus bas, sous la dénomination de réalité mixte (MR).

La réalité virtuelle (VR) : immerger un utilisateur dans un monde virtuel, coupé du réel

Par exemple, avec un casque de réalité virtuelle, je peux avoir la sensation d’être transposé dans une contrée lointaine, exotique, réelle ou imaginaire, alors que je suis ‘en réalité’ toujours dans mon environnement. La vertu de cette technologie est d’avoir un fort impact mémoriel, car elle fait appel à notre mémoire visuelle (cf. la topomnèse, ou le « palais de mémoire » pour les plus avertis, un moyen mnémotechnique pour mémoriser grâce à un lieu), et aussi parce qu’elle nous fait interagir (« on apprend mieux en faisant »).

En BtoB, plusieurs entreprises ont ainsi conçu des expériences de réalité virtuelle pour la formation métier comme UPS .

En BtoC, on trouve des cas d’usages sur le Brand Content et le Storytelling. Les possibilités pour raconter de nouvelles histoires, ou bâtir un univers de marque, sont effectivement sans limites (exceptées celles de votre salon). Dans l’automobile par exemple, Mercedes m’emmène dans la montagne pour découvrir la vie de Loki, le chien-loup des montagnes du Colorado. En une seconde je me retrouve assis confortablement dans un SUV au beau milieu de la neige, Loki à mes côtés. Résultats, des millions de vues et un taux d’engagement sur les réseaux sociaux qui montent en flèche !

La réalité mixte (MR) : la fusion du réel et du virtuel

Le nombre de déclinaisons de l’AR/VR abondent, mais parlons tout de même de l’entre-deux. La réalité mixte est en fait une réalité augmentée plus immersive, ou une réalité virtuelle qui ne me coupe pas totalement du réel. Par exemple, avec des lunettes de réalité mixte, je peux avoir l’impression de pouvoir placer des hologrammes dans mon environnement (et donc l’augmenter). La petite différence est que l’on parle d’hologrammes, c’est d’ailleurs le nom que porte le casque de Microsoft : Hololens. C’est un outil merveilleux en BtoB pour la conception (architecture, automobile), et le travail opérationnel (aéronautique, maintenance). Par exemple dans l’automobile cela permet à Ford d’éviter de construire des maquettes grandeur nature, et de placer un modèle en taille réelle (mais « holographique ») devant soi, et de collaborer à plusieurs dessus. Économies de temps et d’argent !

En BtoC, le retailer Lowe’s aux Etats-Unis propose aussi cette solution à ses clients pour les aider à imaginer leur prochaine cuisine. Des blocs neutres sont installés en magasin, et le client peut enfiler un casque et placer des hologrammes à tout va sur ces blocs (changer les couleurs, ajouter des tiroirs, des plaques de cuissons, etc.), et en même temps, il peut toucher chaque élément de ses mains (ouvrir le frigo par exemple !).

La réalité virtuelle et la réalité augmentée sont trop souvent amalgamées, à tort. Au-delà des différences technologiques, des écarts en matière d’adoption existent. Dans son cycle de la hype qui analyse le degré de maturité des technologies émergentes, la courbe de Gartner considérait cet été que la réalité virtuelle est au coeur de la ‘pente de l’illumination’ (sur le point d’atteindre le plateau de productivité), c’est-à-dire qu’elle devrait devenir grand public dans deux à cinq ans. Et contrairement aux apparences, la réalité augmentée vit actuellement la fameuse crise de désillusion. À voir où se situera la réalité mixte, une réalité augmentée davantage réservée aux professionnels dont les usages et la rentabilité sont déjà plus prévisibles et évidents.


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