Il était resté bloqué pendant 40 ans au fond de la mer de Weddell (Antarctique, dans le quadrant de l’Océan Atlantique Sud), puis s’était dégagé de ces fonds marins assez récemment (2023-2024). L’iceberg A23a, plus grand iceberg actuellement en dérive que l’humanité n’ait jamais observé, est en train de disparaître à une vitesse fulgurante.
Ce mastodonte s’est retrouvé, au fil de sa migration, au contact des eaux chaudes de l’Atlantique Sud. Un violent rappel que ces colosses de glace, si gros et anciens soient-ils, ne pèsent plus grand-chose face au réchauffement climatique.
Quand le réchauffement climatique vient à bout d’un géant de glace
A23a s’est détaché pour la première fois de la plateforme de glace de Filchner-Ronne en 1986 (côté atlantique de l’Antarctique), il s’étendait sur près de 3 700 km² (près de 36 fois la ville de Paris). Sa masse dépassait les mille milliards de tonnes (l’équivalent de 100 millions de Tours Eiffel, pour continuer les comparaisons parisiennes) ; il était trop massif et sa base raclait les fonds marins.
Ce gabarit exceptionnel lui a valu de rester immobilisé dans la mer de Weddell pendant près de quatre décennies, un record de longévité pour un iceberg de cette taille.
L’année 2020 fut pour A23a celle d’un autre départ : il a d’abord été libéré du fond marin où il était échoué. Après plusieurs arrêts temporaires, il fut piégé dans un tourbillon océanique appelé Taylor column, et a fini par dériver vers le nord en 2023 pour franchir une frontière océanographique très importante. La vidéo ci-dessous montre une partie de sa trajectoire à partir de 2022.
Il est passé des eaux polaires en permanence proches de 0 °C, aux eaux subantarctiques, plus chaudes de plusieurs degrés. Un petit écart thermique, largement suffisant pour déstabiliser un iceberg, même de cette taille.
En mai 2025, l’iceberg flottait librement dans l’Atlantique Sud, ce qui, à son échelle, équivaut à une condamnation à mort. En quelques mois seulement, il a perdu plus de la moitié de son volume. Des milliers de milliards de tonnes de glace se sont désagrégés en fragments plus petits, emportés par les courants. A23a, qui avait survécu près de quarante ans, est désormais voué à disparaître très bientôt.
La mort d’A23a ; un avertissement pour tous
La disparition d’A23a n’aura presque aucun effet direct sur la montée des océans, car comme tout iceberg, il y flottait déjà. Sa fonte, en revanche, c’est une autre histoire. Lorsqu’un bloc de cette taille se désintègre, il relâche dans l’océan d’immenses quantités d’eau douce.
Un apport qui suffit à changer la composition de l’eau : elle devient moins salée, et donc forcément moins dense. Cette densité permet à l’eau de surface de s’enfoncer dans les profondeurs, alimentant ainsi la grande « pompe » océanique qui redistribue la chaleur tout autour de notre planète.
Si ce mécanisme ralentit ou se bloque, la chaleur de surface n’est plus correctement envoyée vers les profondeurs. Elle s’accumule alors dans les couches supérieures de l’océan, ce qui accentue le réchauffement des eaux de surface, déjà surchauffées et perturbe les échanges avec l’atmosphère. Ce qui mènera, à terme, les grands courants marins transportant la chaleur entre l’équateur et les pôles, à perdre de leur force.
Cette circulation adoucit le climat de certaines régions, comme chez nous en Europe Occidentale, puisqu’une partie de la chaleur accumulée dans l’Océan Atlantique Sud est constamment ramenée vers le nord. Si l’eau devient trop douce et trop légère pour plonger en profondeur, ce système naturel millénaire s’essoufflera.
Bien évidemment, A23a ne sera pas l’unique cause de l’enrayement de cette grande machine, la quantité d’eau qu’il représente est bien trop faible par rapport aux volumes des océans. Le problème, c’est qu’il n’est pas le seul à fondre, puisque tous les icebergs des pôles sont concernés. Ce, sans compter la fonte des glaces continentales, comme les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, elles aussi menacées par la fonte.
La répartition de la chaleur à l’échelle planétaire, au long terme, pourra être complètement bouleversée : certaines zones deviendront plus froides, d’autres plus chaudes et sèches. L’Atlantique Nord pourrait perdre sa douceur, l’Afrique souffrir de périodes de stress hydrique plus fréquents, et l’Asie pourrait être noyée par des moussons torrentielles et imprévisibles. Finalement, A23a est l’exemple parfait de l’Effet Papillon : un seul iceberg disparaît, et ce sont, plus tard, des sociétés entières qui en pâtiront.
- Un iceberg géant resté figé près de 40 ans s’est libéré et se désagrège désormais à grande vitesse en dérivant vers des eaux plus chaudes.
- Sa fonte libère une masse d’eau douce qui perturbe les équilibres de salinité, essentiels au fonctionnement des courants marins.
- Ce phénomène, amplifié par la disparition d’autres glaces polaires, menace la stabilité climatique mondiale et nos sociétés humaines.
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