L’ONG Générations Futures vient de publier son étude visant à identifier les installations industrielles responsables des émissions de per- et polyfluoroalkylées (PFAS) en France. Objectif : cibler les actions de dépollution. Et ses résultats font froid dans le dos.
Des substances chimiques à la persistance extrême
Ces substances chimiques disposent de propriétés spécifiques qui sont mises à profit dans de nombreux produits de la vie courante. Surnommés polluants éternels en raison de leur persistance extrême, ils se retrouvent dans tous les compartiments de l’environnement et peuvent « exposer les populations à travers l’air, les aliments et l’eau de consommation, ou encore l’utilisation de différents produits et objets du quotidien », d’après l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
Ils revêtent, de ce fait, des enjeux sanitaires et environnementaux cruciaux. Pourtant, leur réglementation est encore peu élaborée en France et en Europe. L’arrêté du 20 juin 2023 vise à changer la donne en renforçant la surveillance et la gestion des rejets de PFAS dans l’environnement.
Et c’est dans le cadre de celui-ci que Générations Futures a analysé les rejets industriels de près de 2 700 Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE), c’est-à-dire des sites industriels ou agricoles dont l’exploitation est susceptible de créer des risques ou de provoquer des pollutions ou nuisances, notamment pour la sécurité et la santé des riverains.
Quels sont les sites problématiques ?
« Près de 60 % des établissements ayant effectué leurs analyses ont détecté des PFAS dans leurs rejets », indique l’organisme. Au total 225 établissements ont été jugés problématiques : parmi eux, « 146 sites sont responsables à eux seuls de la quasi-totalité des émissions de PFAS vers le milieu naturel ou les stations d’épuration urbaines ». Les 79 autres « présentent un indicateur préoccupant qui nécessitent une surveillance accrue ».
Les secteurs les plus représentés sont la synthèse de pesticides PFAS et de médicaments, le traitement de surface des métaux, le recyclage et le traitement des déchets ainsi que les sites utilisant des mousses anti-incendie contenant des polluants éternels.
L’installation la plus polluante est celle de BASF à Saint-Aubin-lès-Elbeuf, en Normandie, avec le rejet de 87 kilogrammes par jour d’acide trifluoroacétique (TFA). Le site d’Arkema à Pierre-Bénite dans le Rhône est également connu pour ses émissions de PFAS, bien que la société affirme avoir cessé leur utilisation, indique Les Échos.
Si elle va bientôt fermer, l’usine Solvay à Salindres, dans le Gard, est aussi citée pour ses émissions significatives, à l’instar du site Chemours à Villers-Saint-Paul dans l’Oise. Une autre usine Solvay, à Tavaux dans le Jura, compte parmi les mentionnés. Enfin, l’usine Finorga à Mourenx dans les Pyrénées-Atlantiques rejette 2,2 kilogrammes de TFA quotidiennement.

« Pas acceptable »
À noter que ces installations ne sont pas dans l’illégalité car seul un PFAS sur 6 000 reconnus, le perfluorooctane sulfonate (PFOS), est aujourd’hui soumis à un seuil maximal. Une vingtaine est ciblée par une surveillance obligatoire. « Chaque gramme de PFAS émis aujourd’hui persistera pendant des générations, ce qui n’est pas acceptable », regrette François Veillerette, porte-parole de Générations Futures.
L’ONG appelle à l’établissement immédiat de valeurs limites d’émission pour les polluants éternels, ainsi qu’à la mise en place d’une surveillance pérenne et élargie des rejets aqueux et atmosphériques. Elle soutient également la restriction universelle des PFAS au niveau européen, sans exemption.
Fertilité, cholestérol, cancer…
« Cette concentration des sources polluantes est à la fois alarmante pour les zones riveraines de ces usines et porteuse d’espoir : en ciblant prioritairement ces sites, nous pouvons réduire drastiquement la contamination », assure Pauline Cervan, toxicologue chez Générations Futures.
Selon l’Anses, l’exposition aux PFAS, qui peuvent s’accumuler dans les organismes vivants, plantes et animaux, et se retrouver dans la chaîne alimentaire, peut provoquer de graves problèmes de santé :
« Les travaux scientifiques sur certains PFAS connus montrent qu’ils peuvent avoir des effets délétères pour l’être humain : augmentation du taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du fœtus, sur le foie, sur les reins, etc. Ils sont également suspectés d’interférer avec le système endocrinien (thyroïde) et immunitaire ».
Affectant les écosystèmes terrestres et aquatiques, les polluants éternels peuvent causer des troubles hormonaux, des dysfonctionnements immunitaires et des anomalies dans la reproduction chez les animaux. Les poissons, les amphibiens et les oiseaux sont particulièrement touchés.
La France s’est donnée pour objectif de mettre totalement fin aux rejets industriels de PFAS dans un délai de cinq ans.
- En France, 225 installations industrielles ou agricoles sont problématiques en raison de leurs émissions de polluants éternels.
- Ces substances chimiques sont hautement néfastes pour la santé et l’environnement.
- Le gouvernement ambitionne de drastiquement réduire ces rejets industriels dans les années à venir.
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