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« Plus aucun code écrit à la main » : Epic Games veut placer l’IA au cœur du développement de son futur jeu Marvel/Star Wars

Dégager manu militari un millier de développeurs au mois de mars et confier leur boulot à l’IA à peine sept mois plus tard : on peut dire qu’Epic Games ne manque pas de toupet et est visiblement prête à tout pour accoucher de son futur shooter.

Epic Games, studio derrière le célèbre Fortnite, avait tissé un partenariat avec Disney en février 2024 pour développer un jeu de tir mêlant les univers de Star Wars et Marvel. Le projet, toujours sans nom, devait normalement sortir en mars 2027, mais a été repoussé sans nouvelle date à l’horizon, en raison, selon des informations de Bloomberg, d’un développement plus lent que prévu et d’effectifs insuffisants. Mais ce n’est pas la nouvelle la plus préoccupante : d’après cette même enquête publiée le 12 octobre, basée sur des messages internes consultés par le média et des témoignages de personnes proches du projet, Epic Games a imposé une nouvelle consigne à ses équipes, qui risque de faire jaser. L’entreprise, pour continuer le développement du jeu, ne veut « plus aucun code écrit à la main » et des assets graphiques « générés via des workflows entièrement pilotés par l’IA », notamment le modèle Claude d’Anthropic.

Un porte-parole de l’entreprise, a confirmé cette nouvelle orientation radicale dans un communiqué : « Nous adoptons pleinement le développement accéléré par l’IA, sous la conduite des développeurs d’Epic, qui sont les visionnaires et le moteur créatif de tout ce que nous accomplissons ». Epic Games chercherait-elle une solution miracle pour terminer coûte que coûte son jeu sans avoir à réembaucher d’employés ?

Epic Games face à la controverse : la création humaine est-elle en danger ?

Tim Sweeney, patron d’Epic Games et fanatique absolu de « vibe coding » (génération intégrale de code source via des agents IA dirigés par de simples consignes en langage naturel), a renchéri sur X peu après la publication de Bloomberg. « Nous opérons une réorientation majeure chez Epic, en réaffectant des développeurs pour nous restructurer en vue d’une accélération maximale par l’IA. L’objectif n’est pas de faire la même chose avec moins de monde, mais de permettre à chacun ici de créer plus et mieux, et de faire profiter de ces avancées à toutes les équipes qui utilisent Unreal [NDLR : moteur graphique maison d’Epic Games]. »

Sweeney prône activement l’intégration de l’IA générative dans les moteurs et la production de jeu vidéo. En juin 2025, lors d’une interview accordée à IGN, il estimait que l’IA permettrait de créer des jeux offrant « la possibilité de dialogues infinis » et que « de petites équipes pourront créer des jeux avec une quantité immense de personnages et de mondes interactifs ». Un militantisme quasiment aveugle si on le compare à d’autres acteurs de l’industrie, comme Razer.

Quelques mois plus tard, au mois de novembre, il a adressé de violentes critiques à Steam quant à son système d’étiquetage qui oblige les développeurs à signaler sur la fiche de leur jeu toute utilisation d’IA générative dans les contenus vendus aux joueurs. Un système qui n’a, selon lui, « aucun sens » puisque la technologie « sera impliquée dans quasiment toute la production à venir ». Pour un ancien mordu de programmation et d’architecture logicielle, qui a entièrement écrit à la main la première version de l’Unreal Engine, c’est une trahison en bonne et due forme de ses propres origines.

Un discours d’autant plus difficile à entendre quand on sait qu’Epic Games a mis à la porte, le 24 mars 2026, plus de mille personnes, soit un cinquième de l’entreprise. Dans sa note interne, il garantissait que « les licenciements n’étaient pas liés à l’IA » et voilà que quelques mois plus tard, ceux qui ont survécu à la purge reçoivent l’ordre de ne plus coder à la main. Sweeney ne tenterait-il pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ?

L’entreprise s’était défendue en arguant que ces départs étaient dus à une « baisse de l’engagement [des joueurs] sur Fortnite ». Stephanie Arnette, responsable du développement externe du jeu, avait, elle aussi, tenté de calmer le jeu après les licenciements : « Je sais que la plus grande peur de tout le monde, c’est “Oh mon Dieu, l’IA va prendre tous nos emplois.” Ce n’est pas notre objectif. L’objectif est de nous rendre plus efficaces ». Si les deux décisions sont réellement indépendantes comme Sweeney le prétend, la coïncidence est un peu trop belle pour être vraie.

Stats Fortnite
Quoi de plus normal que ce graphique pour un jeu comme Fortnite ? © Fortnite.gg

En fouinant un peu sur le site Fortnite.gg (voir ci-dessus), qui tire ses chiffres de l’API d’Epic, on constate que Fortnite attire les joueurs par vagues saisonnières : 2,8 millions en pic en mars, 4,8 millions en juin (+150 %), 4,6 millions en août (+102 %) et de nouveau 2,3 millions en octobre, en hausse de 16 % sur septembre. Un yoyo prévisible pour un jeu pensé comme un « game as a service », qui a, certes, ralenti par moments, mais qui continue à carburer plus fort que l’écrasante majorité de la production vidéoludique mondiale.

Un crash-test très coûteux

Pour revenir sur le sujet de l’IA générative, l’unique expérience d’Epic fut tout simplement catastrophique : en mai 2025, Dark Vador (présent dans Fortnite) avait été doté d’une IA conversationnelle permettant aux joueurs de lui parler directement en partie, propulsée par le modèle Gemini 2.0 de Google et la synthèse vocale d’ElevenLabs, reproduisant la voix du regretté James Earl Jones.

En quelques heures à peine, des joueurs ont réussi à lui faire débiter des grossièretés, des insultes homophobes et des propos racistes en pleine partie, devant une audience dont une part considérable est composée de mineurs. Un correctif d’urgence a été déployé dans la journée : un fiasco qui se passe de commentaire.

Aucun studio dans l’industrie n’a encore tenté le pari de faire de l’IA le socle d’un futur AAA, Epic sera le premier. Sur un projet, qui lui a, qui plus est, été financé par un investissement de 1,5 milliard de dollars de Diney, exploitant Marvel et Star Wars, deux des franchises les plus surveillées de la planète, dont les ayants droit ne tolèreront pas la moindre approximation sur le respect de leur propriété intellectuelle ou la qualité du rendu. Si Epic Games sort une bouse générique truffée de bugs, c’est sa réputation que Sweeney aura mise en jeu, mais également celle de ces deux licences phares. On souhaite sincèrement à Epic de réussir, non pas par sympathie pour Sweeney, mais parce qu’un échec de cette ampleur pourrait enterrer pour des années toute tentative sérieuse d’intégrer l’IA au pipeline de développement des studios, y compris les usages véritablement utiles.

  • Epic Games remplace le code écrit à la main par des solutions basées sur l’IA pour son futur jeu mêlant Marvel et Star Wars, suite à des licenciements massifs.
  • Le développement du jeu a été retardé, et la direction de l’entreprise insiste sur des gains d’efficacité grâce à l’IA malgré des expériences précédentes controversées.
  • Cette stratégie soulève des inquiétudes quant à la qualité et à la créativité dans le développement de jeux vidéo, avec des enjeux élevés pour la réputation d’Epic.

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